View Full Version : En attendant la bataille
Adossé sur un rocher saillant, perché à flanc de montagne, je termine d'aiguiser le tranchant de mes couteaux. Mon épée, en matériau Kalshir, n'a point besoin d'un tel traitement. Elle est inusable. Elle est rare et précieuse.
Tandis que le soleil se couche, projetant des reflets dorés sur les deux lunes, dans un silence étrange, je contemple la chair de poule que me procurent les bruits stridents de la pierre sur l'alliage métallique de mes armes. Je teste le tranchant sur mes cheveux. Parfait. Elles sont prêtes à servir, et m'offriront peut-être, si les Dieux le veulent bien, un repas ce soir.
Pourtant, la chair de poule ne disparait pas, tandis que l'aurore se fait hésitante.
La vallée est terriblement silencieuse. Un drame se prépare.
Gardant mes lames en main, je me relève pour contempler le fond de la vallée de ma légendaire vue perçante. Des hommes, évidemment. Avec le bruit qu'ils font, ils se font repérer à des kilomètres à la ronde, allumant des feux grandioses pour encore mieux les voir du lointain. Pauvres fous ...
Etrange coincidence que, depuis quelques mois déjà, tant d'hommes convergent vers les grandes cités, venant de toutes part dans le monde. Quelque affaire dramatique et glorieuse se trame, dans les ondes éthérées des deux lunes.
De grands affrontements se préparent dans l'avenir. Un avenir pas si lointain.
Encore leurs querelles intestines. Quand cesseront-ils ?
Peut-être que l'été approchant permettra au sol de s'abreuver du sang impur de ces colons insouciants et guerriers.
Et tandis que je détourne mon regard lassé de ces fourmis à l'existence compromise, je prends un morceau de viande séchée pour épancher ma faim. Mordillant dans la chair dure et consistante de Jaalrig, je contemple de nouveau les montagnes dans ma quête sans fin des Monts de Vallum. Je dois me dépêcher si je veux sauver leur race inutile, qui est aussi la mienne. D'ailleurs, Je préférerais parfois l'oublier.
...
Dans le lointain, des nuages noirs s'amoncellent, s'éclairant sporadiquement au rythme des éclairs, annonçant des temps de trouble inconnus jusqu'alors ...
Huit longs mois sont presque passés depuis les premiers grands rassemblements. Des troupes d'hommes et d'animaux se pressent aux portes des cités.
Que se passe-t-il ?
Ma curiosité malsaine, mon côté humain surement, m'a amené à la rencontre d'une caravane en route vers Thilckum. Alors que je m'approchais de la tête du convoi, une troupe de chevaliers aux armures étincelantes s'est élancée vers moi, la haine et la peur dans leurs yeux. Ne savent-ils donc pas reconnaitre un homme qui demande l'hospitalité d'un bon feu ?
Instinctivement, ma main serre le pommeau de mon épée Kalshir. Quelque fou oserait s'en prendre à moi alors qu'avec une telle arme il finirait en pièces à rôtir... Le chef, apparement car il a la plus belle armure, repère mon geste. Une lueur d'intelligence traverse ses yeux fatigués, et il comprend. Il ne prendra pas le risque. Il me questionnera seulement. Je répondrais juste. Comme d'habitude.
Assis, le soir, à leur feu improvisé, partageant une viande qui n'est déjà plus assez fraiche et un vin rance, je retiens mes grimaces et écoute leurs propos. Ces pauvres êtres répondent à l'appel du lointain, car des affrontements vont avoir lieu avant la fin du mois. D'aucun n'est capable de me dire pourquoi ; ils doivent juste défendre leur faction, leur "côté" de lune, comme ils disent.
Je suis désemparé, je n'ai rien appris de neuf, juste leurs vieilles rancunes et leurs combats inutiles, au nom d'une partie de lune. Il se font appeler chevaliers de la lune ... je ne sais même plus qu'elle partie. Ils mènent une croisade au nom d'une partie de la lune, contre ceux qui adorent l'autre partie ! Les fous, les fous !
Nom de Dieu ! Ne savent-ils donc point que cette lune fut autrefois unique, et qu'elle fut séparée par la faute de ... non, comment pourraient-ils le savoir, pauvres mortels, nouveaux-nés de ce monde. Ils n'ont pas ma chance, celle d'avoir vu de mes propres yeux la catastrophe. De la chance .... une malédiction, oui.
Taisant mon vrai nom, je les ai quitté à l'aurore, les laissant à leur folie.
Un vieux forgeron, en queue de fourgon semble m'avoir reconnu lors de mon départ, mais alors qu'il allait ouvrir la bouche, il s'est ravisé de parler ... pour notre bonheur à tous. Brave homme qui vient de sauver les gens de sa caravane. La vieillesse rend sage ... ou fou, où est la différence ?
Humant les derniers restes d'odeur de la présence humaine, je continue mon chemin, à la recherche des monts de Vallum. Il n'est que temps de les trouver, alors que les heures sombres de l'apocalypse annoncée se rapprochent toujours plus ...
Laissons les enfants s'amuser.
Héhé, j'aime assez ton personnage très pessimiste sur l'humanité (et sur lui même) ;) On a vraiment envie de connaître son passé mystérieux après la lecture.
Akyushiro
09-12-2003, 01:01 PM
bel effet de style, si si chapeau !!
Bonsoir amis,
Effectivement, mon personnage est vraiment décalé par rapport à ses frères. Et je ne saurais jamais le jouer autrement. Dans tous les jeux online que j'ai pu faire, je me suis rendu compte que, même si je demeure sociable et parfois boyscout, je reste totalement solitaire et explorateur.
La notion de groupe et de guildes est quelque chose qui me rébute, et je l'ai bien fait sentir à Dark Age of Camelot. Durant la béta de DaoC, nous étions 1000 en Europe, et je me suis bien fait remarquer à monter mes persos seuls, et à explorer le monde pierre par pierre pour chercher les bugs - en envoyant bouler ceux qui me déplaisaient !! C'est peut-être cela, la vraie liberté, d'ailleurs.
J'aime réellement ce style, et c'est mon roleplay définitif, pour tous mes jeux à venir (DnL, DnL !!!!!!!). D'ailleurs, je pense que bcp de "vieux routiers" de l'online en viennent à préférer ce style, et je ne suis pas donc seul dans ce chemin-là.
Reste mon histoire et ma mythologie, et le pourquoi de ma quête personnelle.
Ceci, personne n'en prendra connaissance car :
- cela m'est personnel,
- je me fiche de vos misérables existences.
A moins que vous ne me filiez un coup de main ...
Que votre mort soit honorable et rapide.
Nig.
fendil
01-24-2004, 08:29 PM
ton style et agreable et personnel :)
il es vrai qu'on a envie d'en apprendre plus sur ce personnage qui na plus foie en les siens et qui a traversé les epoques, recherchant illassablement les monts vallum.
mais il est bon pour certains personnage de rester mysterieux, sans que l'on sache d'ou ils viennent et pourquoi.
la curiosité née, sans que l'on est vraiment envie dans savoir plus, car le mystere et plaisant.
un belle effet ;)
fendil
01-24-2004, 08:33 PM
ton style et agreable et personnel :)
il es vrai que notre curiosité est piqué, sur ce personnage qui na plus foie en les siens et qui a traversé les epoques, recherchant illassablement les monts vallum.
mais il est bon pour certains personnage de rester mysterieux, sans que l'on sache d'ou ils viennent et pourquoi.
la curiosité née, sans que l'on est vraiment envie dans savoir plus, car le mystere et plaisant.
un belle effet ;)
La lame de l'épée Kalshir glisse sur ma joue, arrachant les derniers poils d'une barbe si longtemps laissée drue ...
Incroyable ! Une année entière vient déjà de s'écouler, alors que je reviens de mon long périple dans les basses terres. Seul. Sans âme qui vive. Et pour retrouver quoi ? Le chaos.
Pouvez-vous simplement imaginer le choc de revoir un visage demi-elf au détour d'un chemin, alors que ma seule compagnie n'a été que la neige et les pierres. A en devenir fou. Mais je ne le suis pas, je ne peux pas le devenir. J'ai une quête ...
La jeune chasseresse demi-elf a d'abord dégainée. Geste vital en ces temps troublés, surtout avec l'aspect qui était mien. Mais l'absence de peur -je n'ai peur de rien- a calmé son ardeur et elle a entamé d'elle même la conversation. Une Dark, vous rendez vous compte ? Et sa compagnie a été très agréable, au coin du feu qu'elle a préparé, alors que je coupais quelques tranches de balrak fumé.
Etonnée de mon manque de connaissance sur la situation actuelle, j'ai du lui expliquer ma quête, et mon absence. En retour, elle m'a dépeint la chute du peu d'ordre établi auparavant. Bien sûr, les signes étaient déjà là avant mon départ, toutes ces caravanes qui se déplaçaient, tous ces conflits à venir. Pauvres fous lunatiques, régis par la levée d'une demi-lune et irrité par le courroux de dieu irresponsables. Vermine larmoyante, il m'arrive pourtant d'avoir de la pitié à votre égard.
Après tout, votre vie m'indiffère.
Le matin arrivé, la demi-elfe était repartie comme elle était arrivée. Je me suis retrouvé seul, une poche de cuir à mes côtés contenant des pétales séchées de milperth'. Etrange, cette dark. Mais le cadeau est agréable.
Ainsi, je me retrouve finalement sur la même colline que celle qui avait assisté à mon départ 14 mois plus tôt, et je termine de me raser pour reprendre une apparence vaguement humaine. Du haut de mon chateau fort de verdure, j'observe le ballet incessant de formes qui se profilent parfois au fond de la vallée. Et ces étranges cris...
Mon âme est vide, mais mon coeur est encore vaillant. Assis sur cette pierre, je sens que mon honneur sera bientôt en jeu et que je devrais prendre part à ce conflit qui n'est décidément pas le mien. Je vais devoir rester pour laisser ma marque en ce monde et repousser ma recherche des monts de vallum à plus tard. Qu'importe... j'ai tout le temps devant moi !
Assis, un coude appuyé sur ma cuisse, la main attenante supportant le menton, je prends la position du penseur et j'attends un signe.
Quel signe ? Je ne sais pas encore. Mais je sais que, tôt ou tard, quelqu'un viendra prendre contact avec moi et m'invitera à prendre part au conflit.
Le destin est écrit d'avance, le comprendrez vous un jour ?
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Je rigole alors. Fort. Tant de mon futile destin, que de l'étendue de votre crasse ignorance !
Le temps passe à la vitesse d'un narlek. Si lentement, si pesamment...
Il neige alentour depuis le début du mois dernier, et ma colline ressemble à une tour cyclopéenne éclairant le monde. J'y ai donc établi mon camp, futile paranoia qui m'a souvent évité de perdre mon précieux sang.
Le bois est abondant et souvent sec, le gibier y est téméraire, et l'absence de vie humanoide procure un sentiment d'apaisement qui me repose l'esprit.
De mon point de vue, je dispose de tout le confort moderne : une tente tendue de la peau rousse de six mirt'ongss, sur une base en tronc épais -taillés si aisément avec ma lame Kalshir- et un sol ferme et stable.
J'y ai même aménagé un cellier pour entreposer le bois de chauffage, afin qu'il ne prenne pas l'humidité traitre de la neige fondue. Un nid douillet, je vous le dis, qui ferait pâlir d'envie le plus raffiné des trappeurs.
Il n'y a pas que la pierre, dans la vie ! Le bois et le métal font bon ménage ...
* * * * *
La Dark est revenue, plusieurs fois, au plus fort de l'hiver. Elle semble apprécier ma compagnie, et mon absence totale de préjugés à son égard. En échange de l'abri, du feu et de la viande séchée omniprésente (mange-t-elle à son aise tous les jours ?), elle me donne des nouvelles du monde.
Comme toute femme, elle est un puit intarissable de paroles -surtout depuis qu'elle est en confiance avec moi- et je me surprends à l'écouter, voire à poser des questions. Ce comportement me dérange, et je dois maintenant agrémenter mon ordinaire d'une discipline plus rigide pour ne pas tomber dans le commun.
Et donc la mort.
Comme je m'y attendais, les peuples sont devenus fous, les races intolérantes, les religions fanatiques ... C'est si prévisible : c'est chaque fois pareil ! Comment, avec tous leurs "arts" et leurs "écritures" n'arrivent-ils pas à garder un souvenir de la mémoire du monde ... et éviter les mêmes erreurs ?
Peut-être à cause de leur espérance de vie limitée. Voilà tout.
Pauvres hères à l'esprit en haillons, animaux rugissants d'une rage stupide dont ils ne comprennent même plus l'origine...
* * * * *
L'année est passée comme à l'accoutumée : triste, neigeuse et sans événement particulier.
Un nouvel an comme un autre. Encore un.
La Dark était avec moi, cette nuit-là. Elle m'a étonnée par son comportement lorsque, à l'approche de minuit, dans son plus simple apparat, elle a glissée sous ma peau et a rejoint ma couche.
Pas pour ce que vous pensez, animaux!, mais juste pour venir se blottir contre moi : car elle avait peur ... Oui, vous avez bien entendu !! Une chasseresse dark aux oreilles pointues est venue se blottir contre moi, tout tremblante, des larmes de cristal s'écoulant de ses yeux ténébreux.
Situation surréaliste et inimaginable. Mon âme en a été étreinte, et mon coeur si ému. J'ai pu -l'espace d'un instant- goûter à nouveau à l'amertume familière de l'humanité qui m'avait jadis abandonnée.
Car, si un tel démon tremble de peur, quel espoir vous reste-t-il ?
* * * * *
Abandonnant la Dark enfin apaisée et endormie dans la douce chaleur de la peau de Narlek de ma couche, je sors prendre l'air dans la clarté d'une année nouvelle.
La lame Kalshir à mes côtés, je scrute l'horizon glacé. Tout est si calme.
Une beauté froide se dégage de ces étendues blanches et lumineuses.
Le monde est toujours beau au petit matin...
... jusqu'aux premières souillures venant entâcher la blancheur vespinale de la neige.
Ma main se serra durement autour du pommeau.
Ce contact viendra-t-il un jour ?
Diantre, il n'est plus temps ...
.
Sadra
01-02-2005, 05:33 PM
Malgré le cheval gris à taches noires qui marchait à ses côté, sans selle, l’elfe-noir marchait péniblement dans la neige qui lui arrivait aux genoux, la tête baissée et les yeux clos, se protégeant le visage avec le col de son manteau. Loin d’être un habitué des longues randonnées, cela ne le dérangeait pas de devoir marcher, mais il exécrait vraiment le fait de marcher dans cette neige poudreuse qui en pleine journée devenait un supplice de brillance pour ses yeux rouges. De temps en temps, on pouvait l’entendre tonner.
- Un raccourci pour regagner vos terres ! Ah ! Forcément ! Pour un demi-orc c’est évident ! Heureusement que je ne suis pas un lutin ! Que je le retrouve, et il sera servi au banquet d'Agnar ! Je préfère encore ces sâles routes encombrées ! La neige... pff... éventuellement pour glisser en bouclier, et encore...
Un fois, il s’approcha de son cheval et tenta de le monter en lui faisant une supplique.
- Allons, Mithraug, pour une fois !
Mais le cheval s’écarta et l’elfe-noir s’effondra dans la neige. Curieusement, celui-ci se mit à rire et envoya plusieurs boules de neige sur le cheval, qui visiblement s'amusait autant que lui. Après s'être amusé un moment comme des gosses, plus par dépit que par obligation et après avoir frotter du mieux qu'il pût son manteau plein de neige, l'elfe reprit sa pénible marche, le cheval marchant toujours à ses côtés.
C’est alors que le destrier s’arrêta et huma l’air. Sa crinière se hérissa et l’elfe, qui semblait le comprendre, s‘arrêta, dégaina l’une de ses lames et se mit à observer le paysage, se protégeant les yeux de sa main libre. Mais il était évident qu’il n’y voyait rien du tout, tout elfe-noir qu’il était dans la clarté de cette belle journée enneigée et éblouissante…
Posant la main sur l’encolure du cheval, lui faisant une totale confiance, il se remit en marche, se fiant à la vue et au rythme de son compagnon animal. Le cheval, ayant senti une présence dont l’odeur ressemblait à son maître, se dirigea droit sur un petit campement où un homme armé observait la plaine… Mais l'odeur que le cheval sentait ne venait pas de lui.
Erukyerme
01-02-2005, 11:54 PM
De là ou je me tiens je vous vois tous... toi l'homme que je vois rôder par ici depuis peu, toi aussi femelle Dark je te vois.
Cet homme est d'une discretion a faire peur... j'ai mis du temps à me rendre compte de sa présence... Tant qu'il ne perturbe pas la neutralité de cet endroit je n'agirais pas et me contenterait de l'observer. Et..et s'il me voit ?
impossible....quand bien même on m'aperçoit à chaque fois on m'ignore car tels les ombres je suis toujours près de chacun si près et si souvent qu'on finis par s'acoutumer de ma présence. Tel fut le cas avec les vivant de ces régions et tel seras le cas avec ces visiteurs.
Pourtant il me semble l'avoir déjà vus ici même...
?!
Qu'est-ce ?
Je ressens... mm oui c'est une aura, fatiguée ? il me semble oui cet aussi une aura sombre je la reconnait grace a cet femme.
Cela ne me concerna pas encore mais si affrontement il y as... alors oui j'interviendrais pour que la paix ne soit jamais rompus ici même où la Nautre n'as jamais été perturbé, où tout est resté à l'image de cette neige.
Bien je dois m'approcher et advienne que pourra, et si il s'avère que j'ai déjà vus cet humain alors peut être n'auras-t-il pas oublier Erukyerme l'humain qui as rejeter son Humanité afin de toujours agir selon la volonte de la Neutralité.... Eleni sili lùmesse omentiemman comme disent les frêles êtres sages.
Tout en se dissimulant dans la neige grâce a ses vêtements blancs, l'homme entonna un chant très légèrement tel le murmure du vent :
. . .La Paix fut ici bien avant les vivants,
Entendez la complainte du vent de l'Ouest,
Et que jamais le Fluide Ecarlate,
Ne pervertissent le Fluide Chlorophylien,
La Paix seras ici bien après les vivants. . .
Erukyerme
01-03-2005, 12:03 AM
hehe j'adore ce type, Nig vraiment toi et moi on risque de bien s'entendre :D vivement qu'on se rencontre sur DnL...
Chacun se dit solitaire mais nul n'est vraiment solitaire, car chacun d'entre nous à un ange gardien, une ombre et une personne à qui penser.
Assis sur le roc qui a usé le cuir de mon pantalon tous les matins et soirs de ces derniers mois, je fredonne un air triste tout en coupant sans effort un morceau de viande séchée avec ma lame kalshir. Le soleil a déjà dû se lever mais l'horizon est bouché par la neige drue qui ne cesse de tomber. Avec lenteur, je malaxe la rêche viande de mirt'ongss déjà trop faisandée et salée.
La viande séchée a beau être nourrissante, elle n'en exhale pas moins une odeur repoussante. Et pourtant, malgré la puanteur de mon déjeuner de l'aube, la crasse du cheval s'engouffre violemment dans mes narines.
Quel orc idiot peut bien s'engager sur une montagne, en pleine tempête de neige... et dans la direction du vent ?
Crachant le morceau en bouche, replaçant le bloc de viande dans ma besace, et me levant avec résignation, j'essuie ma lame contre ma manche pour préparer tout éventuel combat.
Le cavalier est si près que je peux maintenant sentir son odeur. Acre et forte. Un mâle de haute stature. Pourrait-il s'agir de ...
- Saa'quir Nat kworlek ?
Mais aucun réponse ne me parvient en écho, tandis qu'une silouhette sombre se détache dans la toile blanche formée par les flocons de neige qui tombent.
Ce n'est pas un Vallu'hy, sinon il m'aurait déjà répondu.
Par réflexe, je resserre donc ma poigne autour de la anse de ma lame.
* * * * *
Le cavalier arrive enfin à ma hauteur, me découvre enfin et s'arrête stupéfait de trouver une vie en ce lieu d'apparence si hostile. D'un geste aguerri, sa main leste se retrouve instantanément sur la poignet de sa lame. Mue par l'élan, le métal commençait à sortir de l'étui pour montrer sa brillance.
Il s'est pourtant arrêté aussi sec, le regard porté sur ma propre lame. Tiens, tiens, tiens, il a reconnu un alliage Kalshir. Il sait ce que c'est et est suffisamment intelligent pour savoir que tout combat est perdu d'avance.
Il relache donc le manche de son épée qui glisse toute seule dans son fourreau, et s'approche vers moi en levant la paume de sa main droite.
Je suis solitaire, mais je ne suis pas sauvage. Je respecte les règles de l'hospitalité et je baisse moi aussi mon arme afin de pouvoir lui tendre ma gourde remplie d'eau.
D'un geste de la tête, il me remercie et boit "la gorgée du voyageur" : il n'a pas soif, mais accepte poliment de boire pour montrer sa gratitude. Un rituel, simple et basique, mais qui constitue la base de la vie sociale des nomades.
Après m'avoir rendu la gourde, il me scrute de son regard ténébreux et ouvre la bouche pour me dire quelque chose. Les lèvres entrouvertes, aucun son pourtant ne sort et il se ravise. Le menton levé, il semble humer l'air. Puis, empoignant le harnais de son cheval, il repart sans rien demander. Partir où, par un temps pareil ? Il doit encore avoir un long trajet à accomplir.
Par reflexe, je lui jette un gros morceau de viande séchée qu'il rattrape directement dans sa propre besace. D'un geste de la tête, il me remercie à nouveau, me sourit avec un regard de braise qui scelle une future amitié sur les champs de bataille et s'en va aussi vite qu'il s'en était arrivé.
Je dois me rendre à l'évidence : le combat n'est pas encore commencé que déjà des alliances se forment.
Et j'ai déjà trouvé un frère ...
* * * * *
Longtemps, je regarde le cavalier et son cheval s'éloigner. Alors que lui m'a perdu de vue depuis bien longtemps, je sens encore sa présence à plus d'un kilomètre. Et il le sait. Et il ne sait qu'en penser.
Pendant bien des mois notre rencontre fera partie de ses pensées, suscitant bien des interrogations qui resteront sans réponses.
Et pour tous deux, des certitudes : nous nous reverrons.
D'ailleurs, pourquoi est-il venu au campement alors qu'il aurait pu contourner ma tente en essayant de rester discret ? Quelle curiosité malsaine l'a amené à prendre le risque de m'approcher ?
Comme l'évidence ne se dévoile à nos yeux que lorsqu'elle se détache du bout du nez, je me rue vers ma tente : la dark, bien évidemment !
Et, bien évidemment, il n'y a plus personne.
Aussi discrète que la nuit, elle s'est sauvée en sentant l'arrivée de son congénère... pourquoi, alors qu'elle aurait pu y trouver un allié potentiel... le monde tourne-t-il si mal que ça, ou alors le chaos annoncé par les oracles s'est déjà abattu sur nos terres. Pour notre malheur à tous.
Quoiqu'il en soit, elle reviendra.
Elle a encore trop de questions à poser.
Et, de toute façon, je me fiche des affaire d'autrui.
* * * * *
D'ailleurs, mon estomac me rappelle à mon repas trop rapidement délaissé.
Je m'en retourne donc à mon rocher, sans m'asseoir en posant juste un pied dessus, pour me couper un gros morceau de viande séchée.
L'horizon se dégage petit à petit, tandis que le soleil chauffe les plaines, repoussant d'autant les chutes de neige.
Je machonne mon bout de viande, déjà presque terminé, tandis qu'un premier rayon de soleil transparait au travers d'une éclaircie.
Il ne neige quasiment presque plus et j'avale la dernière bouchée de mon frugal repas, rôtant bruyamment pour marquer mon contentement.
L'éclaircie est presque totale, et la visibilité augmente de mètre en mètre.
Tendant les bras pour dénouer les muscles, je fais quelques exercices rapides avant de sortir d'un geste ample ma lame Kalshir.
Je me retourne alors vers un proche rocher, où le mouvement d'un vêtement blanc vient de trahir l'homme qui s'y cachait.
- Ah, ah ! Tu te montres enfin, sale vermine ! A nous deux !! me suis-je mis à hurler tandis que je me lance au pas de course, épée tendue à ma droite, vers la silouhette tapie derrière le rocher depuis trop longtemps et qui croyait pouvoir échapper à mon regard.
Un peu d'exercice matinal ne me fera pas de mal.
* * * * *
Pendant combien de temps devrais-je me contenter de minables couards ?
Il n'a que trop tardé que je rentre dans la bataille. Le destin nous appelle.
- Vallum !
.
Mortecuisse
06-14-2005, 02:25 PM
en un mot: "exellent!", vraiment que du bonheur à lire :clap: :clap: :clap:
Aujourd'hui, le vague a l'ame me tient l'esprit engourdi. Hier encore, j'ai entendu les cris d'une troupe se faisant décimer au bas de ma colline, mon bastion, mon ermitage. Alors que je pensais être vacciné contre toute émotion depuis les fameuses guerres de royaumes en lointaine Hibernia, je me retrouve à sentir ma poitrine se presser vers l'intérieur, cette sensation d'étouffement si facilement oubliée. Oh non, ne vous y trompez pas... ce n'est pas de la peur, juste de la pitié. Et alors que la peur est salvatrice et donne envie de fuir, la pitié aiguise la compassion et mon coeur me hurle d'aller aider ces pauves êtres.
Ainsi, depuis la veille, mes sentiments, mes envies -mes gestes, même- sont incertains. A quoi bon se battre, je connais déjà la réponse : je veux y aller.
La bataille au côté de mes frères est la seule issue.
Tandis que je m'enfonce encore plus, une odeur me sort de ma torpeur... trottinant à ma rencontre, sans même essayer de se cacher, la dark si longtemps disparue se présente à moi, un sourire mi-figue, mi-raisin.
Elle est si belle, à y regarder de plus près, si désirable, que j'aurais bien tenté de faire le roucouleux romantique en cette journée ensoleillée. Mais les âges sont si sombres que cette envie idiote s'envole aussi vite qu'elle est venue.
J'ai pourtant dû sourire, car elle me le rend en retour. Mais un sourire las, fatigué, comme si un vieux, un ancien blasé se retrouvait à ressentir furtivement une douce pensée de jeunesse.
Nous venons de communier, en quelque sorte, dans notre maladresse.
Alors que nous nous retrouvons comme deux idiots face l'un à l'autre, elle me tend sa main droite, et le parchemin à l'intérieur, le regard insistant pour que je prenne note de la missive. Je m'en saisis, et la lis.
Mon sang se met à bouillir, mes veines surgissent de mes muscles pas encore ramollis, et un tempérament guerrier s'instille en moi, tandis qu'un partie de mon âme hurle d'un désespoir qui ne s'estompera jamais.
Le signe que j'attendais est arrivé : je suis convié aux premiers combats. Oui, vous avez bien entendu, j'entre dans la bataille, composant une armée d'éclaireurs priviligiés, avant le conflit généralisé. Ce signe tellement attendu, depuis si longtemps déjà, oui, depuis presque trois ans ... et pourtant qui laisse cette rancoeur aigre au fond de la gorge, au moment même où mon coeur se partage entre le désir de chair saignée dans la bataille, et le désir de chair tout court. Le désir pour cette demi-elfe dark, si sombre mais si belle.
En face de moi, elle ressent cette folie bien humaine qui s'empare de moi, et tout autant, se jette lèvres pendues à ma bouche. Longuement, nous nous embrassons, pas passionnément, mais tendrement. Oh, mes aieux, comme j'ai pu aimer cet instant inénarrable. Le monde s'est arrêté quelques minutes.
Et le contact s'est finalement rompu, nos esprits hurlant de désespoir à l'unisson, nos corps -nos bouches- relachant un simple soupir grotesque.
- "l'instant que tu attendais est arrivé, héros, me lance-t-elle. Il reste juste à espérer que nous nous retrouverons dans le même camp."
Sa main glisse encore le long de mon bras, tandis qu'elle se retourne et fait geste de partir. Une dernière seconde d'hésitation, de confusion, puis la main se détache enfin et son corps m'échappe comme à regret.
Les chairs s'éloignent, mais les tensions restent.
En un autre temps, j'aurais pu l'aimer... foutue lune !
Tiens, je pleure ... de joie et de frustration.
Je sens que certains vont devoir souffrir pour cette douleur qui ne s'en ira pas ...
Vallum !
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