View Full Version : Un conte, un récit, une vie, un esprit...
Un barde, assit devant un feu de bois entouré par quelques enfants, dont les regards traduisaient l’impatience et la joie, tenait avec ses mains de vieil homme une cithare usée par le temps mais gardant son extrême beauté. Un des enfants, un très jeune garçon, grand par sa taille et son esprit agile, se leva, s’assit près du musicien et lui chuchota à l’oreille d’une voix calme et délicate, comme par peur de l’effrayer :
« Nous sommes tous là barde, conte nous une de tes si merveilleuses histoires nous emmenant dans ces contrées lointaines, dans des temps aujourd’hui oubliés… »
Le barde, avec un faible rictus, passa ses doigts fins et doux sur les cordes de son instrument tout en entonnant un petit air avant de commencer son récit, écouté par ces enfants en quête de savoir et de rêverie…
Il y a longtemps j’ai eu,
Alors que mes yeux aveugles voyaient,
Une visite impromptue,
Qui, avec horreur, m’épouvantait.
Mon visage, alors clair et fin,
Devint ridé et effrayé,
Je ne cru jamais voir le lendemain,
Car devant moi était Herré.
Cet homme puissant et cruel,
Qui, avec son regard aigris,
Me demanda des bandages et de l’hydromel,
Pour soigner ses plaies et son esprit.
Je m’effectua, sans mots dire,
Et alla chercher une bouteille
Et des bandages avant de lui donner l’objet de ses désirs,
Qu’il nommait « merveille ».
Alors que je lui pansais ses blessures,
Il me contait sa bataille,
Alors que je lui cirais ses chaussures,
Il me demanda des victuailles.
La crainte était mon du,
Car le désobéir aurait crée ma perte,
Un simple refus,
Et mon corps deviendrait inerte.
Le vieil homme s’arrêta alors dans son récit pour prendre dans son sac sa vieille pipe et, pendant que les enfants le pressaient pour connaître la suite, il prit quelques bouffées et leva son regard aveugle vers le ciel pour laisser couler ses larmes.
[Edité le 29/5/2003 par Jeyk]
Mauclerc
05-28-2003, 03:57 PM
sympa ton histoire, tu te destine a etre barde?
Vous verrez avec la suite ;)
petit_vince
05-30-2003, 02:46 PM
Bravo pour cette petite histoire et bonne chance pour en inventé d'autre!!!
Il baissa ensuite la tête et fixait les enfants de son regard opaque tout en glissant ses mains sur son instrument pour continuer son histoire…
Lorsqu’il fut rassasié,
Lorsqu’il eu prit mes dernières rations,
Il me dit d’un ton faussement peiné,
Qu’il devait prendre Marion.
Je le supplia alors,
De ne pas prendre ma fille aînée,
Je lui proposa mes pièces d’or,
Pour ne pas qu’elle me soit arrachée.
D’un rire narquois, il me demanda,
Si je tenais à ma fille ou à la vie,
D’un ton diabolique, il me proposa,
La mort ou la perfidie.
Je me leva alors,
Et lui cracha au visage,
Je cru alors être mort,
Après cet excès de rage.
Il prit sa dague de son fourneau,
Le cœur en feu et le visage horrifié,
Je vis alors dans ses yeux mon bourreau,
A cause de l’atteinte que je lui avais porté.
A ce moment là arriva,
Se tenant leurs mains amoureuses,
Ma fille Marion et un guerrier que l’on ne nommait pas,
A cause de quelques croyances pieuses.
On le nommait Jeyk le vadrouilleur,
Certain l’appelait vagabond,
Mais ce qui est sûr c’est qu’il n’avait alors point peur,
Lorsqu’il poussa envers mon agresseur un cri furibond.
Herré se tourna alors vers lui et l’invita au duel,
Mais Marion, pétrifiée,
Partageait ma peur désormais mutuelle,
Essaya vainement de le retenir, ne voulant pas le voir tué.
Le vagabond n’écouta rien,
Et écarta sa bien aimé,
Tout en levant au ciel sa main,
Pour que les Dieux puissent l’aider.
Il sortit Hépitoclès, son arme,
De son fourneau argenté,
Cette vielle épée n’ayant que peu de charme,
L’aida pourtant à effrayer.
Herré ne craignit alors pas le combattant,
Mais l’arme qu’il tenait,
Il lâcha son épée en courant,
Et le heaume qu’il avait.
Mais le vagabond le retint
Et lui jeta au visage,
Ses quelques mots qui me revient,
Moi, pauvre homme sage…
Un homme que personne n’avait vu apparaître hors de l’ombre vint vers le milieu de la petite assemblée et coupa la parole au vieillard :
« Sauve toi, sauve toi vieux bourgeois, avant que sang ne se répande sur mes bottes. »
Le vieillard, interloqué par la voix qu’il venait d’entendre, dit alors, subjugué :
« Jeykomhus ? Est-ce bien toi ?
- Oui c’est bien moi Létran, me revoilà sur cette vieille terre que j’avais abandonné il y a si longtemps… »
[Edité le 30/5/2003 par Jeyk]
Tonio92
05-30-2003, 09:44 PM
La suite !! La suite !!! :)
En cours de préparation ;)
Rhanarion
05-31-2003, 01:31 AM
Superbe, vivement la suite :)
Jeykomhus s’agenouilla devant son ancien ami et le serra dans ses bras tandis qu’il cherchait dans ses yeux un écho de son regard qui pouvait lui rendre sa joie. Mais il n’y trouva qu’un vide empli de larmes.
« Que t’a-t-on fait Létran ? Regarde moi…
- Après ton départ, ils m’ont infligés la pire sentence qu’ils auraient pu faire à un mage : ils m’ont brûlés les yeux Jeykomhus, et m’ont battu jusqu’à que mon dos n’affiche plus que chair et sang.
- C’est de ma faute, j’aurai du rester avec toi, je t’ai lâchement abandonné.
- Tu n’avais pas le choix. Si tu étais resté, tu aurais toi aussi été tué… »
Les enfants regardaient désormais le nouveau venu avec étonnement jusqu’au moment où un des garçons se leva, s’avança vers lui et lui secoua sa manche.
« Est-ce vrai que tu as abattu une armée à toi seul ?
- Ou que tu as gravit d’immenses montagnes en quelques minutes ? lança un autre
- Ou que tu as plus de puissance que Gathor lui même ? » répliqua alors une petite fille.
Jeykomhus regarda d’un air amusé le vieillard qui fit semblant de ne rien entendre en arborant un sourire avant de se retourner vers les enfants.
« Ainsi, ce vieux fou de Létran vous a raconté de biens belles histoires en mon absence… Non, je n’ai jamais tué une armée à moi seul, je n’ai gravit aucunes montagnes dignes de ce nom et je n’ai encore moins la puissance de Gathor lui même. La seule force que j’ai, c’est celle de mon esprit qui m’aide à me servir de mon épée, non comme une lame, mais comme une extension de moi même. Le courage, la sagesse et la connaissance sont les trois choses que jamais un homme ne doit oublier sous peine de ne devenir qu’un esclave. C’est pour justement ne pas être asservit que j’ai quitté cette terre il y a maintenant bien longtemps.
- Le vieux sage n’a jamais voulu nous conter ton entière histoire, conte la nous s’il te plait ! dit un enfant qui, bien qu’il connaissait déjà les histoires de Jeykomhus conté par Létran dans le village, voulait entendre ses différents périples et aventures par la bouche même du protagoniste.
- Oh… cela date d’il y a très longtemps… alors que je n’avais qu’une vingtaine d’années et Létran une quarantaine environ… »
Jeykomhus s’assit alors sur le tronc abattu où se tenait Létran et commença son histoire…
« La rue était empli de marchands présentant haut et fort leurs différents produits dans le petit marché du village. Je voyais en chacun d’eux des aventuriers qui avaient du, au périple de leur vie, chercher et trouver leur précieux dues qu’ils présentaient désormais si modestement sur un étalage en bois humidifié par la brume matinale qui emplissait la plaine du Gervoyer. Tel était le surnom de cette petite plaine donné par ses habitants, venant du farouche mais respecté chevalier du même nom qui avait défendu, un siècle plus tôt, les valeurs de leur village dans un combat fratricide contre un ennemi d'une petite ville voisine, Le Merphide. J’aurai voulu être un de ces chevaliers là, qui défendaient leur idéaux et leur patries grâce à leur épées aussi belles que n’importe quelles femmes. Du moins, c’est ce que je pensais à l’époque… »
Il y a alors bien longtemps...
Jeykomhus vagabondait comme à son habitude dans les grandes rues boueuses du village de Cotrek lorsqu’il vit son ami Tibalt courir vers lui, un sourire aux lèvres. Il ne s’en inquiéta pas d’avantage lorsqu’il sortit un bâton de dessous de son manteau et le lui fracassa contre les jambes, le faisant ainsi tomber la tête la première dans la boue et les urines de dodos se trouvant non loin de là. Tibalt se jeta ensuite sur lui et le maintint la tête dans cette mixture rebutante jusqu’à que son souffle soit coupé. Il retourna alors Jeykomhus, dos contre le sol, et l’embrassa contre le front, ses deux mains tenant son visage.
« Comment va vieille branche ? Tu sais qu’il y a une fête ce soir pour le mariage de Hobkuc ! Tu ne vais pas tout de même pas rater ça pardieu ? dit Tibalt en regardant fixement son ami avec un air excité.
- Tu sais qu’il y a d’autres moyens de se dire bonjour ?! dit alors Jeykomhus en repoussant son ami.
- Oui, je sais, mais un simple bonjour est tellement banal… allez, relève toi et puis, quelle plus grande jouissance y a-t-il au monde que de battre son meilleur ami ?
- Les femmes, répondit alors le jeune garçon tout en se relevant avec l’aide de Tibalt.
- Bah, laisse donc ces femmes dans leurs chaumières ! Nous, les hommes, devons défendre patrie et liberté face aux ordres de barbare pardieu ! Encore un peu et je te prendrais pour une fillette Jeykomhus ! dit Tibalt en donnant un coup de coude dans le dos de son ami.
- Ah oui ? Une fillette moi ? Par Gathor lui même, tu ne pourras plus uriner droit après la boutade que je t’aurai donné sale fis de Gatchek !
- Serai-ce enfin l’ami, que dis-je, l’homme que je connais depuis dix ans qui est enfin en face de moi ? »
Jeykomhus, en riant, sauta sur Tibalt et tout deux se roulèrent dans la boue du marché tandis que quelques passants les regardaient, un sourire au visage. Ce sourire s’estompa rapidement lorsqu’ils virent arriver devant eux un homme en robe longue, portant un petit chapeau, marchant d’un pas rapide vers les deux amis se pavanant dans la boue devant les femmes qui les observaient de derrière les étalages.
« Par la puissance du Dieu suprême ! Jeykomhus ! Tibalt ! Levez-vous ! »
A cette voix grave et puissante, les deux amis cessèrent soudainement leur combat amical et se levèrent de la mare de boue dans laquelle ils étaient allongés. Les cheveux et le visage noirs, ils saluèrent le maire de la ville…
« Père… veuillez nous pardonner, nous nous amusions juste et…, commença alors Jeykomhus tout en baragouinant quelques mots à son ami Tibalt pour lui dire que tout cela était de sa faute.
- Parbleu ! Regardez donc votre piteux état ! Vous faites honte à vos familles, que dis-je ! Vous faites honte à votre village entier ! Ce n’est pas une attitude humaine, vous êtes des sauvages, des furibonds ! cria alors le maire Helger, le père de Jeykomhus, en regardant d’un air dégoûté la boue dégoulinant des habits de son fils et son ami.
- Père…
- Ne m’appelle plus père ! Je me demande même comment ta mère à pu enfanter une ignominie pareille ! Vous deux, suivez moi jusqu’à la rivière Lia ! »
Tandis qu’une petite troupe, amusée par le spectacle, s’était formée autour des trois hommes, Helger alla jusqu’à la rivière Lia, un petit ruisseau passant au milieu du village et permettant, entre autre, de laver le linge sale. Les deux amis le suivait donc d’un pas gêné en voyant que peu à peu tout le village regardait cette marche, que Jeykomhus aurait pu alors qualifier de funèbre. Arrivé près de la rivière où quelques ménagères lavaient leurs vêtements, Helger s’arrêta et regarda Jeykomhus, puis Tibalt d’un air furieux avant de pointer son index vers le cours d’eau.
« Déshabillez –vous et plongez-vous là dedans ! ordonna-t-il alors.
- Mais père… on nous regarde…, dit Jeykomhus, parlant à l’oreille de son père pour ne pas que les villageois puissent entendre.
- Pardon ? Me désobéirais-tu ? Effectues ou ne retourne pas à la maison ! Fais ton choix ! »
Jeykomhus commença donc à enlever ses chaussures, résigné, tandis que Tibalt, gêné, vint vers Helger.
« Vous savez monsieur, en réalité je…
- Cesse donc tes paroles et effectue mon ordre Tibalt avant que je t’accroche à un pilotis durant deux jours entiers !
- D’accord ! »
Tibalt enleva ses chaussures et se déshabilla en quelques secondes tout en courant vers la rivière tandis que la troupe riait de toute ses dents. Jeykomhus couru alors derrière lui et plongea dans le cours d’eau qui s’avéra être glacé. Helger, commençant lui même par être amusé par la situation, sourit, ce qui n’était que peu perceptible à travers sa barbe grisâtre, et marcha vers les deux amis, qui essayaient de se réchauffer, pour leur tendre sa main.
« Et la prochaine fois, je serai moins conciliant envers les porcs de votre espèce, me suis-je bien fait comprendre ?
- Oh oui père…
- Tout à fait compris monsieur Fayronnis ! Tout à fait compris… »
[Edité le 31/5/2003 par Jeyk]
Sashmya
06-02-2003, 02:43 PM
Alors que les deux compèrent commançaient à frissonner sérieusement dans l'eau glacée de la rivière Lia, un rire perlé se fit entendre. Nul doute qu'il était moqueur.
Attrapant l'épaule de son ami, Tibalt pointa la branche d'un tilleul qui se trouvait sur la rive opposée.
"- Là Jeyk, c'est cette gamine dans c't'arbre!"
La fillette se redressa et brandit comme un trophée des habits dans un sale état. Jeyk, voyant cela se retourna brusquement... leurs habits avaient disparus!!
"- Maudite gami..." elle avait disparu dans la nature.
Tibalt, s'empressant de traverser ne trouva qu'un petit mot au pied de l'arbre, avec des lettres joliment tracées.
"Rustaud de quoi vous offusquez vous?
une femme s'occupant de votre linge,
certains trouveraient ça doux...
Souffrez la prochaine fois, d'avoir plus de méninges..."
Le Maire, hilare, dit à son fils... "-Jeyk, apprend au moins à reconnaître une fillette d'une lutine. Et ne compte pas revoir tes guenilles à moins que ta jeune amie n'en décide autrement..."
Puis il parti dans un rire qui lui était inacoutumé.
Tout d’abord, merci pour les quelques réactions positives quant à mon début de BG ;)
Ensuite, pour la personne qui l’a continuée, je tenais à dire que c’était justement mon background, écrit par mes soins et que, malgré que je ne sois pas réticent à une quelconque aide pour m’instruire sur l’univers sur lequel j’écris, je pense pouvoir rédiger la suite des histoires de Jeyk seul, mais merci quand même ;)
Sinon, je tenais à rappeler que le personnage va évoluer au fil des pages, tant psychologiquement que moralement et que le personnage dont vous pouvez alors voir l’aventure ici n’est donc pas véritablement le Jeyk que vous pourrez voir dans le jeu ;)
Cette petite parenthèse close, la suite sera postée d’ici peu ;)
Rhanarion
06-03-2003, 01:17 PM
Bravo Jeyk, juste une question, c pour quand le livre :)
Sachant que malheureusement peu de personnes n'aiment lire des pages et des pages de BG à la suite, j'ai partagé celui-ci pour qu'il ne soit pas long à la lecture journalière.
Tandis qu’ils récupéraient leurs affaires et que les villageois se dispersaient en riant, avec en tête de la foule Helger, une femme marcha vers les deux compagnons se rhabillant au bord de la rivière. Elle avait les cheveux d’un brun pouvant rivaliser avec n’importe quel noir existant sur Ganareth et un visage fin et beau que jamais Jeykomhus ne vit auparavant. Tibalt, à sa vue, tomba à terre alors qu’il essayait de remettre son pantalon.
« M’enfin madame ! dit-il en essayant de se remettre debout. On a pas à voir des hommes dans notre état ! Veuillez-vous tourner !
- Tu n’es pas le premier homme que je vois demi nu…
- Et j’espère qu’il ne sera pas le dernier, dit-il alors Jeykomhus avec un sourire.
- Je vois que vous êtes aussi courtois qu’intelligent, je me suis trompé… » dit elle alors en repartant aussitôt.
Tandis qu’elle remontait le chemin vers le marché, Jeyk couru derrière elle tout en remettant son manteau.
« Madame ! Excusez notre état mais frêle est le sérieux lorsque de cette rivière un humain ressort…
- Tu es tout excusé… J’ai trouvé votre père trop excessif et je voulais voir si vous aviez encore assez d’énergie pour participer au mariage de Hobkuc, ce soir…
- Cela aurait été avec joie mais mon père m’a interdit de sortir de la maison familiale…
- Dommage, sûrement pour une prochaine fois, dit la belle femme brune en lui souriant.
- Attendez… dit il en lui posant la main sur son épaule alors qu’elle s’apprêtait à partir. Au cas où je viendrai, quel est votre nom pour que je puisse vous retrouver ?
- Marion. »
Elle se détacha alors des yeux marron foncé de Jeykomhus pour se diriger vers le village tandis que le garçon la regardait partir et disparaître peu à peu parmi les bâtiments avec un regard rêveur. Tibalt couru alors jusqu’à lui tout en tenant ses dernières affaires sous le bras.
« Hé Jeykouille la fripouille ! Amène toi, on va aller chez Flopers avant de retourner chez toi ! Dit ? Tu viens ? »
Mais il ne répondait pas car il était alors trop absorbé dans ses pensées…
Alors que la nuit était tombée, que les chiens régnaient dans le noir en cherchant vainement un quelconque rôdeur d’un village voisin, Jeykomhus passa la tête par la fenêtre de sa chambre se situant au premier étage tout en essayant de tendre ses bras vers son ami Tibalt qui regardait la scène avec un sourire moqueur.
« Tu es bon pour te casser la nuque en passant ainsi via la fenêtre Jeykomhus, dit-il alors en chuchotant pour ne pas alerter Helger qui avait veillé à ce que son fils ne puisse sortir de la soirée.
- Aide moi plutôt à descendre fils de Gatchek ! »
Le garçon se laissa alors glisser par la fenêtre tout en aidant aidé par son ami qui lui soutenait les épaules, sans quoi il serait tombé la tête la première sur le gazon frais entourant la maison du maire. Ceci fait, ils coururent vers le bâtiment principal où devait se dérouler le mariage de Hobkuc, le plus grand combattant du village, descendant direct du puissant maître d’arme et défendeur de la vallée, Gervoyer, son grand-père. Tout le village était donc réunit et Jeykomhus craignait alors que son père ne fasse une visite impromptue à la fête pour féliciter et fêter ce grand événement comme il le fallait. La mariée, Eleva, fille de Guermon le philosophe et de Livia, une femme qui, selon la légende ancrée au village, pratiquait la magie blanche, resplendissait de beauté dans sa robe verte et marron, couleurs de la région du Gervoyer. Une foule incroyable encerclait alors le couple qui s’embrassait devant le prêtre, tenant son livre d’écrits bibliques, les regardant avec un regard compatissant et heureux. Des flots d’applaudissements, sûrement audibles jusqu’aux montages du Lerc, montagnes entourant la vallée, accompagnaient la joie et la bonne humeur qui s’illustraient surtout grâce aux hommes ayant abusés de l’alcool dansant sur la table et aux femmes chantant le chant Gervoyant :
- Oh toi ma douce vallée,
Qui m’a longtemps bercée,
Dans tes champs accueillant,
Je te défend maintenant
Et je te promet sur mon cœur,
Que si un jour je meurs,
Ma dernière pensée
te sera destinée !
Oh oui toi, ma douce vallée !
Tibalt donna un coup de coude à son ami qui regardait le spectacle avec amusement, pour lui lancer un regard accusateur.
« Tu vois, si tu n’avais pas été aussi lent qu’un nain des montagnes du Lerc, on aurait assisté à la cérémonie !
- Bah, nous sommes arrivé au plus intéressant : la fête ! »
Alors qu’une musique locale inspirée de la culture antique de la région débuta, la foule se dispersa quelque peu pour laisser le milieu de la salle libre aux danseurs. Jeykomhus entraîna donc son ami au centre de la pièce pour danser tandis que celui-ci rechignait à le suivre.
« Je ne sais pas danser, tu le sais bien !
- Ce n’est pas grave, cela s’apprend vite et il suffit de se laisser guider par la musique ! »
Les musiciens frappaient sur leurs tambours fait de peaux de bêtes et de bois de la forêt du Leyvar, forêt entourant le village sur plusieurs centaines de kilomètres, tandis que les joueurs de cithares frappaient avec passions sur les cordes de leurs instruments. Alors qu'une centaines de villageois dansaient désormais dans la pièce, Tiblalt se prit lui aussi au jeu et commença ainsi avec son ami une danse traditionnelle en harmonie avec la musique.
Jeykomhus vit soudainement des yeux le regarder à travers la foule et reconnu alors le visage de Marion. Son cœur s’emballa lorsqu’il la remarqua et, prenant son courage à deux mains, se dirigea vers elle avec sans la quitter des yeux.
« Tu es donc venu ? Comment as-tu fais ? lui dit-elle.
- Je ne voulais pas me morfondre seul et j’ai donc réussi, non sans mal, à parvenir jusqu’ici…
- Je vois que tu as bien reprit de tes émotions de ce matin… », dit elle alors en riant.
[Edité le 9/6/2003 par Jeyk]
Rhanarion
06-11-2003, 12:24 AM
Comme d'hab, vivement la suite ;)
Et voilà la suite, en retard vu que j'étais en vacances ;)
Un grand homme nommé Merle, le père de Hubkuc, s’installa alors sur l’estrade et demanda le silence.
« Je sais que vous l’attendez tous les amis alors je vais faire relativement court ! Comme toute fête réussie, les invités et les mariés doivent danser le Kyvor ! Je vais donc commander celle-ci et un seul ordre, un seul : amusez vous ! »
Enthousiasmée, la foule acclama le chef de cérémonie tandis que Jeykomhus regardait Marion avec un sourire.
« Je n’ai rien trouvé de mieux pour me remettre en forme que danser ! Viens, suis moi ! »
Il la prit par la main et l’entraîna dans la foule toujours plus importante. Un cercle se forma alors avec d’un côté les hommes, et de l’autres les femmes. Pure tradition Gervoyenne, le Kyvor alliait l’art de la danse, la rapidité et la dextérité. En effet, ce cercle, dès l’ordre du chef de cérémonie, devait se scinder en deux et former deux autres cercles indépendants, puis ces deux cercles devaient encore se partager en deux et ainsi de suite jusqu’à ce que chacun ai un partenaire du sexe opposé. De là, les danseurs pouvaient changer de partenaire au fil de la danse mais il était coutume que les amoureux se retrouvent parmi la foule dès qu’ils devaient trouver leur partenaire. Ainsi, Jeykomhus ne perdit pas Marion des yeux durant toute la danse et la rejoignit en courant dès qu’il devait trouver sa partenaire parmi la foule. Amusée, elle le regardait avec étonnement.
« Coïncidence ?
- Je ne pensais pas tomber sur toi », mentit-il alors.
Alors qu’il s’apprêta à danser avec elle, Jeykomhus vit avec affolement que son père venait de franchir le seuil de la bâtisse en scrutant la foule d’un air suspicieux.
« Mon père est là ! Il va me tuer si il me trouve ici !
- Tu ne l’a pas prévenu ?
- Non. Allons nous en car si je me fais prendre, je suis bon pour ne plus jamais sortir de la maison durant au moins cent couchés de soleil !
- Et que fais-tu de ton ami, tu le laisse ici ?
- Bah, je pense qu’il n’a pas besoin de moi en ce moment… »
En effet, Tibalt dansait comme un aliéné au milieu de la foule, une bouteille à la main et tenant une compagne dans l’autre en criant à tue tête qu’il était le meilleur danseur que n’avait jamais accueilli le village du Perchant.
Helger s’aperçut alors de la présence de Tibalt et en déduisit que si il était ici, son fils y était sûrement aussi. Il regarda alors chaque invité avec attention et vit deux personnes s’enfuir par la porte de derrière pour enfin remarquer que ces deux âmes étaient son fils et la fille d’un artisan du village, Létran.
Jeykomhus, tenant par la main Marion, prit un dodo se trouvant dans un enclos proche de la salle des fêtes du village et sauta sur celui-ci, Marion derrière lui. Ils parcoururent alors une quinzaine de kilomètres jusqu’à la forêt du Leyvar, forêt que peu de Gervoyens n’avaient jamais dépassés, préférant la plénitude de la vallée aux rudesses du monde extérieur. Ils s’arrêtèrent enfin sur le bord d’une petite rivière où Jeykomhus posa le pied. Il aida alors Marion à descendre du dodo et s’installèrent tout deux sur le rivage.
« Où m’as-tu emmené ?
- Cet endroit est seulement connu de Tibalt et de moi même. Nous nous y retrouvons souvent pour méditer et j’ai voulu te montrer cet endroit magique… »
En effet, malgré la nuit, la rivière était resplendissante de beauté et sa clarté permettait de voir le moindre galet se trouvant en son fond. Un petit vent frais faisait se mouvoir les feuilles des arbres et les cheveux de Marion qui regardait le paysage avec admiration.
« Je n’étais jamais entré dans la forêt auparavant. C’est magnifique… »
[Edité le 6/9/2003 par Jeyk]
Youri_Kain
09-07-2003, 02:19 AM
Interessant, tres interessant. On se demande pourquoi les gens du developpement de DnL ne vont pas chercher des écrivains dans certains post pour leur Histoire du Monde, pouvoir détailler chaque objets place et le remettre dans un contexte; par exemple une telle épée a appartenue a unetl qui a reportez telle bataille de maniere a pouvoir se renseigner sur nos objets.
Sinon tres bien.
Youri_Kain
Merci beaucoup pour vos avis qui m'aident à progresser avec plus de joie au cœur dans mes récits ;) Concernant justement la géographie de Ganareth, il est très difficile d'écrire la moindre chose la dessus sans avoir pu voir la carte du monde. Il faut donc inventer même si cela ne sera peut-être pas vérifiable dans le jeu lui même. Concernant une aide potentielle pour les développeurs, je suis ouvert à toutes propositions :D
Ils s’installèrent alors tout deux sur l’herbe fraîche longeant la rivière et observèrent un instant le reflet de la demie-lune dans l’eau. Soudain, un aigle, plus grand que ne l’avait jamais vu Jeyk dans la région, vola au dessus des deux jeunes compagnons et poussa un cri strident et fort qui les fit frémir. Le garçon se leva alors et aida Marion à faire de même.
« Il serait préférable que nous retournions au village. Il n’est pas prudent de se trouver, de nuit, dans la forêt du Leyvar. »
Ils regagnèrent alors le dodo et s’activèrent à regagner le village avant les douze coups de minuit, de crainte qu’on ne s’inquiète de leur absence.
« Je dois rentrer chez moi, dit alors Jeyk sachant que son père le recherchait déjà à travers tout le village, où pourrons nous revoir ?
- Demain, venez donc chez moi et je vous présenterai alors mon père, un homme fort habile de ses mains de part sa profession. J’espère que vous y serez.
- Je n’y manquerai pas. »
Ainsi se séparèrent pour la nuit Jeykomhus et Marion, ce premier marchant d’un pas soudainement moins sûr de ses actes, connaissant pertinemment la réaction de son père en voyant qu’il était sorti, sans son autorisation, de sa chambre et avait, de plus, participé à une fête de mariage. Arrivé devant chez lui, deux hommes habillés de casques argentés, d’armures avec, apposée sur celles-ci, le sceau du village (un cheval et son cavalier arpentant une colline) et de lances aiguisées l’attendaient devant le palier. Ils s’avancèrent alors vers lui et le saluèrent.
« Bonjour l’ami. Votre père le Maire vous attend dans son bureau. Sachez qu’il est fort mécontent et qu’il crie des ordres à tout vent dans le village et la région pour vous retrouver.
- Je craignais effectivement cela. Si vous ne me voyez plus ces prochains jours c’est que je serai enchaîné dans le donjon de Fytrock ! »
Les gardes rirent et Jeyk les saluèrent alors de la tête. Il poussa ensuite la porte de la maison, gravit les escaliers le menant au premier étage et frappa à la porte de bois massif du bureau de son père. Il releva ses cheveux tombant sur son front, remit sa chemise dans son pantalon et s’apprêta à voir la puissance d’Helger lui même se déchaîner devant ses yeux craintifs. Il étreignit dans sa paume la poignée de la porte et sentit soudainement comme de fortes brûlures rongeant son estomac, de grandes vibrations négatives émanaient du bureau, comme si des flammes l’attendaient, impatientent de le dévorer dès lors qu’il aurait passé le seuil de la pièce. Il fut donc presque surprit lorsque, la porte ouverte, il ne trouva que son père, le nez penché sur sa bibliothèque, réajustant ses petites lunettes et courbant son dos, la tête inclinée pour lire le titre d’un livre. Cette bibliothèque se trouvait près d’un imposant bureau en bois de latre, un abre rare d’une région extrêmement lointaine que son père avait ramené il y a de cela des décennies.
« Père, vous m’avez demandé ? »
Il ne répondit pas et il resta là, comme cherchant un ouvrage qu’il avait perdu depuis des années. Croyant qu’il n’avait alors pas été entendu, le jeune garçon réitéra sa question.
« Père, vous vouliez me voir ? »
A défaut de répondre à sa question, Helger plia ses genoux pour atteindre un niveau inférieur de sa bibliothèque. Craignait que le jeu ne dure, Jeyk commença à s’avancer vers son père mais fut interrompu par une voix venant de l’ombre, se tenant près du bureau.
« Effectivement, monsieur le Maire vous attendait d’une impatience fort vive. »
Cette phrase, dite d’une voix grave et régulière, fit frémir le garçon qui fut parcouru par la terreur lorsqu’il s’aperçut qu’il n’était pas seul avec son père dans la pièce. L’homme s’avança alors de l’ombre et fit apparaître, à la lumière artificielle d’une bougie posée sur un livre sur le bureau, un visage meurtri par les années, couverts de cicatrices multiples et portant, sur son épaule gauche, un aigle d’une taille impressionnante. Jeyk vit alors son nez pointu, qu’il aurait pu attribuer à un gnome et ses yeux perçants, qui, aurait-il dit, pouvaient déceler les moindres sentiments et pensés de son l’interlocuteur. Il reconnut ensuite en son animal domestiqué l’aigle qu’il avait vu près de la rivière de la forêt.
« Qui êtes-vous ? dit alors le garçon qui essayait de maintenir son regard dans celui de l’homme, en vain.
- Mon nom est Morticus. Nous vous attendions.
- Vous m’attendiez ? Et pourquoi cela ?
- Pour ton bien, mon fils. »
Helger venait de se retourner et lui faisait désormais face, avec un regard sévère et froid.
« C’est une chance que cet homme soit arrivée une journée plus tôt, fils. Je l’avait appelé il y a de cela sept mois pour débuter une véritable formation, comme tout bon Loght ! Il est en effet arrivée à temps pour avoir un parfait exemple de ta conduite ! C’est lui qui t’a retrouvé, grâce à son aigle. Il a ainsi réussi à apaiser mon esprit, sachant que tu étais désormais gardé et en sécurité. »
L’homme vêtu de noir tourna la tête vers son animal perché sur son épaule et lui chuchota quelques mots au creux de son oreille, imperceptibles pour Jeyk et probablement son père, trop furieux pour y faire attention. Le fils de Helger vit alors une lueur dans les yeux de l’aigle, comme si il écoutait avec une attention toute particulière les mots de son maître. Morticus se retourna ensuite vers Jeyk.
« J’ai, en effet, traversé maintes contrées pour vous monsieur Jeykohmus.
- Vous n’auriez pas du prendre tant de mal. Je n’ai guère besoin d’instructions et ne me destine pas à la guerre. Loin est le temps des conflits dans la contrée du Gervoyer !
- Mais loin de celle-ci est votre véritable destin mon jeune ami. Votre père a des projets bien plus grands pour son fils unique.
- Et qu’en est-il ?
- Vous le saurez bien en temps voulu, apprenti.
- Apprenti ? Quand donc ai-je répondu positivement à votre proposition ?
- Ce n’est pas une proposition, dit alors son père. C’est un ordre. Sache que cet homme vient des grandes écoles de Guerre de Ganareth et que c’est un véritable honneur qu’il vienne t’instruire la moindre chose en notre terre perdue !
- Honneur ou pas, je refuse ! Jamais un tel homme ne sera mon professeur, encore moins professeur d’armes ! J’aurai trop peur qu’il ne me plante lui même sa lame dans mon dos ! »
Helger devint alors rouge de colère mais Morticus leva la main ce qui eu, au plus grand étonnement de Jeyk, le résultat de le calmer.
« Je comprend votre réaction et ne m’attendais pas à moindre. Il est toujours dur de commencer de telles épreuves mais vous devrez irrémédiablement savoir utiliser les armes ou les sorts pour survivre en ces terres hostiles, en dehors de votre village natale.
- Et pourquoi en sortirai-je donc ?
- Car une guerre se prépare mon jeune ami, une guerre encore sans nom mais qui approche à grands pas. »
Youri_Kain
09-07-2003, 06:48 PM
Petit conseil a toi sur le site officiel il y a une pub a droite de l ecran tu vears au boud dun moment un boud de carte elle est vrai( dev chat) mais y a que la cote est mais je pense que tu pourrat te debrouille je l'ai bien fait
Youri_Kain
Continue t sur la bonne voie
Concernant ce petit élément de la carte, je le connais et je vais essayer de l'utiliser au mieux ;)
Voiçi donc la suite du récit :
Un silence inquiétant plongea alors la pièce dans une atmosphère des plus désagréable. Jeyk ne voulait pas être contraint à porter l’armure et le glaive pour enfin quitter sa terre natale, sauf si cette dernière était en danger. Helger rompit ce silence pesant en tendant à Morticus l’ouvrage qu’il avait si longtemps cherché.
« Voici le Livre de la ville comme vous me l’aviez demandé. J’espère qu’il vous sera utile. »
Jeyk ne connaissait pas l’existence et l’utilité de ce livre mais fut une nouvelle fois surprit de la docilité de son père envers cet étranger. Cet ouvrage, relié d’or et d’argent avec, en son milieu, l’emblème de la ville, contenait apparemment au minimum un millier de pages au vu de la grosseur du livre et du mal de l’homme à le donner à Morticus.
« Qu’est-ce donc père ?
- Cela ne regarde que cet homme et moi même Jeyk. Maintenant, retire toi dans ta chambre et dès le lever du petit soleil, tu commenceras ton entrainement ! »
Jeyk s’effectua mais vit dans le regard de son père une flamme qui lui était inconnue.
« Au revoir monsieur Jeykomhus, j’espère que vous apprendrez à m’apprécier. »
Le garçon ne répondit pas, ouvrit la porte et la referma derrière lui, non sans un grand soulagement d’être sorti libre de la pièce. Il alla ensuite jusqu’à sa chambre et s’y endormit d’un sommeil tumultueux et serpenté de cauchemars ayant tous comme personnage principal cet homme des terres lointaines.
Lorsqu’il se réveilla vers les quatre heures du matin, ce ne fut pas grâce à une nuit parfaitement remplie et réparatrice mais à cause d’un profond sentiment d’être épié, qui l’avait tourmenté dans son sommeil même. Il se releva alors et vit, une seconde, un aigle perché sur sa fenêtre. Cette vision disparue presque aussitôt qu’elle fut apparue et il ne vit plus qu’alors les étoiles et le ciel matinal s’éclaircissant peu à peu. Quelque peu effrayé de sa vision, Jeykomhus Loght se leva, ouvrit lentement et précautionneusement sa porte pour ne pas réveiller son père, et peut-être Morticus (qui, Jeyk le subodorait, ne dormait peut-être jamais d’un sommeil bien profond au vu de sa mine dépitée) et traversa le couloir le menant vers le petit salon. Alors qu’il passait devant le bureau de son père, il entendit des murmures à peine audibles d’une langue qu’il ne connaissait pas. Craignant qu’on n’attentait à la vie de son père, Jeyk ouvrit brusquement et violemment la porte, les poings serrés, ne sachant pas la réaction qu’il devait avoir devant des prétendus assaillants, mais il eu un hochet de surprise lorsqu’il vit Helger, assit devant son bureau, fixant hébétement un objet de couleur noir, carré, pouvant tenir dans la paume d’une main. Morticus était penché sur son épaule et lui chuchotait les mots qu’il avait entendu de derrière la porte. Voyant l’intrusion du garçon dans la pièce, Morticus se releva brusquement et rangea l’objet dans la poche. Son père, comme réveillé brusquement d’un long rêve, cligna des yeux quelques secondes et releva la tête.
« Bonjour Jeyk. Que… Que veux-tu ? demanda-t-il alors.
- Je pourrai vous poser la même question jeune insolent, cria alors Morticus. Ne vous a-t-on jamais apprit à frapper aux portes avant d’entrer ?
- Je ne frappe pas aux portes de ma propre maison monsieur Morticus. Par contre, vous, n’oubliez pas que vous êtes loin de votre terre, et sur la mienne ! Que faisiez vous à mon père ?
- Je lui prodiguais et appliquais juste quelques soins car monsieur votre père souffre depuis quelques jours d’intenses migraines, ce sont ses dires. Arrêtez donc votre scepticisme à mon sujet et faites moi confiance, jeune Loght.
- Je ne vous ferai confiance que lorsque vous serez loin d’ici, l’inconnu.
- Allons, allons ! dit alors le maire en levant les mains au ciel. Cessons tout de suite cette altercation qui ne fais qu’augmenter ma migraine douloureuse ! Toi, Jeyk, va te préparer à ton premier cours. Quand à vous monsieur Morticus, notre bonne vous a préparé ce dont vous aurez besoin pour la journée.
- Monsieur Morticus va-t-il rester encore longtemps au Gervoyer ?
- Je resterai le temps de votre formation Jeykomhus. »
Cette réponse ne réjouit aucunement le fils du maire et il s’en alla en fermant la porte derrière lui. Il attendit quelques secondes à la porte mais n’entendit plus de murmures, comme si Helger et Morticus avait tout deux sombrés dans un sommeil commun. Jeyk prit alors un petit déjeuner consistant et fit sa toilette lorsqu’il entendit descendre du premier étage, d’un pas lourd et prononcé, Morticus. Il se dirigea ensuite vers le garçon, qui l’attendait dans l’entrée.
« Notre premier entraînement sera court, rassurez-vous.
- Je l’espère bien car guerre ou non, ce n’est pas moi qui serait utile lors d’une bataille !
- Détrompez vous jeune Loght. »
Morticus sortit de la maison et ne prêta aucunes attention aux deux gardes qui le saluèrent, tandis que Jeyk imita un pendu derrière l’homme pour amuser les gardiens, puis ils se dirigèrent hors du village, vers une prairie verte et vierge de toutes cultures.
« Voici notre terrain d’entraînement. »
Il sortit de son long manteau noir deux épées, l’une longue et fine avec, incrustée sur sa lame, des pierres de grandes valeurs, et l’autre, plus petite, avait un manche sur lequel était taillé un petit arbrisseau. Il donna cette dernière épée à Jeyk et fit tournoyer la première au dessus de sa tête.
« Voici votre épée de débutant jeune apprenti. Elle se nomme Tachas.
- Un nom ? Pour une épée ? dit alors Jeykomhus en s’esclaffant. »
L’épée parut alors vibrer dans sa main et Jeyk ne put la contenir, comme si elle essayait de s’échapper de son emprise. Il la lâcha, effrayé, et elle se planta à terre. Morticus parut avoir un léger sourire, ce qui, sur son visage mortifié, parut au garçon un véritable supplice, tant pour le protagoniste que pour le spectateur de ce signe d’humanité de cet homme qui n’en était sûrement pas pourvu.
« Toutes épées à un nom et réagissent à celui-ci. Du moins, toutes épées qui a été faite pour vous, en utilisant magie et dextérité à sa fabrication. Tachas n’aime guère qu’on se moque d’elle, surtout venant de son propriétaire.
- C’est de la sorcellerie !
- Non, appelez cela de la simple magie, venant des terres elfiques. Il ne faut pas confondre les deux. »
Jeyk prit alors son épée et la souleva dans les airs. Elle était extrêmement légère et il se sentait empli d’une puissance qu’il ne se saurait jamais cru capable.
« Tachas… Quel est donc le nom de votre épée, Morticus ?
- Je ne peux nommer son nom car elle est emplie d’une force intérieure extrêmement puissante… L’appelez pourrait être dangereux, même le fait de prononcer son nom serait synonyme pour elle de bataille. Je ne préfère pas prendre ce risque, de crainte de vous voir réduit en lambeaux.
- Ainsi, vous ne pouvez maîtriser votre propre épée ?
- Si, mais, parfois, comme ce qu’il vous est arrivé avec Tachas, je pourrais perdre le contrôle, sa puissance étant d’une force peu commensurable. »
Jeyk regarda alors avec un sentiment de peur et d’admiration cette simple épée qui semblait dormir dans la main de son maître.
« En quoi cela me sera-t-il utile d’appeler mon épée ? Un bon escrimeur n’a pas besoin de nommer son épée pour bien combattre.
- Cela donne du courage tant au combattant qu’à l’épée que de crier son nom dans le combat. Cela crée une nouvelle force quasi mystique. Mais ne craignez rien, jamais je ne prononcerai le nom de mon épée pendant nos combats. Cependant, pour débuter, il faudrait déjà que vous maîtrisiez la votre. Nous allons donc voir de quoi vous êtes capable, homme du Gervoyer. En garde ! »
Morticus éleva alors sa lame en l’air et l’abattit contre le jeune garçon qui n’eu que pour seul réflexe de protéger son visage avec sa propre épée. Le coup fut tellement fort que Jeyk tomba à terre après avoir interposer sa lame contre celle de son adversaire.
« Allez, relevez-vous ! »
Non sans mal, Jeyk se releva et vit s’abattre sur sa gauche l’arme de l’homme. Il fit alors basculer Tachas et contra le coup, puis il tenta une attaque frontale mais Morticus frappa le manche de l’épée du jeune garçon par le dessous et la fit s’élever dans les airs. Elle retomba ensuite sur le sol, aux pieds des deux combattants.
« Belle tentative pour un débutant mais vous manquez de rapidité. Arrêtez donc de vous défendre et essayez de faire en sorte que le défenseur soit votre adversaire, et vous l’attaquant. Je garde mes coups, si je l’avais voulu, vous seriez mort dès les premières secondes de notre duel. »
Voilà la suite du récit ;) N'hésitez pas à poster après la lecture, ça fait toujours plaisir de voir qu'on nous lit ;)
Il rangea alors son épée dans son fourneau et leva son regard noir vers le ciel matinal qui oeuvrait désormais à chasser les quelques nuages qui persistaient en cette journée d’été. Il parut alors soudainement inquiété car, Jeyk le voyait, ses muscles se crispèrent et il commença à humecter l’air comme un chasseur chassant sa proie. Il reporta ensuite son regard grave vers son élève :
« L’entraînement est fini. Nous nous retrouverons ce soir, ici. Néanmoins, vous êtes sous ma charge durant toute la journée et Telmen vous surveillera dans vos moindres faits et gestes jeune Loght. »
Morticus siffla alors et il eu pour réponse des cris qui se rapprochèrent avec une très grande rapidité. Jeykohmus vit alors l’aigle de l’homme fondre sur sa main perchée, où il s’y posa quelques secondes plus tard.
« Voici votre gardien Jeykohmus, il ne vous quittera pas de ses yeux perçants. Veillez à ne point faire quelques mauvais tours que Telmen me rapporterait avec la rapidité de l’éclair. »
Morticus amena alors l’aigle jusqu’à sa bouche et lui chuchota quelques ordres dans une langue inconnue du jeune homme. Jeykohmus vit alors le même regard qu’il avait vu la veille dans les yeux de l’aigle et, à sa grande surprise, l’oiseau lui rendit son regard interrogateur et surprit. Le garçon salua donc Morticus et s’en alla vers le village, suivit de loin par Telmen, volant bien au dessus de lui, parmi les nuages. Il se dirigea ensuite vers le magasin du père de Marion, un artisan habile et intelligent qui était réputé parmi la vallée. Il arriva, après quelques minutes de marche, devant un magasin où une pancarte de bois prônait sur le toit : Létran, fabriquant d’armes, d’armures & d’objets en tout genres. Il en franchit alors le seuil et vit une multitudes de livres, de vases, d’épées, de casques et de boucliers entassés dans de frêles bibliothèques de bois où l’odeur du vieux prônait sur celle du neuf. Il s’avança ensuite dans ce couloir de créations diverses pour arriver devant un comptoir où un vieil homme écrivait sur un livre fort ancien. Voyant qu’il n’était plus seul, il leva sa plume jusqu’à son visage, souffla sur l’encre, et la posa sur le comptoir.
« Puis-je vous aider, jeune homme ?
- Je me nomme Jeykomhus Loght et je souhaiterai voir…
- Oh ! Le fils du Maire ! Un honneur que voilà car depuis fort longtemps un noble n’avait posé le pied dans ce bâtiment vieux mais tenace ! dit alors l’homme en riant. Le seul homme qui se prétendait tel avait un poney comme monture et une dague comme seule arme ! Mais grand est mon bonheur lorsqu’un Loght vient me voir, pour sûr !
- Votre bonheur est partagée monsieur Létran. J’aurai voulu parler à votre fille, si elle est présente. »
Le regard du vieil homme s’assombrit aussitôt et il pencha la tête vers le jeune homme.
« Ma fille ? Diantre ! Ma fille ! Pourquoi donc ?
- Je l’ai rencontré il y a fort peu et nous avons fait connaissance. Une fille fort sympathique qui…
- Jamais un homme ne posera la main sur ma fille, si jeune et belle ! Sortez donc avant que je ne vous chasse ! »
Surprit par le changement de caractère de Létran, Jeyk préféra tourner à regret les talons mais une main amicale se posa sur son épaule.
« Reste donc ! »
Il reconnu alors en cette voix celle de Marion et se retourna vers elle avec vivacité et joie. Son père, par contre, alla à la rencontre de sa fille et s’intercala entre les deux.
« Ainsi tu le connais ? Ne t’avais-je donc pas dis de te méfier des hommes ?
- Oui père, mais nous ne sommes qu’amis.
- Et j’espère que cela va durer ! »
Il retourna alors à son comptoir, prit sa plume avec colère, la trempa dans son encrier, tout en laissant couler de l’encre sur le comptoir, et continua d’écrire, tout en jetant parfois un œil suspicieux à Jeyk.
« Je suis désolé, dit alors Jeyk en regardant Létran par dessus l’épaule de Marion. Si j’avais su que cela allait créer tant de colère à ton père, je n’aurai rien dis.
- Laisse donc cela. Mon père est compréhensif, il a juste peur que je ne me fasse enlever par quelque homme pour ne plus jamais revenir… »
A ces mots, ils entendirent tout trois un grand fracas et des pas lourds s’avançant d’un pas lent mais déterminé vers le comptoir. Ils se retournent alors et virent un homme peu grand, en armure noire et épée au poing, son triple menton débordant sur son col de ferraille et sa langue parcourant ses lèvres tombantes. A la vue de Marion, il eu un sursaut de surprise puis il rangea son épée et tenta, malgré son armure et son poids, de faire quelques courbettes qu’il ne réussit qu’à la dixième tentative.
« Ma belle Marion ! Si j’avais su que vous seriez présente, je vous aurais apporté quelques présents ! dit-il tout en souriant, montrant ainsi ses dents jaunes et creuses.
- Si j’avais su que vous viendriez, Maître Balcius, je n’aurai été point ici et vous auriez d’ailleurs trouvé porte close. »
A ces mots, Balcius poussa un petit cri, qui aurait pu facilement être comparé à celui d’un dodo, et enleva son gant d’armure pour élever la main vers Marion. Lorsqu’il tenta de l’abattre sur son visage, Jeykomhus lui bloqua le bras et le repoussa en arrière. Il bascula alors en arrière et se heurta à un petit coffre posé sur le sol qui le fit tomber lourdement sur le sol. Il gloussa quelques secondes et tenta, vainement, de se relever.
« A moi ! A moi ! Je me meurs ! Assassins !
- Cessez donc de gémir tel un animal prit dans un piège, vieux fou, et prenez ma main. »
Létran, qui se trouva alors devant Balcius, tendit une main qui ne fut point refusée. Une fois relevé, Balcius remit son gant et se tint à l’écart des trois autres.
« C’est une véritable honte Létran ! Non seulement on m’insulte mais on intente à ma vie divine dans votre établissement ! J’en référerai à…
- Balcius, la prochaine fois que vous levez la main sur ma fille, ce ne sera plus une main défensive que vous trouverez, mais une épée aiguisée ! »
L’homme eu alors un hoquet de surprise aux mots de Létran et se dirigea lentement, sans se retourner, vers la sortie.
« Je suis venu ici pour vous dire que vous avez dix jours pour payer les traites Létran ! Sans quoi je vous enverrai Herré ! »
Létran se crispa alors et son visage devint triste. Tout en entendant la porte du magasin s’ouvrir et se refermer, l’homme s’assit sur un tabouret devant le comptoir et posa ses mains sur son menton qui était garni d’une barbe naissante et ses yeux prirent alors un air mélancolique et pensif. Marion le serra alors dans ses bras et lui donna un baiser sur crâne commençant à se dégarnir.
« Ne t’en fais pas père, nous arriverons à payer, Herré n’arrivera point…
- Je crains que non ma fille… Jamais je ne pourrai amasser la somme demandé et Herré viendra… Quant à vous, Jeykomhus, je vous remercie d’avoir aidé ma fille, cela prouve que vous ne portez point le titre de noble par héritage mais bien par noblesse de cœur et d’actes !
- Qui est donc ce Balcius ? Et ce Herré que vous craignez tant ? demande Jeyk avec sympathie.
- Balcius est le propriétaire du magasin. Alors que j’étais jeune, j’ai acheté le bâtiment et, alors que je le croyais à moi, il m’a montré que le contrat que j’avais signé pour l’appartenance du bâtiment était un faux et que je n’avais signé qu’un baie à vie. Je suis désormais condamné à lui payer jusqu’à la fin de ma vie une somme qui s’avère désormais colossale pour moi, pauvre artisan.
- Quel vil personnage ! Je lui ferai bien goûter de ma lame si il m’en donnerait l’occasion ! Et dans dix jours, si vous ne payez pas, que ce passera-t-il ?
- L’homme de main de Balcius, un très puissant combattant, viendra alors chercher son dû.
- Et quel est-il ?
- Ma tête. »
[Edité le 13/9/2003 par Jeyk]
Youri_Kain
09-28-2003, 11:52 PM
c bien mon ptit Jeyk ;) Merci pour cette balade dans Ganareth. Sinon a tres bientot sur IRC et ds les chroniques. A+. Continue.
YK
PS: c est clair que ca fait plaisir d etre lu, il y a dans mon BG des choses que l on ne retrouve pasici (je parles de fautes d'orthographes) Moi ce que j attends c est des "continus stp" que j attends alors je te le dit :
Continus stp !!!! ;) :p
Merci Youri ;)
Sinon j'ai quelques pages d'avance sur la publication donc cela devrait désormais être plus rapide.
Un silence de marbre tomba alors dans la salle, comme si le temps était resté figé durant quelques secondes puis, Létran se leva et, tout en poussant un long et pénible soupir, se remit derrière son comptoir et reprit sa plume, laissée là, baignant dans un bain d’encre. Néanmoins, Jeyk ne perdit pas espoir et frappa du poing sur sa paume tendue.
« Allons, voyons Létran ! Il y a sûrement quelque chose à faire ! Mon père pourrait sûrement vous aider…
- Il aurait pu si le contrat que j’avais signé n’avait pas été légal. Balcius a du user de quelques subterfuges, où il excelle sûrement, le scélérat, pour m’avoir trompé ce jour là lorsque j’ai signé.
- Peut-être mon père pourrait-il vous prêter de l’argent. Je sais bien que cela ne serait qu’allonger l’échéance mais cette somme permettrait de vous donner plus de temps pour réfléchir à une solution durable…
- De toute manière, je n’aurai plus de quoi le rembourser. De plus, et cela vous ne le saviez peut-être pas, Balcius prétend au siège de Maire depuis désormais maintes années, et il a de farouches partisans dans la région. Si Balcius apprenait que son ennemi m’aide, il enverra Herré me trancher la tête, pour sûr !
- Par Gathor lui même ! Que faire !
- Partir. Marion et moi préparerons nos affaires cette nuit, en secret. Nous chargerons nos dodos dans l’arrière cour et nous quitterons le village demain, au soir, en espérant que Balcius ou l’un de ses sbires ne nous retrouve pas ou ne nous surprenne. »
Jeyk regarda alors Marion, triste de la voir partir avant même de n’avoir pu la connaître réellement, et malheureux de voir Létran quitter son établissement qu’il avait cru sien lorsqu’il l’avait acheté il y a maintes années.
« Pourrais-je vous enlever votre fille une heure ou deux monsieur Létran, le temps de lui dire adieu ?
- Faites donc Jeykomhus, vous l’avez bien gagné. »
Avec un sourire, Jeyk prit la main de Marion et l’entraîna vers la sortie avant que Létran ne l’interpelle.
« Attendez Jeykomhus ! Voici un présent, pour vous remercier d’avoir protégé ma fille contre ce vieil escroc qu’est Balcius ! »
Il lui tendait une épée et son fourneau. Jeykomhus la prit avec précaution et l’examina avec attention. Sur sa lame était gravé un dragon aux griffes acérées qui lançait ses jets de feu contre un homme seul face à lui, qui lui résistait non sans peine mais sans faillir.
« Elle est magnifique, je ne sais pas si je dois accepter…
- Ma fille vaut bien des centaines d’épées comme celle-ci. A ton retour, je te révèlerai son histoire et t’expliquerai pourquoi cette épée est, et restera, unique. »
Mettant Tachas à droite de sa taille et sa nouvelle épée, plus grande, à gauche, Jeykomhus rejoignit Marion avant de se faire une nouvelle fois interpeller par l’homme.
« Ah, j’oubliais Jeykomhus, elle se nomme Hépitoclès ! »
Le jeune homme acquiesça de la tête et ils sortirent du magasin pour voir que deux heures avaient passés et que midi avait sonné.
« Ma faim est grande mais ma bourse ne l’est point. Je t’aurai bien invité chez moi, pour manger, mais j’y trouverai sûrement Morticus, un homme exécrable, que je ne veux point croiser pour le moment. Il me surveille désormais sans cesse, les yeux de son oiseau maudit surveillant les moindres de mes faits et gestes. »
Il regarda alors vers un toit voisin et vit Telmen perché sur celui-ci et le regardant fixement, prêt à bondir dans les airs pour le suivre à nouveau.
« Allons chez ton ami Tibalt. Je suis triste et fatigué, je ne recherche que du réconfort aujourd’hui, dit alors Marion, le regard baissé.
- Bonne idée, ce vieux rustre de Tibalt nous accueillera chez lui. Ses parents sont amicaux et nous ouvriront la porte de leur ferme avec joie. »
C’est ainsi qu’ils se dirigèrent vers la ferme du vieux perchoir, à l’extrémité est du village, pour remplir leur panse triste et courbaturé par la faim. Ils y trouvèrent comme prévu des bras tendus et des mets délicieux, la Famille de la Ferme du vieux Perchoir ayant juste commencé à manger eux aussi. Jeykomhus relata alors leur altercation avec Balcius et les regards de Magart et de Jale s’assombrirent aussitôt. La colère marquait leur visage pourtant toujours souriants et Magart frappa alors du poing sur la table, faisait ainsi tomber les quelques verres posés sur celle-ci.
« Par le vieux Merle ! C’est une honte tout ceci ! Jamais un bon artisan du Gervoyer n’aura affaire à des escrocs pareil, sacré nom de nom ! Pardieu ! Cela m’en retourne l’estomac et j’irai presque chez ce faux bourgeois avec mon épée pour le piquer un bon coup ! Par le vieux Merle ! On aura pas ainsi un gervoyen ! Nom de nom ! C’est pas avec… »
Voyant que son mari devenait de plus en rouge et faisait tourner dangereusement son verre de vin autour de l’assemblée, Jale posa une main sage et sereine sur le poing de son mari, ce qui eu pour effet de le calmer instantanément.
« Tu as raison Jale, il faut que je me contrôle quelque peu. Mais pardieu ! Quelle affaire ! Quelle affaire ! Un si bon gervoyen, se faire ainsi escroquer ! Et depuis tant d’années ! Si il nous avait prévenu, nous aurions pu l’aider ! Ah ! Et dire que des personnes sont prêtes à élire cette vermine, ce vaurien, cet imposteur ! Jeyk, mon bon vieux vadrouilleur, Marion, écoutez moi, si Létran a besoin d’argent, je suis prêt à lui en donner un peu ! Un gervoyen aidera toujours un gervoyen ! Nom de nom ! »
Marion et Jeykomhus expliquèrent alors que, même si Létran réussissait à réunir l’argent pour payer son impôt, la situation serait identique dans quelques mois et que la solution la plus réaliste était partir au loin. Magart aurait pu devenir encore plus rouge si cela avait été possible mais il n’eu comme seule réaction que de se lever, prendre sa veste et crier haut et fort :
« Hé bien soit nom de nom ! Partons et allons voir Létran ! Lorsque Herré viendra, il ne sera point seul par le vieux Merle ! Nom de nom ! »
Tibalt, qui était resté silencieux durant tout le repas, eu beau expliquer que Létran ne voulait justement pas s’intercaler à Herré d’autant plus que ce dernier ne devait seulement venir que dans une dizaine de jours mais, Magart de la Ferme du Vieux Perchoir ne voulait rien entendre et dévala le village. Son verre de vin désormais vide à la main, il appela au passage plusieurs villageois et une troupe d’une dizaine d’hommes se forma derrière le père de Tibalt qui, lui, regardait la scène avec désormais beaucoup d’amusement.
Youri_Kain
10-02-2003, 02:25 PM
A le Jeyk alors comme ca tu as des pages d'avance moi aussi remarque mais elles sont dans un carnet alors faut tout retranscrire mais bon ca se fera en temps et en heure (chap 3 de 15 pages), sinon je sent que Balcius va passer une mauvaise nuit.
IL y a une parole de Jeykomus qui sonne tres bien :
« Ma faim est grande mais ma bourse ne l’est point. Je t’aurai bien invité chez moi, pour manger, mais j’y trouverai sûrement Morticus, un homme exécrable, que je ne veux point croiser pour le moment. Il me surveille désormais sans cesse, les yeux de son oiseau maudit surveillant les moindres de mes faits et gestes. »
YK
PS ferait tu dans la poesie epique en prose??? ;)
Non, pas de prose épique ;)
« Enfin de la bagarre en Gervoyer ! Qui l’eu cru, hein mon bon Jeykomhus ?
- J’aurai du me taire au repas, dit alors Jeyk en regardant les hommes, tout aussi excité et énervé que Magart, marcher d’un bon train vers le magasin de Létran.
- Bah, laisse donc ! Au pire ce Herré cassera sa lame sur la tête de mon père ! Au mieux il sera assommé en sentant son haleine teinté d’alcool ! dit alors Tibalt en riant à pleine dents. »
Jeykohmus couru alors jusque devant la foule pour essayer de la stopper mais ils étaient comme devenus fous et ils auraient pu l’écraser si Marion ne l’en avait pas écarter. Il se décida alors à les suivre, Marion et lui en tête. Arrivé devant l’établissement, Jeykomhus remarqua sur son seuil, dans la boue fraîche et encore molle, des traces de pas d’une grande armure, qui n’y étaient pas lorsqu’ils étaient partis. Il franchit alors le seuil avec rapidité, ouvrit la porte et, suivit de Marion et de la foule, il découvrit avec effroi l’identité du nouvel invité. Herré, grand et fier, se tenait là, son épée à la main pointant le visage de Létran, son heaume sous le bras gauche et le regard perçant. La foule, qui était derrière Jeykomhus dans le magasin, resta silencieuse, comme respectueuse de l’homme qui se tenait devant eux, ennemi d’il y a quelques minutes, homme craint désormais. Il tourna alors la tête et considéra de ses yeux noirs sans vie les nouveaux venus qui le regardaient avec une grande surprise.
« Ainsi, voilà le fils de ce piètre Maire, dit alors Herré en pointant désormais de sa lame le visage du jeune homme. J’aurai espéré voir en cette famille bâtarde que sont les Loght une once de charisme se dégageant enfin de l’un de ses membres mais me voilà une nouvelle fois déçu. Quelle est donc ma surprise ! Si Balcius m’avait dit, en m’envoyant ici, que l’homme qui lui avait fait du tord n’était qu’un nabot âgé d’une vingtaine d’été, je n’aurai emmené que ma tenue légère et un coutelas de ranger avec lequel je dépèce la peau des petites vipères telles que toi ! Viens donc ici, tu vas apprendre ce qu’il advient aux personnes qui lèvent la main sur Balcius, Mon Seigneur ! »
Il se mit alors en garde et attendit une réaction de Jeykomhus, réaction qui ne se fit d’ailleurs point attendre. En effet, le jeune homme porta, tel un réflexe, sa main à son fourreau gauche et y sortit Hépitoclès avant de se mettre en garde. Marion lui attrapa le bras, de peur qu’il ne se fasse tuer, et lui glissa quelques mots doux à l’oreille pour le convaincre de ne pas relever le duel.
« Alors Jeykomhus, te laisserais-tu convaincre par cette dulcinée de ne pas te battre ? Avant de contrer nos lames, sais-tu que, lorsque je me battais déjà au front et qu’on me compta ta naissance, Oh toi fils du Maire du Gervoyer, on m’a dit que le nom que ta mère t’avait donné à ta naissance était doué de quelques pouvoirs de sorcellerie. Fourbe et folle était ta mère ! Voyant que Jeykomhus n’a rien de maléfique, quel est ton véritable nom ? C’est une chose que j’aurai aimé savoir avant de te trancher la gorge. »
Jeykomhus ne sut répondre à sa demande car il n’avait pas lui même connaissance de ce nom mystérieux. Il se retourna alors vers la foule, en quête d’une réponse mais eux aussi furent apparemment étonné de la question. Il enleva donc les mains de Marion l’étreignant et s’avança vers Herré, l’arme au poing.
« Je ne sais pas de quoi tu parles, Oh Herré, mais sache que mon nom est Jeykomhus et que ce nom restera gravé en ta mémoire jusqu’aux confins de tes nuits ! Que Gathor me protège ! Que sa puissance me vienne en aide et que Herré soit châtié ! Hépitoclès, combat comme tu n’as jamais combattu ! » cria-t-il en levant sa main droite vers le ciel.
Ce qui n’était qu’un entonnement pour augmenter son courage et entamer celui de son adversaire, devint alors tout autre chose, que Jeyk ne put définir à l’instant. Hépitoclès devint rouge et se mouvait avec agilité telle une flamme en furie libérée qui n’attendait que son heure pour surgir et s’abattre sur son ennemi. Herré, surprit, tenta de frapper son adversaire au ventre mais il fut contré par cette flamme toujours plus rougeoyante et aveuglante. Maintes fois il lança ses attaques, à chaque fois il rata, l’épée magique contrôlant apparemment le bras de son propriétaire. Effrayé par tant de magie inconnue, Herré lâcha son heaume, jeta son épée au sol et courut vers la sortie mais Jeyk le retint par le col et vit dans ses yeux apeurés qu’il avait perdu toute noblesse d’actes.
« Sauve toi, sauve toi vieux bourgeois, avant que ton sang ne se répande sur mes bottes. »
Il le lâcha alors et vit Herré traverser la foule en bousculant les villageois, ouvrir la porte sans la refermer et on l’entendit atteler son dodo qu’il pressa de partir. Puis, il lâcha en criant :
« De toute manière, hommes, femmes et enfants du Gervoyer, vous allez tous périr ! »
L’épée de Jeykomhus redevint alors froide et droite et il la regarda avec admiration, tandis que la foule l’encerclait tout en observant avec frayeur l’arme et son porteur qui avaient vaincus le combattant Herré, qui avait tranché maintes têtes et combattu à maintes guerres. Jeykomhus Loght se tourna alors vers l’artisan qui avait regardé la scène avec un rictus de plaisir.
Youri_Kain
10-05-2003, 01:33 AM
Vraiment je ne te savais pas aussi mesquin Jeyk. Tu nous ecris la une histoire geniale et tu l'arrette en plein millieu (quoi ? oui je fais ca moi aussi mais je sais ce qui va se passer dans mon histoire pas dans la tienne. grrrr !! ;) ). Sinon j'espere avoir la suite en exclus plutot que de rentrer chez moi apres le taff et découvrir que tu as de nouveau posté.
Continue stp. ;)
YK
EDIT: PS: pense de temps en temps a regarder tes messages prives, je sais c est chiant mais bon.
[Edited on 5/10/2003 by Youri_Kain]
Concernant les coupures, j'en suis désolé mais je pense à ceux qui n'aiment pas lire des pages et des pages se suivant les unes après les autres. Je préfère poster quelques paragraphes pour tout lecteurs puissent suivre l'histoire et garder un certain suspens ;) Pour mes message privées, il faut m'y faire penser pour que je les lise la plupart du temps :D
« Quelle magie… Que s’est-il passé ? Létran, pouvez-vous m’expliquer ? »
L’homme s’avança alors vers lui et prit des mains de Jeykomhus Hépitoclès pour en montrer les gravures.
« Cette épée est bien vieille mon ami. Plus vieille que toutes les choses que tu connais et où que tu côtoies tout les jours durant. Forgée par les mains agiles mêmes du Maître forgeron Isrusa, comme une trentaine d’autres, dans les laves du volcan Atisu, on lui grava sur sa lame la bataille de Gathor contre Dragoon et ses sbires qui tentèrent, il y a de cela des milliers d’années, de conquérir ciel, terre et mers pour assouvirent leur soif insatiable de pouvoir et d’emprise sur les créations du Dieu suprême. Grâce à la collaboration de plusieurs artisans elfiques de renommés, il allia au métal leur magie protectrice. Lorsque son nom est prononcé par son propriétaire, elle se réveille alors et naît d’elle les flammes des dragons eux-mêmes, dissuadant ainsi les combattants de combattre son utilisateur. Elle cache encore en elle maints secrets et bottes secrètes qui te permettra à toi, Jeykomhus Loght, de te protéger lors des combats. Attention cependant, sa magie est surtout basée sur la défense et non l’attaque et elle n’agira comme elle l’a fait seulement lorsque tu seras en grand danger, seulement dans ces moments. Tu n’auras aucune chance si tu ne sais pas combattre face à un homme habile qui connaît Hépitoclès et ses tours de passe-passe. »
Pendant que l’homme lui parlait, Jeyk pensait aux dires de Morticus concernant son épée qu’il ne pouvait nommer sous peine de déclencher une force difficilement contrôlable. Il le comprenait désormais parfaitement et craignait que son épée ne puisse libérer une pareille force qu’il ne pourrait alors contrôler sans de nombreux efforts. Soudainement il se souvint d’Herré qu’il avait surprit et bouté de ce lieu.
« Mais pourquoi donc Herré est-il venu si tôt ? Ne devait-il point arriver dans dix jour et non maintenant ?
- Je pense qu’il n’a point apprécié d’apprendre, de retour d’une bataille contre un clan ennemi, que son Seigneur ait été agressé par le fils du Maire. Le fourbe m’a proposé un accord, sûrement pensé par l’esprit même de Balcius, de lui céder Marion pour effacer mes dettes. J’ai évidemment refusé et tu es arrivé.
- Je crains que ce ne soit qu’un léger gain de temps. Il reviendra sûrement, et non seul. Il vous faut quitter la région ! Le Gervoyer est désormais synonyme de danger pour vous. Nous pourrons vous aider. »
L’homme parut soudainement se réveiller d’une longue réflexion et vit la foule dans son magasin. Il tourna sur lui même pour regarder les visages des hommes, femmes et enfants qui l’avaient désormais encerclés.
« Mais qu’est-ce que cela signifie ? Qui sont toutes ses personnes ? »
Magart, le teint redevenu blanc, sortit de la foule et s’avança vers Létran, regardant ses pieds d’un air gêné.
« Hé bien… Soit… Nous étions ici pour te protéger de… Pour te protéger d’Herré… »
Létran observa Magart et la foule quelques secondes avant d’éclater d’un rire joyeux.
« Voilà bien longtemps que je n’avais entendu pareille sottise mes amis ! Bien fous vous êtes ! Si Hépitoclès, portée par Jeykomhus, n’avez point été là, vous auriez tous ici perdu la vie ! Mais je suis touché que vous preniez tant à cœur cette tragique histoire et me félicite d’avoir de si bons compagnons.
- Et après tout, si Magart n’avait pas entraîné la foule ici, et moi et l’épée par la même occasion, tu aurais sûrement été tué Létran.
- Tu as raison Jeykomhus, je vous suis redevable les amis. »
Magart releva la tête et arborait un sourire qui, Jeyk le craignait, allait lui décrocher son imposante mâchoire.
« Pensé sous cet angle, il est vrai que j’ai apporté ma pierre à cette histoire, dit-il alors en bombant fièrement le torse. Si je n’avais pas été surpris, j’aurai sauté sur ce farouche Herré et lui aurait dévisser la tête de mes propres mains !
- Je n’en doute pas, Magart Famille de la Ferme du Vieux Perchoir », répondit alors Létran en riant de plus belle.
Les sourires s’affichèrent de nouveaux dans la foule et quatre hommes, qui se regardaient avec hésitation, s’avancèrent alors vers Létran.
« Nous allons t’aider à quitter la vallée Létran. Je me nomme Helpic, mes autres amis se nomment Ratpler, Tijoën et Gapel. Autrefois nous avons nous quatre combattus l’épée côte à côte, nous savons nous battre et nous saurons t’aider à traverser les chemins inconnus qui te mèneront en Marchas, une terre que même Herré n’a jamais foulé. Tu y seras tranquille et heureux jusqu’à la fin de tes nuits, toi et ta fille. »
Ces quatre hommes ne ressemblaient pas au villageois du Gervoyer. Ils étaient grands, blonds, Ratpler avait une barbe tandis que les autres étaient proprement rasés. Ils portaient tous une armure légère camouflée par un pull en laine abîmé et salie et une épée, longue et fine, dont on pouvait apercevoir quelque fois la pointe au bas de leur long manteau gris.
« Je suis touché amis. D’où venez-vous ? Cela est bien la première fois que je vois de telles statures.
- Nous venons d’un village du Marchas où la paix règne ainsi que la prospérité et l’harmonie entre les êtres, dit alors Ratpler. Bien fermé est la terre du Marchas mais telle est ta détresse et nos cœurs grands que nous t’y accueillons, sans une once d’hésitation désormais. Si, pour sûr, tel est ton souhait.
- Je le souhaite et nous nous préparerons donc à partir demain pour le soir car l’heure aujourd’hui est tardive et maintes hordes d’orcs et de gobelins voleurs attaquent la lisière du Gervoyer une fois la nuit tombée.
- Nos épées sont votre, Gervoyen, nous avions prévus de partir aujourd’hui pour notre terre mais être pressé n’est pas un mot étant dans le vocabulaire des Marchasis ! »
Les quatre soldats saluèrent l’artisan et sortirent du magasin tandis que la foule se dispersait peu à peu, donnant des signes et des mots d’encouragement à l’artisan, laissant Létran, Magart, Jeykomhus et Marion ensemble.
« Si vous avez besoin de n’importe quoi pour votre départ Létran, à manger, à boire ou une bête, je suis à votre disposition, dit alors Magart, le regard désolé.
- Je te remercie Magart mais je pense que nous voyagerons léger. Adieu mon nouvel ami.
- Je suis attristé par la cause de ton départ et soit sûr que Balcius verra notre colère à tous ! »
Magart prit alors dans ses bras Létran, qui fut tout d’abord surprit puis touché par le geste du fermier. Il se séparèrent ensuite et Magart, sans se retourner, quitta le magasin en reniflant allègrement et en gémissant de tristesse, tristesse qu’il allait sûrement noyé dans l’alcool. Jeyk faisait alors les cent pas, l’air pensif.
« Qu’y a-t-il Jeyk ? demanda Marion qui avait observé toute la scène dans le silence.
- Je cherche la signification des dires d’Herré. Que j’avais un nom maléfique, ou magique…
- Ne t’inquiète pas pour cela, viles sont les paroles de cet homme et fourchue est sa langue !
- Il n’a pas dit cela inutilement ! Si au moins il s’était expliqué… »
Létran écouta Jeykomhus avec attention puis il commença à s’activer à sortir de ça et là des caisses de bois.
killkool1
10-07-2003, 01:22 PM
un conseil ouvre toi un site internet !!
Et publi ces pages. Elles sont terrible. J'ador ca :)
alor continu comme ca :)
Je suis désolé d'avoir tardé à poster la suite, surtout qu'elle était prête, mais j'ai eu un emploi du temps assez chargé ;) Merci Killkool1, ce sont ce genre de posts qui m'aident à écrire ;)
« Si vous ne voulez pas qu’Herré vous donne cette explication, vous feriez mieux de m’aider à préparer notre départ.
- Je pense qu’il se passe quelque chose en terre du Gervoyer Létran, il avait dit que nous allions tous périr…
- Alors activez-vous avec plus de vivacité mon jeune ami, activez-vous ! »
Durant plusieurs heures, Jeykomhus, Marion et Létran s’attelèrent à préparer le départ de ces deux derniers. Ils remplirent sept petits sacs, l’un contenant de la nourriture, un autre de l’eau, encore un autre des armes et les quatre derniers, Létran les prépara seul, dans une pièce isolée. Voyant que ces quatre sacs étaient séparés des autres, Jeyk demanda à ce qu’on satisfasse sa curiosité.
« Que contiennent ces sacs Létran ? »
L’artisan, s’attendant apparemment à ce que la question soit posée, regarda Marion puis Jeyk et soupira.
« Il est temps que je te dise d’autres choses à mon sujet Jeykomhus. »
Il s’assit sur le tabouret et prit dans sa poche une vieille pipe d’un bois visiblement fort résistant mais pourtant gravé d’une centaine de symboles étranges.
« Je ne suis pas seulement un artisan mon bon Jeykomhus, je suis aussi ce qu’on appelait autrefois, dans certaines langues anciennes, oun Maligito, un Mage. Il reste bien peu de véritables Mage sur Ganareth, une poignée à vrai dire, et ceux qui le prétendent ne sont en réalité que des utilisateurs de sorts banales qui ne convainc que les hommes de petits esprits ne savant pas reconnaître mage et Mage. J’écris les grimoires, je cherche les formules, je combat les esprits malins depuis fort bien longtemps, je t’ai mentis sur mon âge et je m’en excuse, mais j’avais mes raisons. J’ai en réalité plus d’une soixantaine d’été derrière moi, cet âge n’est pas celui d’un homme, ni prolongé grâce à la magie mais simplement parce que je n’appartiens pas à ta race. »
Il approcha alors du visage de Jeykomhus son oreille droite et lui montra son extrémité.
« J’appartiens aux Elfes du Jour, un ancien clan décimé aujourd’hui. Après les guerres sombres qui hantèrent ma contrée, nous étions une centaine d’Elfes qui décidâmes de rejoindre les terres des hommes et de nous y fondre, pour survivre. Nous avons quitté nos forêts Léminoises et parcouru les plaines, les montagnes et les mers pour que nous puissions trouver une paix qui nous apporterait enfin une tranquillité d’âme et d’esprit. Pour que nous puissions passer inaperçu, nous nous sommes coupés les extrémités des oreilles pour qu’elles paraissent humaines et nous avons essayé de nous habituer à vos coutumes. Mais la guerre, le sang, le meurtre et la mort n’étaient pas la seule raison de la fuite de notre forêt. En effet, notre peuple, étant particulièrement sensible à la mana, pratique la magie couramment et nous avons écrit des centaines de grimoires sur nos savoirs, nos inventions, nos idéaux et notre philosophie sur la magie. Une bibliothèque, du nom de Bibliothèque du Savoir Divin, fut créée il y a une centaine d’année pour accueillir tout les ouvrages qui furent et seront écrit. Bien des jours et des nuits passèrent et, un jour, Maliny et Lonerr, deux Elfes du villages, eurent un fils qui, et cela troubla tout les sages de la contrée, n’avait aucunes affinités avec la magie et n’avait apparemment pas le pouvoir qui nous animait tous. On le donc nomma Ylinore, ‘’le non-croyant’’, car tous s’accordèrent sur le fait qu’un Léminois ne pouvait ne pas avoir de contact avec le Divin et qu’il ne puisse pas utiliser la magie avec la même hardiesse que nous. Nous avons donc pensé qu’il avait refusé de croire aux Dieux, à la puissance qu’ils dégagaient et à la force de la magie dès sa naissance. Frustré, accablé par la douleur, reclus sur lui même, Ylinore devint mauvais et forma, après vingt-cinq été, un pacte avec nos ennemis pour nous chasser de nos terres. Il leur donna la localisation précise de notre village et des points de guets qui l’entouraient pour nous protéger des barbares et des bêtes sauvages. Ce fut un massacre et, depuis, il nous recherche, pour s’approprier les précieux écrits que nous avons pu sauver du déluge d’épées qui nous avaient assaillis. Il n’hésite pas à tuer Jeykomhus, c’est aussi ce qui nous a poussé à quitter avec ardeur notre forêt de Lémin, et je crains que le tranquille Gervoyer n’abrite dans quelques temps les hommes d’Ylinore, Balcius étant un oiseau de mauvais augure, il pourrait comprendre que je ne suis pas un homme et, pire encore, pourrait savoir la valeur de ce que je transporte. Oui, c’est cela que je transporte dans ces quatre sacs, des grimoires et des formules. »
Le jeune homme regarda alors de plus près les oreilles de Létran et de Marion et vit les marques de l’ancienne incision. Il fut tout d’abord pétrifié de surprise mais, pour ne pas les offenser, Jeykomhus poursuivit la discussion sans faire paraître sur son visage les rides de la crainte d’un peuple inconnu, car jamais le jeune homme n’avait vue autre race que l’homme, sentiment totalement humain et stupide, il le comprit aussitôt.
« Et cette armée d’Ylinore pourrait-elle menacer le Gervoyer ?
- Non, ils ne s’attaquent qu’aux membres du clan des Efles du Jour. Néanmoins, cela ne m’étonnerait pas qu’Ylinore ait fait appel à quelques hommes de mains sans vergogne qui eux pourrait user de la force envers les villageois. Plus longtemps je resterai ici, plus je risquerai d’attirer sur vous des malheurs qui ne vous concernent point. Désormais, notre secret est votre et j’espère que jamais vous n’aurez à le raconter, à quiconque.
- Ne vous inquiétez pas Létran, votre secret est gardé par un esprit ouvert et sage.
- Nos affaires sont désormais prêtes, l’heure commence à être tardive. Je pense que vous feriez mieux de partir, nous nous reverrons demain.
- Au revoir Létran. Au revoir Marion. »
Il salua alors ses deux amis et sortit de l’établissement. A la position du soleil, il devait bien être dans les seize heures et de parcimonieux nuages filaient rapidement vers l’est. Bien froide sera cette nuit. Soudainement, Jeykomhus entendit un cri perçant provenant du ciel et il vit alors fondre vers lui, tel un rapace filant vers sa proie, Telmen qui, ailes repliées le long de son corps, tombait littéralement vers le jeune homme. Il ne redressa qu’au dernier instant en déployant ses longues ailes grises et se posa sur une barrière de bois, face à Jeykomhus. Il comprit alors que Morticus l’attendait. Il s’en alla donc vers le terrain vague où il avait commencé, plus tôt dans la journée, son entraînement et, une fois arrivé, vit l’homme faire siffler sa lame dans le vent, l’agitant de tout côté comme combattant un ennemi invisible. Il s’aperçut alors de la présence de Jeyk et rangea aussitôt son épée puis il leva le poing en l’air où Telmen s’y percha. Il réitéra alors son rituel avec son animal domestique en approchant l’aigle de son oreille et Jeykomhus subodorait donc que Telmen avait le pouvoir du parler, ou du moins, de pouvoir véritablement communiquer avec son maître comme un être pensant. L’aigle, à cette pensée, tourna immédiatement sa tête vers le jeune homme et le scruta de ses yeux interrogateurs.
« D’où vient votre oiseau Morticus.
- J’attendais cette question jeune Loght. Cet ‘’oiseau’’ m’accompagne depuis des décennies à travers le monde et jamais il ne m’a quitté. D’où il vient ? Je ne le sais pas moi même, c’est lui qui m’a trouvé et m’a dompté et non l’inverse.
- Il m’a l’air doté d’une intelligence qu’aucun de ses congénères n’ont. Son regard est d’un étrange…
- Passons à autre chose, je dois vous apprendre bien des choses avant le coucher du soleil et vous n’êtes pas encore prêt pour commencer votre entraînement.
- Prêt ? Je le suis, assurément et j’ai d’ailleurs ici une nouvelle…
- Non, je ne parlais pas de votre mental, qui doit toujours être apte à combattre, mais à ceci. »
Il désigna alors, accrochée à une planche de bois, une armure légère complète, verte, et un arc.
« Oh… Je vois, mais je n’ai jamais utilisé le moindre arc de ma vie et piètre seraient mes résultats si vous me glissiez dans cette armure de ranger.
- L’on apprend lorsqu’on essaie jeune Loght. Enfilez cet armure ou partez rejoindre vos amis qui ne quitteront cette contrée que pour cultiver les blés !
- Mais je n’en demande pas mieux ! Mais je crains seulement les colères de père et je ne fais cela que pour le satisfaire. Sachez cela. »
Il se dirigea alors vers l’armure faite de cuir et de lanières d’herbes du Gervoyer, herbe grasse mais surtout résistante.
« Je reconnais là la terre de ma région…
- Je l’ai faites pendant que vous vous amusiez à grassement manger chez votre ami Tibalt.
- Comment savez-vous ?
- Sotte question que voilà… »
Le jeune homme regarda alors l’aigle, désormais perché sur l’épaule de son maître, le scrutant toujours de ses yeux interrogateurs, et Jeyk comprit aussitôt qu’il avait déjà tout conté à l’oreille de Morticus. Il se résigna alors à mettre l’amure, qui s’averra être parfaitement à sa taille et même confortable, pour ensuite prendre l’arc entre ses mains gantées.
[Edité le 24/10/2003 par Jeyk]
[Edité le 25/10/2003 par Jeyk]
wazimolo
10-25-2003, 08:38 PM
sinon ca sort quand au cinéma? :P
Youri_Kain
10-26-2003, 07:42 PM
LOL Jeyk ;)
Bon c'est toujours aussi bien mais juste une chose : ESPACE, ESPACE, et encore ESPACE c est pas possible les blocs que tu sors. ;) Voila c est tout. continue.
YK
Encore désolé pour ce léger retard mais, comme certains le savent, je suis en ce moment sur un projet assez important qui me prend du temps. Pour Youri, je trouve les textes assez espacés vu la petitesse de mes posts ;) Sinon, pour les personnes qui ont oubliés le fil de l'histoire à cause de l'espace de temps entre les posts, voiçi un très rapide résumé de la situation du dernier post même si je vous conseille de le relire :D
Morticus, un homme mystérieux, a été appelé par Le Maire, le père de Jeykomhus, pour l'entrainer au combat. Entre temps, Létran, un des artisan du village, doit fuir la Comté pour échapper à Ylinore, à Herré et à Balcius, respectivement un combattant Elfe le pourchassant pour lui oter sa vie et ses formules, un combattant à la solde de Balcius, et ce dernier, un riche bourgeois, prétendant au poste du Maire du village et donc, de la comté du Gervoyer. Cependant, après une altercation entre Jeykomhus et Herré, le jeune homme doit regagner son terrain d'entraînement où l'attend Morticus avec un équipement de Ranger.
« N’ai-je pas l’air ainsi trop ridicule ?
- Vous êtes parfait. »
Pliant ses genoux et ses bras pour user quelque peu le cuir neuf, Jeyk observa de plus près son arc, d’un bois léger comme l’air mais noir comme le roc, n’ayant ni gravures, ni dessins, telle une sculpture de marbre venant d’être polie. Jeykomhus encocha alors une flèche sur son fil brillant et soyeux, avide de voir ses résultats avec pareille arme, avant de viser une cible de paille en forme d’homme que Morticus avait sûrement disposé là en son absence. La flèche partie avec la rapidité de l’éclair et finit sa course dans un arbre voisin de la cible.
« Vous brûlez les étapes jeune Loght, peu de personnes peuvent utiliser un arc sans un entraînement préalable.
- Cet arc est magnifique, d’où vient-il ?
- Un elfe, d’une forêt éloignée, me l’a offert, il y a quelques années.
- Un ami cher sûrement, je n’ai vu arc d’une pareille beauté que durant les chasses du Benkal, où mon père chassait avec les plus grands archers que la contrée ai pu porter.
- Placez-vous près de cet arbre au loin, et tentez de toucher votre cible une nouvelle fois en tenant compte de mes indications. »
Morticus lui tendit un carquois empli d’une trentaine de flèches et le jeune homme s’en alla vers l’arbre désigné. Peut-être deux cent pieds le séparaient de l’homme de paille tandis que Jeyk prit son arc et visa la cible avec maladresse.
« Lorsque vous visez une cible quelconque, retenez votre respiration et concentrez-vous sur celle-ci. Vous ne devez pas vous laisser déconcentrer par un autre élément, il n’y a que cette cible qui ai une importance. Relevez plus que cela votre arc, a moins que vous ne vouliez toucher les pieds de votre adversaire, et n’hésitez point à plier votre arc avec plus de force, il ne se brisera aucunement. Tentez ! »
Jeykomhus, après avoir mimé les instructions de Morticus, lâcha sa flèche qui passa à seulement un mètre de la tête de la cible, pour ensuite se planter dans le sol de la prairie.
« Réessayez jeune Loght, vous ne sortirez pas d’ici avant d’avoir touché la cible ! »
Jeyk vida alors peu à peu son carquois et, une demie heure plus tard, n’eu plus qu’un seul trait en main, la cible étant entourée d’un halo de flèches. Il encocha alors sa dernière munition, visa la cible, releva quelque peu l’arc, retint sa respiration, avant de tirer celle-ci dans les airs. Elle vola quelques instants avant de se planter dans le torse de l’homme de paille, sous le regard satisfait de l’instructeur.
« Reprenez vos flèches et recommencez ! »
Le jeune homme s’effectua alors, reprit ses flèches une à une, et tira une nouvelle fois. Vingt-deux atteignirent la cible tandis qu’une dizaine disparurent dans l’herbe haute du bois voisin. Il recommença ainsi une trentaine de fois avant qu’il ne toucha la cible de toutes ses flèches, et, sous les ordres de Morticus, continua ainsi l’entraînement jusque tard dans la soirée.
Alors que Morticus s’apprêta , une énième fois, à lui ordonner de réitérer son entraînement, Telmen, qui avait disparu quelques minutes plus tôt sans que Jeyk ne s’en rendit compte, poussa un cri strident et audible par le plus sourd des villageois, tout en sillonnant le ciel au dessus de son maître. Morticus, aussi surprit que Jeyk, qui avait été alors frappé de terreur, mit genou à terre et sortit de son sac un objet noir et carré, le même que le jeune homme avait vu auparavant dans le bureau de son père.
« Approche Loght ! Vient voir ici que je te montre cet objet de plus près ! »
Jeykomhus, l’arc à la main, vint alors vers Morticus, en fixant ce mystérieux cube qui avait fait naître en lui tant d’interrogations tourmentant depuis son esprit. Il s’accroupit aux côtés de son instructeur et parut avide de connaître la nature de cet objet d’un noir si profond et pourtant imperceptible.
« Regarde le oui… Plus près encore…
- Qu’elle est donc celle lumière que je vois, si claire… Mystérieuse…
- Approche toi… Observe le comme tu observerais une curiosité…
- Noire est sa peau mais claire est son antre…
- Approche jeune Loght ! Approche !
- J’y vois une lumière perlée de brouillard… Quelle lumière… Je vois un homme au loin, marchant vers moi… Il a une forte stature et blanche est sa barbe… Père ! »
Jeykomhus parut alors perdre connaissance et bascula en arrière, le regard éteint et le visage devenu soudainement pâle. Sa tête fut retenue in extremis par les mains sales et dures de Morticus avant qu’elle n’atteignit le sol, ses yeux se mouvant dans ses orbites, comme éprit d’un rêve étrange ou d’un terrifiant cauchemar. L’homme reposa alors celle-ci délicatement sur l’herbe fraîche, ferma les paupières du garçon et disparut dans les ombres éternelles de la nuit froide du Gervoyer.
Il ne rouvrit ses yeux qu’après un important effort, tout ses muscles étant pétrifiés par une magie bien mystérieuse. Devant lui se tenait une ombre, à seulement quelques centimètres de son visage, qui semblait lui parler dans une langue inconnue. Sa vue était encore floue et son audition, encore restée dans ses songes, balbutiante. Il ne réussit à entendre cette ombre, devenant de plus en plus clair à mesure que sa vision redevenait nette, qu’après seulement quelques secondes de concentration.
« Jeykomhus ! Lève toi donc ! Bouge toi ton tas d’os, et montre moi que tu vies ! »
L’ombre s’avéra être Tibalt qui, secouant les épaules de son ami de toute ses forces de fermier, lui criait aux oreilles pour tenter de le réveiller.
« Tais-toi donc fils de Gatchek ! Je ne suis pas mort !
- Je le savais bien mais tu étais couché là, bouseux comme un excrément frais de Dodo !
- Par Gathor lui-même, où suis-je donc ? demanda Jeyk en se levant, aidé de Tibalt.
- Hé bien, tu ne reconnais donc plus ta maison ? Tu as du boire un tonneau entier malheureux ! »
En effet, il était couché sur le carrelage froid de l’entrée de sa demeure et il ne comprenait pas pourquoi il avait perdu conscience, et encore moins ce qu’il faisait ici. Il ne se souvenait que de son rêve étrange sur son père après avoir regardé l’objet que Morticus lui avait pressé de regarder.
« Tibalt ! J’ai un affreux pressentiment ! »
Le jeune homme monta alors d’un pas pressé les escaliers du premier étage et ouvrit avec fracas la porte du bureau de son père. Il n’y trouva qu’une pièce vide et seules quelques ombres provenant d’une bougie allumée, posée sur le bureau en bois rare, semblaient être animées. Tibalt, essoufflé par la course de Jeykomhus, lui demanda alors, la main sur son cœur haletant, les raisons de ses soucis soudain.
« Parbleu ! Tu m’inquiètes ! Que t’arrive-t-il donc ?
- Je croyais… Je croyais qu’il était arrivé malheur à père le Maire…
- Mais non sapristi ! Il doit tranquillement veiller près de la rivière Lia comme il aime si souvent le faire.
- Tu as sûrement raison, je ne sais quelle sorcellerie m’a fait voir Morticus… C’est lui qui a du me déposer ici. »
Alors que Jeyk s’apprêta à sortir, il vit, sur le sol, dépassant du bureau, un pied chaussé. Il couru alors vers celui-ci et vit, avec un cri de surprise et dans un instant de terreur, son père gisant là sur le parquais, baignant dans un bain de sang, son sang. Il s’agenouilla à ses côtés avant que Tibalt ne vienne près des siens, le regard pétrifié d’horreur.
« Il est…
- Non, il respire encore ! Appelle vite la garde et un médecin… Vite ! »
Tibalt couru alors vers la sortie tandis que Jeykomhus relevait le corps de son père et le collait contre son torse. La garde vint rapidement, suivit de quelques minutes par le médecin, affolé par la description qu’on lui avait fait de l’état du Maire.
« Il doit vite être acheminé vers ma clinique ! Tibalt ! Aidez moi ! »
Le fermier souleva alors, avec l’aide du médecin et d’un garde, le corps meurtri du Maire tandis que Jeykomhus fondait en larmes tout en suivant son père des yeux qu’on venait de lui arracher des bras. Alors qu’il s’apprêta à se relever pour les suivre jusqu’à la clinique, le Garde qui était resté dans la pièce posa sa main sur l’épaule du garçon.
« Halte là mon ami, j’aimerai vérifier quelque chose.
- Quoi donc garde ! Père se meurt et vous avez encore la volonté de surveiller ! Noir est votre cœur et sombre est votre esprit pour oser empêcher un fils de voir un parent mourant !
- Hôte ta lame de ton fourneau et nous serons quitte. Noir est peut-être mon cœur mais clair est mon esprit et ce fut une tentative d’assassinat qu’il y a eu ici. Assassinat appelle irrémédiablement un assassin.
- Langue de serpent ! Moi ? Attenter à la vie de mon père bien aimé ? Serais-tu devenu fou Garde ou parlerais-tu la bourse pleine d’or de Morticus ? Je ne sais pas ce qu’il m’est arrivé ce soir, mais cet homme est mauvais et il a quelque plan pour le village et la plaine qui ferait sursauter quelques pucelles, j’en suis convaincu !
- J’ai toujours été fidèle à ton père le Maire et je ne cherche qu’une explication à cet événement tragique. Tu as été le dernier à rentrer dans la demeure, avant ton ami Tibalt, que j’interrogerai aussi par le futur.
- Impossible, on a du me porter car j’avais perdu conscience à la plaine voisine et j’ai recouvré mes esprits au rez-de-chaussée même !
- Bien sur tes pieds tu as passé l’entrée de la demeure de Loght ! Mais vides étaient tes yeux, comme éprit d’un songe… Néanmoins, j’aimerai voir ta lame pour apaiser mon esprit.
- Bien étrange élément que voilà… Oui, voici ma lame. »
Il tâtonna alors ses hanches pour trouver Hépitocles mais vit avec un soubresaut d’étonnement qu’elle n’y était plus. Il prit alors Tachas, à son flanc droit, et vit avec effroi qu’elle était immaculée de sang. Tremblant de peur et éprit d’un dégoût profond, il la lâcha sur le sol et recula de trois pas en ne cessant de la fixer.
« Horrible… Ce n’est pas moi… Non ! C’est un piège ! Ce n’est pas possible ! »
Le garde, surprit de sa découverte, prit alors Jeyk par le bras et l’amena vers la sortie. Une fois la porte fermée, il le plaqua contre le mur.
« Je ne sais pas si c’est toi Jeykomhus, fils de Loght, qui a pu faire une telle ignominie au Gervoyer et à son propre père, mais la vérité sera trouvée, et le crime, élucidé ! En attendant un procès, ton logis sera la prison, ton repas, les rats !
- Ne croit pas cette épée mais croit la parole d’un Gervoyen Garde ! Morticus m’a piégé ! Je n’ai pas pu commettre cela ! Non ! Pas moi !
- Crains-tu la prison ou l’acte que tu as commis ? Suis moi ou je devrai alors abattre sur tes épaules la colère d’un homme !
- Je te suivrai sans résistance, mais je voudrai voir mon père auparavant !
- Que né ni ! Jamais je ne laisserai un homme ayant du sang sur son épée voir sa victime ! Et même si tu es innocent, jamais je ne prendrai ce risque ! Va ! Suis moi jusqu’à la prison Unys désormais ! »
Le Garde, ayant tiré son épée, prit Jeykomhus par le bras gauche et l’entraîna jusqu’à la prison d’Unys, située à la frontière du village. Cette prison, fondée il y avait environ un siècle, avait été créée pour accueillir les prisonniers de guerre durant les affrontements avec Le Merphide( le village voisin, voir les premiers posts). En son centre prônait Fytrock, le donjon millénaire, converti en un compartiment sécurisé de la prison, où y avait été enfermé Kapolis, un brigand des grands chemins, Lovatianne, un voleur extrêmement aisé, et Omerphe, un puissant combattant du Merphide. C’est dans cette tour que Jeykomhus fut mené, et il aurait aimé que l’on fasse de lui la comparaison à ces trois personnages si cela avait été dans d’autres circonstances. Il fut donc mené dans la salle principale du donjon, au dernier étage, où il y faisait un noir opaque, de jour comme de nuit. Le Garde l’y jeta alors à l’intérieur, puis referma la porte aussi vite qu’il l’eu ouverte, le jeune homme tâtonnant donc, les yeux à demi-ouverts, sur les dalles de pierres dures et froides et les murs secs et rudes. Ses yeux s’habituant à l’obscurité, il vit qu’une petite fente avait été percée dans le mur pour y laisser passer quelque once de lumière percer l’humidité du cachot. Il y approcha alors pour y apercevoir la demie-lune, montante peu à peu dans le ciel embrumé. Il avait eu raison, quelques heures plus tôt, la nuit allait être froide. Il prit donc un peu de paille et la fourra dans sa veste pour se tenir chaud tandis qu’il essayait de décrypter peu à peu la salle grâce à la relative luminosité émise par la demie-lune. Soudainement, il vit passer devant lui, avec la rapidité d’un fauve, une ombre grise passant sans bruit.
[Edité le 26/11/2003 par Jeyk]
Et voiçi la suite, encore en retard alors que j'ai plusieurs pages d'avance sur la publication ;)
« Qui est là ? Ne suis-je donc pas seul dans ce froid cachot ? »
Il n’eu comme seule réponse qu’un rire émanant du fond de la cellule, à sa droite, près de la petite fente lumineuse qu’on aurait peine à baptiser fenêtre. Il ne dut cependant pas attendre bien longtemps pour que cette ombre engage la conversation.
« On ne t’a donc pas prévenu que tu aurais un compagnon de cellule ? On ne m’a donc pas prévenu que je n’aurai plus à passer mes nuits et mes jours seul ? Diantre ! Un beau visage que voilà ! Car belle est la nuit et je n’aurai pas à la passer seul ! Quelle horrible chose as-tu donc fait pour te retrouver avec un criminel tel que moi ? Ma foi ! Si horrible je suis, mes crimes ne le sont pas moins en effet ! Fou ! Fou ! On me traite de fou ! On ne me laisse pas sortir et voir convenablement le ciel car on me dit fou ! Mais… Dit moi, es-tu fou toi aussi pour te retrouver avec un pareil fou de mon état ?
- Je ne pense pas être fou… non… Mais la folie ma gagnera bientôt si je ne peux pas voir mon père qui lui, souffre…
- Ohhh, tu as donc un père ! Le seul personnage qui me servit de père fut un homme dérangé qui s’occupait d’un gamin dérangé ! Pardieu ! Lorsque ma mère a du voir sa progéniture, cela ne m’étonne pas qu’elle l’ai donné à un hospice ! Je mordais déjà mes frères alors que j’étais marmot ! Mais non ! Ne t’inquiète pas ! Je ne suis violent qu’envers les personnes qui le méritent ! Crois le bien ! As-tu donc mérité d’être là toi qui a l’air de pleurer sur sa situation désormais précaire ?
- Je ne sais pas, si j’ai attenté à la vie de mon père, alors oui, je mérite qu’on m’emprisonne et qu’on me juge…
- Tu es mon compagnon désormais et longue sera notre première nuit d’amitié ! Dit moi, pourrais-tu me rendre un service ?
- Je t’écoute, l’ami.
- Ai-je encore un beau visage après ces maintes années ? »
Un visage sortit alors de l’ombre, à la plus grand stupeur de Jeykomhus, et l’étranger se mit face à la faible lumière. Il était apparemment rasé et coiffé et n’avait laissé pousser qu’une longue moustache se finissant juste au dessus de ses joues.
« Je suis certain que tu pourrais faire chavirer les cœurs de beaucoup de dames de Cotrick.
- Ah ! Me voilà rassuré, je ne voudrai pas être fou avec l’apparence d’un fou ! Un peu de beauté sur mon visage ne saurait cependant éteindre le feu qui m’anime.
- Tu as apparemment pu te raser, les gardes t’ont bien traités.
- Ahhh, les Gardes. Stupides Gardes ! Oui ! Stupides ! Je me rase moi même, avec une bouteille brisée que j’ai trouvé là à mon arrivé, et je me lave avec la seule gourde d’eau donnée par semaine. Oui, méchants sont les gardes ! Bons sont les Gervoyens mais leur choix sont à refaire concernant les gardiens de cette prison !
- Tu comptes sortir un jour ?
- Ma foi, j’ai bien des plans pour sortir ici mais chut ! Les murs ont des oreilles ici et ils écoutent avec ardeur la moindre de nos conversations ! De perfides cloisons que voilà, qui te hurlent aux oreilles dès le lever du soleil ! Ils crissent ! Ils grincent ! Ils geignent !
- Que veux-tu dire par là ?
- Les rats ! Oui ! Les rats encombrent les murs dans leurs tunnels qu’ils creusent toute la journée durant, alors que le bruit de la ville règne. La nuit, ils dorment eux aussi, et préparent maintes stratégies pour me prendre par surprise ! Mais bien des rats j’ai tué, ils ne m’auront pas ! Non ! Je les aurais bien avant qu’ils n’eurent ébranler ma prison !
- Des rats dis-tu ? Des cloisons ? Les murs ne sont-ils pas friables ?
- Me prendrais-tu pour un imbécile l’ami ? Crois-tu donc que je n’y avais pas pensé ? Oui, certains murs se creusent facilement si tu veux le savoir, mais je ne pourrai guère t’en dire plus…
- C’est donc cela ton plan d’évasion ?
- Ne parle pas si fort ! Les rats pourraient nous entendre et boucher mon trou ! Perfides serpents qui se glissent dans leur tanière dès la nuit tombée ! »
Il retourna alors dans l’ombre et Jeykomhus l’entendit marcher à travers la pièce, comme faisant les cent pas. Le jeune homme décida alors de briser une nouvelle fois le silence.
« Quel est donc ton nom ? Je croyais que le donjon n’avait plus été habité depuis des années ?
- Héhé… Il ne faut pas écouter tout les ragots de la ville ! Même si cela va faire quelques années que je ne les ai plus entendu, perché dans ma cage d’oiseau. J’étais le dernier prisonnier de Fytrock jusqu’à maintenant, et j’espère que je n’y crèverai pas pardieu ! Mon nom ? Mon nom… Mon nom est Lonacens Aormeveille. Un bien joli nom pour un horrible état ! On me traitait de fou ! Moi, t’en rends-tu compte mon ami ? Moi ! Fou ! Mais je parle et n’écoute point, quel est donc ton nom, toi l’étranger, terme que j’espère éphémère ?
- Je me nomme Jeykomhus Loght et j'espère ne pas non plus finir mes jours ici même.
- Heureux de te connaître Jeykomhus mon nouvel ami ! Ma foi, ton nom n’est pas moche mais pas aussi beau que le mien ! Je pense que tu voudrais savoir comment je pourrai sortir… Approche toi de moi, que je te conte à l’oreille mon merveilleux plan… »
Jeykomhus s’enfonça alors dans l’ombre jusqu’à ce que la présence de l’homme soit perceptible à ses sens. Il sentit alors, avec un certain malaise, la tête de Lonacens s’approcher de lui.
« Je te parle si bas car les rats entendent tout ! Mon plan est simple Jeyk, alors écoute bien si tu veux sortir avec moi ! Ce soir je quitterai ce lieu. Je n’avais pas prévu de partir aussi tôt mais puisque me voici avec un nouvel ami qui, lui, est pressé, je me presse à mon tour ! J’ai creusé un trou dans le mur près de la fenêtre et nous nous y glisserons dès que la lune sera plus haute dans le ciel, nous garantissant plus d’obscurité car elle ne pourra alors pas éclairer la lucarne. Les gardes sont stupides, mais pas fous. Ils font des rondes toutes les heures pour me… Nous garder. Ils ne verront l’évasion que demain matin, et nous serons alors loin !
- Mais, tu veux fuir du dernier étage d’un donjon ! As-tu cependant une corde ? »
Jeyk entendit alors l’homme chercher dans sa chemise déboutonnée et glissa dans la main de son interlocuteur une corde épaisse, au touché désagréable, froid et mou.
« Qu’est-ce donc ? C’est long ! Je ne vois rien dans le noir… Comment as-tu fais cela ?
- Mes cheveux alliés à de la peau de rat ! Comme je te disais, j’en ai tué des rats ! »
Avec un cri de stupeur, et de dégoût, Jeykomhus lâcha cette corde de fortune et l’entendit claquer contre le sol.
« Ah ! C’est malin ! Il est dur de retrouver un objet tombé dans cette obscurité ! »
Il reprit alors sa corde, après quelques secondes de recherche, nez contre le sol, et vint près de la fenêtre.
« Allez, vient te préparer mon ami ! Court est ton séjour, mais instructif il sera ! Tu sauras maintenant que l’habit ne fait pas le fou ! »
Il ria alors à dents retroussées tandis que le jeune homme se frottait nerveusement les mains sur son pantalon.
« Mais ta corde sera-t-elle assez solide pour nous supporter tout deux durant notre escalade ?
- Assurément ! Je ne l’ai jamais essayé mais si un morceau craque, elle n’aura plus qu’à supporter qu’un seul homme ! Attendons désormais une heure ou deux, le temps qu’il soit impossible de voir son propre nez. »
Ils patientèrent donc jusqu’à ce que la Lune soit plus haute et, alors que Jeykomhus devenait peu à peu nerveux en pensant à son père, Lonacens parut soudainement s’exciter. Jeyk, sentant que l’homme gesticulait dans la pièce, lui demanda alors les causes de ses inquiétudes.
« Que t’arrive-t-il donc ? Quel mal te possède ?
- Parle pour toi ! Je n’ai pas quitté cette prison depuis dix longues années ! Et encore, si j’ai bien compté ! Je ne sais pas comment est l’extérieur depuis…
- Tu sais, il n’a pas fondamentalement changé, et je suis convaincu qu’il te plaira.
- Nous allons être fixé ! Tant sur le monde que sur ma corde ! Il est temps ! Suis-moi ! »
Il tira alors, non sans peine, deux lourdes pierres se situant en bas à gauche de la fenêtre au niveau du sol, et le ciel, ainsi qu’une vision des toits d’une partie du village, s’ouvrit aux yeux des deux hommes. Jeykomhus vit alors que Lonacens n’avait pas tord en parlant des galeries, car les rats, telles des termites, avaient creusés dans la roche des dizaines de tunnels similaires faisant chacune la largeur d’un poing d’humain, au moins.
« Lonacens, pourquoi n’es-tu pas partie plus tôt de cette prison si tu en avais le moyen ?
- Je voulais jouer quelques tours aux gardes qui m’avaient si mal traités. Mais je jouirai de ma vengeance plus tard, rassure toi ! »
Non plus rassuré, Jeyk se demanda alors si il était bon de relâcher un tel criminel dans le village.
« Encore une chose, avant de basculer à plus de cent mètres du sol, pourquoi as-tu été enfermé ?
- Un fou ! Il me traitait de fou ! Lorsque je vois que quelqu’un mérite qu’on le punisse, je le fais !
- Et qu’as-tu donc fait ?
- J’ai coupé la moustache et les cheveux d’un puissant bourgeois nommé Balcius, qui prétendait au siège de Maire ! Lui et ses amis avaient tentés de me soudoyer pour que je les aide à tricher aux élections ! Alors, durant la nuit, je lui ai rasé la boule ! Ahahaha ! J’étais coiffeur avant, un grand coiffeur tu sais… Si vous aviez vu sa tête lorsqu’il s’est réveillé ! Il demanda alors à ce qu’on m’enferma dans ce donjon, où l’on m’oublia peu à peu… Mais ses cheveux, à ce que j’ai entendu dire, n’ont quasiment plus repoussés ! On riait de lui dans les rues et j’entendais ces rires de ma tour ! Des chants même ! Je m’en souviens encore…
- Balcius le prétendant,
Au trône de la comté,
Comme Roi du Gervoyer,
N’est rien qu’un vieux manant.
L’escroc s’est vu punit,
Gothar lui a coupé,
Ses minces cheveux gris,
Qu’il lui avait donné.
Sa tête rasée,
Son cœur sans vie,
Une perruque il peut acheter,
Mais une loyauté, que nenni ! »
Jeykomhus, non rassuré sur l’équilibre psychologique de l’homme mais au moins sur sa morale, désigna avec courtoisie le trou béant dans la muraille où l’on pouvait apercevoir, de haut, quelques chaumières aux cheminées fumantes au pied de la tour.
« Oh non ! A toi Jeykomhus ! L’invité en premier ! Espérons que tu ne touches pas le sol plus rapidement que je ne l’avais prévu ! Ahahaha ! »
Jeyk passa donc les jambes les premières dans le trou assez étroit, pour lui et son équipement de ranger, ou du moins ce qui lui en restait, et la peur monta peu à peu en lui car le vide s’étendait sous ses pieds cherchant quelques prises où se poser. Il prit ensuite la corde attachée à un pilier de bois, et ce non sans un certain dégoût, et descendit peu à peu, s’aidant des pierres irrégulières de la tour. En une dizaine de minutes, Jeyk eu posé pied à terre et attendit Lonacens qui avait préféré ne pas surmener la corde semblant déjà faiblir en certains points et avait attendu que le jeune homme ai terminé sa périlleuse escalade. Il le vit alors à son tour sortir de la tour sombre dont le toit pointu reflétait de ses tuiles noires la lumière de la lune étincelante de beauté ce soir là. Soudainement, alors que Lonacens était à mi-chemin de la muraille qu’il descendait avec prudence, il entendit un léger craquement et vit, avec horreur, le fou tomber, en un silence effroyable et empli d’une terreur sans nom. La corde avait craquée. Il transperça le toit en chaume d’une maison voisine et Jeykomhus entendit des objets se briser à son passage. Il couru alors vers la petite chaumière et frappa nerveusement à la porte. Ce fut Lonacens qui ouvrit, avec un sourire béant et des yeux paraissant joyeux.
« Je t’ai vu tomber Lonacens, comme un oiseau abattu en plein vol et toucher le sol avec lourdeur ! Heureusement que ce toit t’a accueilli dans ta chute, car piètre aurait été ton état si tu avais embrassé le pavé. N’y avait-il personne dans cette maison qui aurait pu sonner l’alarme signalant notre fuite ?
- Je n’ai vu dans cette maison qu’un homme dormant profondément, entouré de plusieurs bouteilles d’un vin ma foi fort bon… Mais allons y ! Sortons de cette ville qui sent la prison, et à nous les champs de la liberté ! Libre, je suis enfin libre !
- Je ne puis te suivre ami de la prison, je dois voir mon père et expliquer la situation…
- Tu te fera enfermer une fois de plus ! Et l’alerte sera donnée, je serai poursuivie plus tôt et avec plus d’ardeur… Mais va, fait à ta guise, je vois à ton regard que je ne puis te retenir d’accomplir cette folie, et ce sera bien la première fois qu’un fou pourfende des folies ! Nous nous reverrons Jeykomhus… »
[Edité le 30/12/2003 par Jeyk]
[Edité le 30/12/2003 par Jeyk]
[Edité le 30/12/2003 par Jeyk]
Voici la suite ;) J'ai désormais une dizaine de pages d'avance sur la publication du background et je vais ainsi essayer de sortir ses différentes parties de manière plus suivie :) Le tome I est bientôt terminé et j'ai déjà commencé le tome II, la phrase sur ma signature en étant tirée ;) Pour les personnes qui veulent lire mon background sans coupures aucunes dûes aux commentaires, vous pouvez le retrouver sur http://silmaris.webdynamit.net/forum/index.php?showtopic=824&st=0&#entry13278. La suite très bientôt ;)
Le jeune homme n’eu pas le temps de le saluer à son tour que Lonacens disparu dans les ombres de la nuit, il n’entendait désormais que ses pas feutrés sur les dalles entourant le donjon puis, peu à peu, le silence. Il se mit alors en marche vers la clinique du village. Le docteur se nommait Bertheleim Goffe, un homme venant des terres du nord qui avait préféré jouir de la campagne et du calme de celle-ci plutôt que d’affronter les villes et l’excitation qui était drogue de tout habitant. Il ne mit pas plus de cinq minutes pour arriver chez lui mais, les nouvelles allant vite au village, la bâtisse était déjà entourée d’une importante foule de personnes soutenant le Maire et criant sa fureur envers le criminel qu’il ne pouvait nommer. Il décida alors de faire le tour de la maison et d’entrer par une fenêtre non gardée par les soldats Gervoyens. Cela ne fut pas chose aisée mais il réussit, en déjouant les rondes de gardes, à monter, via les glycines, à la fenêtre d’une petite chambre d’ami. Il se faufila à l’intérieur et, avec la prudence et la dextérité qui lui étaient propres, marcha prudemment dans le couloir boisé des ombres de la nuit, jusqu’à la seule pièce alors éclairée, d’où l’on entendait des personnes discuter avec fougue, et parfois terreur. Il ouvrit la porte, sans crier gare, et six hommes, le deuxième garde d’Helger le Maire, Bertheleim le docteur, un homme vêtu d’un long habit marron que Jeykomhus avait déjà vu auparavant, un vieil homme habillé d’une toge bleue ciel qui lui était inconnu, un jeune garçon d’une trentaine de printemps ayant un costume militaire semblant neuf et enfin, Helger lui même, le regardant avec grande de peine à cause de sa douloureuse blessure, furent des plus surpris.
« Jeykomhus ! Fils ! Où étais-tu donc ? J’ai demandé à ces hommes de te retrouver mais ils sont revenus bredouille ! dit le vieil homme en toussant et en plissant les yeux de douleur.
- Père ! dit Jeyk en accourant à son lit, j’ai été enfermé dans le vieux donjon ! On dit que j’ai essayé d’attenter à ta vie, moi, ton propre fils… »
Le deuxième garde, qui n’avait eu le temps de réagir, tira sa longue épée, brillante au grée de la lumière des pâles lanternes éclairant la pièce, et piqua de sa pointe la nuque du jeune homme alors accroupi aux côtés de son père.
« Halte là ! Eloigne toi de lui vil serpent ! C’est l’un de vos garde même qui a mené Jeykomhus dans le donjon de Fytrock Seigneur Loght, il a du s’y échapper ! dit-il alors en s’adressant à Jeykomhus puis au Maire.
- Allons ! Du calme ! dit Helger sous le regard inquiet du docteur. Je n’ai pas vu mon agresseur mais mon fils ne ferai du mal à son propre père.
- L’autre garde m’a dit que, de sa dague, il en a tiré du sang !
- Diantre ! dit alors le jeune homme au costume militaire neuf qui s’était tue depuis le début de l’intrusion de Jeykomhus dans la salle, du sang Monseigneur ! Votre sang certainement ! Vous savez à quel point certains useraient de maintes malices pour vous prendre votre trône ! Quelle perfidie ! Un horrible attentat mené par le fils même !
- Mais taisez-vous donc Poloumst ! Je…, commença alors le Maire en tournant la tête avec difficulté vers le protagoniste.
- Monseigneur ! Ouvrez donc vos yeux ! Que votre sagesse nous éclaire tous ! Il y a eu ici une tentative d’assassinat et on aurait retrouvé votre fils, une épée au fourreau, teinte par la couleur de votre sang ! Je vous admire Seigneurie, mais un tel acte doit être punie, et par la mort ! reprit alors Poloumst avec toujours plus de fougue.
- Allons donc ! C’est moi ici qui désigne les condamnés et qui porte les jugements ! Vous êtes bien fou et arrogant pour parler ainsi de la sorte au fils d’Helger ! La discussion est close Poloumst, veuillez regagner votre silence qui est souvent vôtre. »
Le jeune homme, quelque peu remonté, fit grise mine et se retira dans un coin plus sombre de la pièce, sous le regard soupçonneux de l’homme habillé du long manteau marron. Helger désigna alors ce dernier de l’index et le regarda d’un air épuisé.
« Vous, Otomius Descantan, fils de Lovermayn Descantan, le plus grand stratège que le Gervoyer ai porté en son sein, vous chef de l’armée, je vous désigne Maire temporaire en attendant que je guérisse ou que je trépasse. Vous protégerez la région des hordes d’ennemis qui pourraient bien déferler dans la région si l’on savait que le Maire de Cotrek, principale ville du Gervoyer, était mourrant. Quant à vous Poloumst, vous serez chargé de la glorieuse et téméraire septième armée et vous userez de vos dons charismatiques de chef auprès de Otomius pour garder ma région et mon village intact des barbares. Et vous, Tharein Haklem, Magicien de Laermen, vous guiderez, de part votre grande sagesse, ces deux personnes vers la voie de la raison, comme vous l’avez si bien fait avec moi, si il leur prenait de faire quelques stupidités… »
Il dit alors cela en regardant Poloumst, qui observait la foule par la fenêtre, le regard satisfait et semblant déjà penser au nombreuses batailles qu’il pourrait mener avec la septième armée, composée de sept-cent cinquante hommes, les autres armées n’étant en réalité que des escouades d’une dizaine de personnes.
« Je pourrai veiller sur vous père, dit alors Jeykomhus qui scrutait du coin de l’œil le garde qui avait rangé son arme.
- Certainement pas ! dit alors ce dernier, Seigneur Loght, cela serait dangereux pour votre sécurité !
- Mon fils n’est certainement pas un criminel, et le prochain qui me dira le contraire passera par le billot !
- Merci père… J’espère que… »
Il fut alors interrompu par l’arrivée d’un homme armé d’un sabre, le regard apeuré, qui courut jusqu’aux pieds d’Helger en tournant frénétiquement la tête vers lui et Otomius Descantan.
« Monsieur le Maire Helger ! Commandant Otomius ! Des troupes viennent du nord ! Des milliers ! Armes au poing et équipée d’armures semblant neuves !
- Que disais-je ! s’écria alors Helger, ce qui eu pour effet de teinter son visage d’un sombre rouge et d’accroître sa douleur devenant puissante.
- Cela n’est pas possible, dit alors Otomius, comment la nouvelle serait-elle parvenue si vite aux oreilles de nos ennemis ?
- Peut-être aussi vite qu’elle l’a été pour les villageois, répondit Jeykomhus en désignant la fenêtre donnant sur la rue.
- Quel type d’armée ? Cavalière ? A pieds ? Mais surtout, quelle race ? Quel royaume ?
- Je ne sais pas Commandant Otomius, dès que je les ai vu avancer à bon train vers le Gervoyer, j’ai filé vers le sud en direction de la ville ! Mais il m’a semblé que quatre personnes étaient à leur tête, une armée d’orcs me semble-t-il, mais j’y ai vu des hommes du nord mêlés à eux.
- Les orcs du nord sont, pour la plupart, des mercenaires. Je ne pense pas qu’ils conquerraient le Gervoyer pour une cause, mais plutôt pour l’argent. Quant aux hommes, ils ont sûrement le rôle de diriger et calmer cette armée de sauvages en furie. Helger, je vais me retirer pour méditer sur la situation, dit alors Otomius, le regard inquiet et la mine pâle.
- Faites donc, mais surtout, faites vite car le temps presse. Il seront sûrement à nos portes dans seulement quelques heures…, répondit alors le Maire qui reposa sa tête sur son oreiller.
- Jeykomhus, suivez moi, j’aurai besoin de votre aide.
- Je ne sais pas si je serai d’une quelconque utilité Commandant Otomius…
- Suivez moi, j’ai à vous parler, seul à seul. »
Jeykomhus s’effectua alors et suivit Otomius Descantan dans une pièce voisine qu’il prit soin de fermer. Il alluma alors une bougie à la faible lueur et regarda fixement le jeune homme.
« Je ne pense pas que vous soyez coupable des faits qu’on vous incombe mon ami, je pense plutôt que se trame ici des complots qui vous dépasse, et me dépasse aussi. Il est strictement impossible de préparer une armée de plusieurs milliers d’hommes pour partir en direction du Gervoyer, et ce en seulement quelques heures. Elle était déjà en route avant que votre père n’ait été blessé, certainement bien avant l’attentat, et peut-être même il y a plusieurs semaines. On cherche à écarter votre père du trône de la région, et bien des efforts ont été effectués en ce sens. Le fait que ce soit le propre fils du Maire qui l’ai tué vous écarterait du pouvoir, et ce serait alors moi qui prendrait la place de votre père. Néanmoins, je ne veux en rien cette place et c’est pour cela que je crains pour votre vie et la mienne car une fois que je serai éliminé, l’autre prendra ma place. Lorsque le pouvoir du Gervoyer sera déstabilisé par la mort du Maire de Cotrek, une fois son fils emprisonné voir condamné à mort, cette armée servira à aider le nouveau dirigeant à s’asseoir confortablement sur le trône, épaulé par ces orcs mercenaires. Je pense que cette personne m’a donc aussi prévu une fâcheuse disparition, peut-être durant la bataille qui nous attend contre ces milliers d’orc, pour que sa prise de pouvoir ai une teinte de légalité. Or, quelle personne, après moi, prendrait le pouvoir ?
- Poloumst…
- Un jeune et arrogant capitaine, l’un des seul qui ai l’esprit assez tourmenté pour créer un pareil dessin machiavélique.
- Et connaissez-vous Morticus ?
- J’ai vu son arrivée au village il y a de cela quelques jours… Aurait-il, selon vous, un quelconque lien avec notre affaire ?
- Il m’a hypnotisé avec un objet bien mystérieux et je me suis ainsi retrouvé chez moi avec une dague ensanglantée dans mon foureau, mon père étant blessé à l’étage. Je pense qu’il doit être un compère de Poloumst…
- Je demanderai à quelques hommes de confiance de le retrouver et de l’interroger. Tout ce que je vais ai dit devra bien entendu rester entre nous et vous devrez m’aider à discréditer Poloumst, voir l’éliminer.
- L’éliminer ? Je ne…
- Ceci est votre devoir de fils de Maire, Jeykomhus. Votre père ne doit pas s’inquiéter avec de telles affaires, c’est à nous de nous occuper de ce traître de Poloumst.
- C’est d’accord, je suivrai vos instructions mais jamais je ne tuerai cet homme, je trouverai un autre moyen.
- Nous verrons… Mais il faut s’occuper de lui cette nuit, avant l’arrivée des orcs, car Poloumst pourrait bien sacrifier notre glorieuse septième armée, qu’il a désormais sous son joug, pour son profit personnel et pour faciliter la tâche de l’armée ennemie. Une fois que je contrôlerai moi même la septième armée, je pense être capable de repousser l’attaque et de sauver le Gervoyer d’un asservissement totale de la nouveau Roi fou et trop jeune. Pendant qu’il sortira de la pièce, vous lui demanderez de vous suivre pour une raison quelconque. Vous irez à la vieille maison de Vhalepsis, près de la rivière Lia. J’y serai, avec trois hommes de main, et nous nous occuperons de lui.
- C’est d’accord. Pour le Gervoyer !
- Pour sa liberté ! »
Otomius Descantan serra alors la main de Jeykomhus et sortit de la pièce, suivit quelques secondes plus tard par le jeune homme. Le Commandant lui fit un clin d’œil avant de descendre les escaliers tandis que la porte où se trouvait Helger s’ouvrit et se referma devant Bertheleim, le médecin.
« Vous allez bien Jeykomhus ?
- C’est une soirée assez lourde en sentiments vous savez…
- Je comprend tout à fait cela… Je suis venu vous voir pour vous prévenir que votre père, si grande étant sa force, risque de ne pas réussir à survivre à l’affront qu’on lui a fait.
- Il parle pourtant ! Je vois encore qu’il a de l’énergie dans ses yeux emplis de rage.
- Energie qui s’éteindra sûrement dans quelques heures. Vous feriez mieux de passer la nuit avec lui, Otomius s’occupe de tout. Je vais demander aux autres personnes présentent dans la salle de s’en retourner à leurs occupations habituelles en cette heure tardive pour que vous puissiez discuter plus aisément avec votre père.
- J’aurai juste besoin de parler avec Poloumst et je pourrai alors rejoindre père, pas avant. »
Le médecin fit volte-face, ouvrit la porte et demanda à ce qu’on quitte la salle. Les invités s’exécutèrent et Poloumst quitta en dernier la chambre, en jetant un dernier coup d’œil à Helger gisant dans son lit, souffrant. Jeykomhus lui agrippa alors le bras et l’attira dans le couloir.
« Sir Poloumst, j’ai vu de curieuses choses ce soir et je quête à vous en parler.
- Désolé Jeykohmus Loght, je n’ai guère de temps à vous accorder alors qu’une bataille se prépare.
- C’est important, je le répète, Sir Poloumst. Je crois que l’on essaye de détrôner mon père, et j’ai des preuves concernant cette ignominie. »
Poloumst parut ainsi soudainement plus intéressé par la discussion de Jeykomhus et regarda aux alentours pour s’assurer qu’on ne les écoutait pas.
« Que savez-vous donc ? Je vous écoute.
- Pas ici, suivez moi, j’ai réuni des éléments pouvant vous intéresser dans la maison de Vhalepsis.
- Je vous suis, mais si il s’averre que c’est un piège, je dégainerai mon arme et attaquerai, car vous êtes pour moi toujours suspect concernant l’attentat contre votre père.
- N’ayez crainte, dans la bâtisse se trouve tout ce dont il nous suffira pour désigner le coupable. »
Poloumst fit un lent signe de tête dubitatif et lança son index torturé vers les escaliers.
« Allons y, mais soyez bref ! »
Erilac
02-16-2004, 12:35 AM
Hé bien, on epux dire que tu as la plume facile :)
Tu devrais écrire un livre c'est trés sympa :)
Merci Erilac pour tes encouragements ;) Voici donc la suite.
Ils sortirent donc de la clinique et se dirigèrent d’un pas pressé vers la bâtisse de Vhalepsis, près de la rivière Lia. Vhalepsis était un vieil érudit qui avait participé à l’érection de la partie ouest du village, ainsi que de la nouvelle mairie datant d’une centaine d’années environ. Il mourut de sa belle mort et laissa derrière lui sa vieille maison défraîchie au bord de la rivière, seulement utilisée par les jeunes garçons du quartier pour jouer ou se réunir la nuit, évidemment malgré l’interdiction formelle de leur parent. Or, cette nuit là, la bâtisse allait être témoin d’un jeu beaucoup moins enfantin et naïf, d’un enlèvement, peut-être même d’un meurtre, et cela ne réjouissait guère Jeykomhus qui menait sûrement cet homme à un piège dont il était lui même un des acteur principal. Il ravivait cependant la flamme de sa bonne conscience en repensant aux dessins de Poloumst pour conquérir le Gervoyer et reprenait alors une marche plus incisive et sûr de lui à travers la ville. Il n’y avait quasiment personne dans les froides rues du village, tous étaient chez eux à se lamenter sur la condition du maire ou au pied de la clinique à le veiller, mais ce qui est certain est que l’attentat n’avait laissé personne indifférent, tant dans le village qu’à l’extérieur des frontières de la région. Enfin arrivé sur le petit sentier menant à la vieille maison, le jeune homme sentit que Poloumst se crispait et vit, en jetant sur lui un rapide regard, qu’il avait porté la main sur son épée, en scrutant la maison et ses alentours, par peur d’une embuscade. Arrivé à la porte de la maison, le jeune homme, avant de pousser l’un des battants de la lourde porte en bois de chêne, s’aperçut que les fenêtres avaient été barricadées, puis découvrit l’intérieur avec énormément de stupéfaction. Le temps semblait alors n’être jamais apparu dans cette maison, malgré que l’intérieur fut sale de poussière et habité par des toiles d’araignées pendantes le long des murs, l’escalier menant au premier étage semblait neuf, le tapis de couloir, comme venant d’être posé et les tableaux, éclatant de beauté et reflétant par leur vernis semblant frais une lumière pourtant inexistante. Il y avait encore, sur une petite table, un verre de vin en or, une corbeille de fruits semblant à peine entamée, une petite bouteille de parfum sur laquelle était marquée le nom du fabriquant, El Mitnouki. Jeykomhus avait longtemps entendu parler d’El Minouki, une sorte de fleuriste, maniant les fleurs comme ses propres enfants et cherchant les combinaisons de différents parfums qu’elles dégageaient pour créer le parfum qui incarnerait l’absolue beauté des fleurs. Cependant, El Mitnouki était mort il y avait environ une centaine d’années, mais la bouteille apparaissant neuve à ses yeux.
« C’est véritablement étrange ici… La maison en elle même semble vieillie mais certains meubles restent semblant neuf !
- Vhalepsis avait, quelques jours avant sa mort, user de ses quelques pouvoirs magiques pour conserver dans l’éternité sa maison. Mais sa force était tellement faible alors et sa fatigue, tellement grande, que seuls quelques objets de la maison furent touchés par son charme. Mais vous n’êtes donc jamais venu ici ? Où sont ces preuves ? »
Jeykomhus ne sut quoi répondre et s’apprêta à monter au premier étage lorsqu’une latte du parquet du rez-de-chaussée craqua brusquement, derrière eux. Avant même de se retourner, Poloumst dégaina son arme, fit volte-face avec une rapidité qui étonna le jeune homme, et para un coup qu’on venait de lui porter. C’était Otomius Descantan, encapuchonné dans une tunique noir, avec à la main une longue et magnifique épée brillant même dans l’obscurité de la maison.
« Otomius, je me doutais bien que vous étiez derrière cette histoire, traître, petit personnage, va pourrir chez les fous ! cria alors Poloumst qui gardai sa lame contre celle de son adversaire.
- S’en est fini Poloumst, tu n’es qu’une vermine que je vais écraser pour accomplir la destinée des hommes ! »
Otomius abattit frénétiquement son arme contre celle de Poloumst, qui commençait à faiblir sous les coups du commandant de l’armée jusqu’à arrivé au pied de l’escalier. Alors que Poloumst s’approchait de la petite table de parfum, Otomius tenta de toucher son adversaire en fondant sur lui, mais il ne réussit qu’à frapper la bouteille de parfum qui se brisa en mille morceaux. Cependant, celle-ci réapparut quelques secondes plus tard, sous l’effet du sort de Vhalepsis. Otomius, voyant que son adversaire se défendait mieux qu’il ne le pensait, beugla alors à travers la maison.
« A vous très chers ! »
La bâtisse trembla alors de tout ses membres, les meubles vibraient d’une intensité rare et Jeykomhus cru tout d’abord que Otomius avait lancer un sort d’une extrême puissance. Mais il n’en était rien car, de chaque porte, sauf de l’entrée, sortit une dizaine d’orcs armés de lances, d’épées et d’armures flambant neuves, qui rirent à pleine dents et entourèrent alors Poloumst qui, après avoir hésité quelques secondes, lâcha son arme, résigné.
« Voilà donc ton armée bâtarde Descantan !
- Une partie Poloumst, seulement une très infime partie ! Ils résident dans cette maison depuis bien des semaines, ils se cachent et se terrent ! Bientôt, l’armée principale marchera victorieuse sur la place, et le Guervoyer m’appartiendra ! Merci encore Jeykomhus de m’avoir donné la dernière personne qui aurait pu détruire mes plans ! »
Jeykomhus avait regardé toute la scène près de l’escalier, terrifié de terreur. Il avait donc été trompé, il avait donc été si naïf, il avait donc donné le dernier espoir du Guervoyer ! Il aurait voulu sauter au coup d’Otomius et l’étranger de ses propres mains mais il y avait désormais une quarantaine d’orcs dans l’entrée principale, et c’est à peine si il pouvait encore bouger.
« Préparez-vous soldats, c’est bientôt l’heure ! Ligotez Poloumst et amenez moi Jeykomhus dans la salle à manger ! »
Quatre orcs s’exécutèrent et soulevèrent le jeune homme par les épaules tandis qu’ils l’amenèrent dans une salle, à droite de l’entrée de la maison. La salle à manger n’était munie que d’une grande cheminée et d’une très grande table d’une vingtaine de places. On installa Jeykomhus sur la première chaise, Otomius étant déjà assit à l’autre extrémité de la table.
« Otomius, dire que je vous ai fait confiance ! Vous avez donc trahit et tentez d’assassiner mon père !
- Doucement gamin, ce n’est pas moi même qui ai décidé de tuer votre père, et encore moins qui ai fait l’acte !
- C’est donc Morticus ! Je suis certain que c’est votre complice et que c’est lui qui a tenté de me faire accuser du meurtre de mon père !
- Désolé, je ne connais aucun Morticus mais il est vrai que je n’agis pas seul, et vous découvrirez rapidement qui sont les véritables instigateurs de ce complot qui apportera au Guervoyer le renouveau dont il a besoin ! Nous allons éradiquez de cette ville les structures des Loght qui ont trop longtemps régnées sur la région, je dirigerai moi même cette terre, et irait conquérir les contrées voisines qui sont petites et faibles.
- Tout cela seulement pour le pouvoir et la terre ?
- Oh non Jeykomhus, le dessin de l’instigateur est bien plus grand que cela… Je dois désormais partir, mes hommes sont prêts, je vais donc aller gagner la caserne de la septième armée et irait leur dire de rendre les armes, en qualité de Maire de substitution. Sans la septième armée, le village de Cotreck, capitale du Guervoyer, n’est rien !
- Je n’ai aucune insulte qui arriverait à votre cheville Otomius, mais vous me le payerez…
- Ce soir Jeykomhus ! dit Otomius en se levant, ce soir le sang rouge des chiens va couler sur la terre du Guervoyer ! »
Il sortit de la salle et donna ses ordres aux orcs, qui sortirent un à un de la bâtisse, eux aussi encapuchonnés et habillés de la même manière, et l’ont aurait dit une procession mortuaire qui avançait lentement dans la nuit noire qui allait bientôt être teintée du rouge de la mort. Seuls les quatre orcs qui avaient portés Jeykomhus étaient restés dans la maison pour obéir au dernier ordre d’Otomius avant de sortir, « attachez Jeykohmus avec Poloumst et brûlez la maison. » Il s’effectuèrent donc et attacha le jeune homme sur une chaise, dans le salon, à gauche de l’entrée. Poloumst se trouvait juste face à lui, lui aussi attaché à une chaise, les mains liés au dossier de celle-ci et les chevilles, aux pieds. Le salon était une salle quasiment vide, seules quelques fleurs dans de grands pots en verre qui avaient touchées par le charme de Vhalepsis décoraient celle-ci. Le chef de la septième armée regardait alors Jeykomhus avec curiosité.
« Bon, hé bien ? Quel est votre rôle dans cette histoire, je vous écoute jeune Loght, dit calmement Poloumst.
- Je suis confus, Otomius Descantan m’avait convaincu que vous vous étiez l’homme derrière ce complot contre mon père et que vous alliez tenter de nous tuer pour prendre la place du Maire.
- La prochaine fois, soyez plus prudent lorsque des hommes d’influence comme Otomius vous parle. J’avoue que j’ai moi aussi été surpris par le fait que ce soit lui qui se trouve derrière cette bassesse, et son armée va bientôt arriver au village, tandis que la septième armée aura déposée les armes ! Oh, il y en aura bien qui se battront, mais en vain, ils ne pourront rien faire contre plusieurs milliers d’hommes. J’aimerai tant savoir qui a pensé ce complot, car il est impossible pour Otomius de payer lui même tant d’hommes et d’équipements neufs !
- Il a parlé d’un instigateur, c’est sûrement lui qui lui a donné les fonds nécessaires à son projet, mais pourquoi… »
Poloumst se plongea soudainement dans le silence et ses yeux devinrent rêveur. Soudainement, une odeur de brûlé envahissait la pièce, de la fumée provenant de l’entrée étouffèrent peu à peu les deux prisonniers.
« Cessons de discuter désormais, et sortons-nous d’ici, criait Jeykomhus qui tentait de se délivrer de ses liens.
- J’ai essayé de me débarrasser de ces cordes, mais les orcs savent assurément bien serrer leurs nœuds ! »
Jeykomhus regarda autour de lui pour trouver un objet contendant mais ne vit que des fleurs, gardant toujours leur extrême beauté, même si quelques flammes naissaient des murs et venaient se frotter à leur extrémités. Mais, il comprit ainsi immédiatement comment se sortir de la situation. Il fit lentement glisser sa chaise en s’aidant de ses pieds vers un pot et, de la tête, en poussa un qui bascula et se brisa contre le sol, déversant ainsi plusieurs litres d’eau sur le parquais. Jeykomhus fit alors rapidement tomber sa chaise et se trouva nez contre tête contre le sol, cherchant de ses mains liées un morceau de verre, mais il n’y avait plus rien, le charme de Vhalepsis avait reconstitué le vase contenant une fleur d’un jeune magnifique et il était de nouveau sur pied, rayonnant de beauté. L’eau s’écoulant sur le parquais n’était plus et le sol était sec à nouveau.
« Aidez moi Poloumst, faites à nouveau basculer le vase ! »
Poloumst, qui comprit ce que voulait faire Jeykomhus, fit lui aussi glisser sa chaise près du vase et le brisa une nouvelle fois. Jeykomhus rattrapa alors un morceau de verre et, avant que le vase ne se reconstitua, coupa la corde liant ses mains puis sentit le verre disparaître de ses doigts agiles de jeune garçon. Les bras libres, il se dégagea les pieds puis aida Poloumst à se libérer lui aussi. Cependant, la libération avait durée plusieurs longues minutes et les flammes envahissaient la pièce et léchaient déjà le plafond.
« Les fenêtres Jeykomhus, sortons de cette tombe avant que nous ne brûlions ! »
Poloumst se précipita alors vers une des fenêtres du salon mais, comme elles étaient fermées par des planches de bois clouées dont même Ploumst, aidé de ses poings forts, ne put briser, ils ne pouvaient s’enfuir par cette voie sans aide extérieure.
« Diantre Jeykomhus ! Si ils ne nous avaient point enlevés nos épées…
- Trouvons un autre moyen, les flammes avancent rapidement et nous ne savons toujours pas que faire ! Tentons de gagner du temps sur celles-ci en espérant qu’une personne ne s’aperçoive du feu !
- De la clinique, ils ne verraient pas les flammes, mêmes si elles sont rouges et grandes comme le feu d’un dragon, la clinique se trouve trop loin ! »
Jeykomhus ne l’écoutait plus et parcourait le fond de la salle, que les flammes n’avaient pas encore brûlés dans leur lente avancée, et s’écria soudain.
« Vhalepsis, tu nous auras sauvé deux fois ! »
Il prit alors un des vase par les deux mains, s’avança lentement vers la frontière rougeoyante des flammes et déversa l’eau contenu dans le vase. Cela eu un piètre résultat mais stoppa l’avancée du feu dans la pièce. Poloumst prit donc à son tour un vase et l’imita.
« Allons donc jeune Loght, vous savez bien que l’eau disparaîtra à cause du sort…
- Je le sais tout aussi bien que vous Poloumst, mais nous avons ici de l’eau à volonté avec seulement deux vases, nous pourrons sûrement tenir jusqu’à l’arrivée des secours !
- Si ils viennent… »
Malgré les nombreux efforts des deux compagnons, le feu gagnait peu à peu inexorablement le fond de la pièce, et ils étaient désormais dos contre le mur, combattant vaillamment le Prince des ténèbres.
« Nous sommes fait Jeykomhus… Mais avant de trépasser, je dois vous dire que je regrette mes soupçons envers vous concernant l’attentat envers votre père ! Vous avez un cœur bon, noble et juste !
- Tout cela est de ma faute Poloumst, je n’aurai pas du me faire piéger si aisément par Otomius… »
Le feu brûlait désormais les faces des deux reclus tandis que Poloumst eu un sursaut de terreur lorsqu’une flamme lui balaya les yeux, et il cria de douleur en s’écroulant à terre. Jeykomhus pensait alors tuer le pauvre homme pour ne pas qu’il décède dans la douleur et le supplice du feu mais alors qu’il le retourna pour voir son état, il entendit une voix qu’il crut reconnaître à travers une des fenêtres capitonnée.
[Edité le 20/2/2004 par Jeyk]
[Edité le 20/3/2004 par Jeyk]
Oui, je ne suis pas mort, me revoilà ;) J'ai une dizaine de pages d'avance sur la publication, j'ai donc voulu, une nouvelle fois avec du retard, publier la suite :D Non je ne vous avais pas oublié, c'est juste que j'étais un peu occupé :)
« Par la pipe du vieux Kaprhtis ! Y-a quelqu’un là d’dans ?
- C’est toi Tibalt ?!
- Pour sûr… Jeykomhus ? Je vais te tirer de là, ne bouge pas surtout !
- Ne t’inquiète pas pour cela… »
Il entendit alors Tibalt geindre derrière la fenêtre en tentant vainement d’arracher les planches de bois avec ses mains enflées et peu agiles. Il tira donc sa dague et, après maints efforts, brisa les protections sûrement installées là par les orques pour ne pas être dérangés par les enfants du village, pendant qu’ils se terraient tels des rats attendant la nuit dans la bâtisse de Vhalepsis. Jeykomhus prit Poloumst sur ses épaules et, les genoux pliés par le poids qu’il portait, traversa les flammes et sauta par la fenêtre, les habits fumants. Il coucha alors l’homme sur l’herbe entourant la maison et vit Tibalt, le regard mi-anxieux, mi-excité.
« J’allais vers la clinique pour aller prendre des nouvelles de votre père lorsque j’ai vu, de loin, cette montagne de fumée s’élever dans le ciel ! Dit moi tout ! Que s’est-il passé depuis que je t’ai quitté pour emmener le Maire Helger à la clinique !
- Bien des choses, mais je n’ai guère le temps de parler de cela alors qu’une attaque se prépare et qu’un homme gît là, blessé peut-être à mort. »
La maison de Vhalepsis était tel un phare des côtes de l’ouest, brillant et dégageant une telle chaleur qu’un homme des sables ne pouvait y survivre. Grandeur éphémère qui vivait là ses derniers instants, d’une subjuguante beauté qui n’avait attendu que ce moment pour dévoiler tout son être, elle brûlait et allait disparaître dans la nuit, emportant avec elle dans la terre le souvenir de Vhalepsis, penseur et concepteur du village. Poloumst se réveilla de sa torpeur, agrippa la manche de Jeykomhus, puis tenta de se relever.
« Aidez moi jeune Loght, nous avons une région à sauver…
- Vous devriez vous reposer Sir Poloumst, vous avez été blessé. »
En effet, du sang coulait de ses joues et ses yeux semblaient hagards. Etant sur ses deux pieds, il s’avança vers Tibalt et le salua.
« Bien le bonsoir jeune sauveur… Je ne vois quasiment plus mais je sais reconnaître les vaillants soldats…
- Hé bien, c’est que vous devez être encore plus atteint que ne l’a dit Jeykomhus, dit Tibalt en riant.
- Le temps n’est pas aux rires mais aux larmes et à la peine mon ami. Des terres du nord vient un armée si puissante, si grande et si brillamment menée par son chef, Otomius, qu’elle a toutes les chances de nous exterminer, nous et les villageois réfractaires qui ne voudraient pas se plier à la dictature qui les attendent. Allez prévenir les villageois de préparer les défenses, de prendre les faux et les haches et d’aller m’attendre, moi et la septième armée, à la porte nord. Si vous réussissez, je vous ferai Capitaine d’une division militaire du Guervoyer.
- Bien monsieur ! J’y cours ! »
Poloumst s’enquit à rester debout mais Jeykomhus voyait ses jambes faiblir tandis que Tibalt courrait vers la clinique où la quasi totalité des villageois étaient réunis. Il s’approcha alors du jeune homme et, le souffle court, lui chuchota à l’oreille d’absconses paroles.
« Jeykomhus… Je suis faible et ma vue baisse, tu seras mon esprit, mon regard et ma parole tandis que je serai ton bras vengeur qui s’abattra sur nos ennemis. Allons à la caserne de la septième armée, en espérant qu’Otomius n’y aura pas fait des ravages… »
Jeykomhus guida le commandant boitant et souffrant tandis que, au loin, il voyait mourir dans les flammes la maison de l’érudit, du bienfaiteur de la ville, cette dernière lui ayant mal rendu ses faits glorieux. Arrivé à la caserne, elle parut vide et seul le vent et la respiration de Poloumst se fit entendre. Elle était constituée d’une dizaine de baraquements et d’une centaines de tentes mais le tout semblait sans vie, comme si les soldats avaient fuit. Le commandant ressentit ce pesant silence auditif et visuel malgré son regard quasiment aveugle et souffla des plaintes qui furent heureusement entendues.
« Otomius les a donc convaincu, nous sommes fait Jeykomhus, notre mort est certaine…, dit-il avec peine.
- Ola l’ami, lève les mains, que je les vois ! dit alors un soldat qui venait de se découvrir de derrière une tente.
- Jeykomhus…, chuchota Poloumst au creux de l’oreille du jeune homme, répétez les paroles que je vais vous dire, je n’ai plus la force de parler à voix haute… Dans le noir il ne me reconnaîtra pas, si tentez qu’il m’ai déjà vu… Si ils me voyaient comme cela, ils perdraient toute confiance en la victoire. Allez, dites cela…
- Je suis Poloumst, commandant de la septième armée et je suis accompagné par un vaillant soldat ! dit Jeykomhus qui reprit les dires de son ami.
- Sir Otomius est passé avant vous commandant, et nous a dit de rendre les armes ainsi que de tuer toutes personnes nous conseillant de les reprendre ! Il me semble que, en riant, il vous a nommé lorsqu’il a proféré ces menaces ! Eloignez-vous Sir Poloumst, ou je devrai charger !
- Vous seul ? Voyons, avec un seul bras je pourrai vous trancher la gorge, alors à deux personnes… Cessez donc de brandir cette épée et dites moi où sont les autres.
- Je ne puis vous le dire Sir Poloumst, sortez de la caserne ou je devrai charger, même si je souffrirai d’attaquer un homme tel que vous monsieur.
- Que je vous rassure soldat, la souffrance ne viendra pas de votre cœur mais bien de votre ventre lorsque vous y trouverez une lame ! N’êtes vous donc pas conscient du mal qui arrive à grands pas, que l’on vous a berné et qu’en gardant cette entrée de ma présence, vous nous tuez tous ? Lâchez donc votre épée et menez moi aux troupes, pour qu’ensemble, nous défendions nos terres ! » répliqua alors Jeykomhus improvisant alors sous le regard surprit de Poloumst.
Le garde resta silencieux quelques secondes puis rangea son arme et alla vers les deux compagnons.
« Venez, ils sont tous dans un des bâtiment principal pour savoir si, malgré les ordres d’Otomius, nous nous battrons ou non. Mais une fois à l’intérieur, vous ne devrez pas dire que c’est moi qui vous ai ouvert, car terrible seraient alors les conséquences sur ma pauvre personne. Là-bas les débats sont vifs et beaucoup penchent pour rendre les armes.
- Diantre…, souffla alors Poloumst, la tête baissée, tant pour ne pas découvrir son visage que par douleur.
- Votre ami est blessé, dit alors le garde en relevant de la main la tête de Poloumst, il est brûlé au visage, il faudrait le soigner.
- Ca va aller, dit Poloumst, menez nous à la réunion et vous me verrez déjà mieux. »
Le garde s’activa ainsi à les mener vers un des dortoir, un immense bâtiment grisâtre, d’où émanait un fabuleux brouhaha. Jeykomhus se pencha alors vers Poloumst qui marchait difficilement avec l’aide du jeune homme.
« Et si quelqu’un venait à vous reconnaître dans la caserne ?
- Oh, ils me reconnaîtrons, mais vous parlerez pour moi tandis que j’irai voir certains de mes amis qui les activeront à prendre les armes. J’espère que vous êtes un bon orateur, car dans ce bâtiment vous attend sept-cent cinquante hommes ayant soit la peur au ventre, ou bien la hargne de combattre. Mais, après votre tirade destinée au garde, je ne doute point de vos charismatiques facultés.
- Mais je ne sais pas si je pourrai… Sept-cent cinquante hommes…
- Parlez plus fort qu’eux et ils vous écouteront. Parlez en mon nom, n’hésitez point. »
Ils entrèrent alors dans le dortoir et, dès qu’ils eurent passé l’entrée, ils virent une masse informe et incroyablement dense de soldats, vêtus de leur armure ou habillés d’un simple vêtement de tissu. Au centre de cet attroupement se tenait un homme, sur une imposante estrade. Poloumst le regardait avec le même regard qu'il avait adressé à Jeykomhus, dans le salon où ils furent attaché tout deux.
« Cet homme est Jyonim Kertigrisos, le capitaine le plus influent dans la septième armée. Approchons-nous, pour voir de quel bord il tente d’entraîner mon armée. »
Ainsi, ils se frayèrent un chemin à travers la troupe et tendirent l’oreille pour écouter l’orateur.
« Un jour vous verrez soldats, que vous ne regretterez pas votre geste car vous serez en vie ! Otomius Descantan, notre nouveau Maire, en attendant que Sir Helger ne se remette de ses blessures, nous conduit sur la voie de la raison ! En chacun de vos cœurs je vois une âme qui souhaite survivre à cette époque où nous sommes obligés de faire face à l’invasion ! Mais nous trouverons peut-être en ce cette nouvelle ère des personnes qui nous comprendront et Otomius, lui, sait ce que nous devons endurer tous les jours durant ! Un nouveau temps s’annonce, faites y face en baissant les armes et en accueillant les élus qui nous sauveront de cette période trouble où le soldat n’est rien de plus qu’un garde qui a perdu toute dignité ! Suivez moi Soldats ! Venez avec moi jusqu’à la porte nord, non pour tuer les arrivants mais pour leur ouvrir nos bras ! »
Jeykomhus sentit Poloumst se crisper et son regard devint perçant et froid telle une flèche empoisonnée. Il se dirigea alors vers une petite salle sous-jacente en saluant le jeune homme.
« Je vais voir mes amis qui eux, n’ont pas perdu la raison ou n’ont pas été payé par Otomius. Je reviens. »
Une partie de la foule acclamait Jyonim tandis qu’une autre partie restait fortement perplexe. Jeykomhus prit alors son courage à deux mains puis, tandis que Kertigrisos allait reprendre la parole, il grimpa sur l’estrade et, sous le regard étonné des centaines de personnes l’entourant et de l’orateur, il entama son discours.
« Chers amis du Guervoyer, peuple de la terre qui nous a vu naître, grandir et nous épanouir, vous avez été tout comme moi dans les champs pour récolter les blés qui ont chacun été distribués pour nourrir le village entier. Vous avez veillé à garder les vôtres en bonne santé, vous vous êtes inquiété lorsque votre voisin était malade, vous avez cherché des moyens d’améliorer les conditions de vie des habitants, vous avez salué le courage du Maire Helger qui, durant plus de trente ans, nous a accompagné dans notre quête de paix et de respect mutuel avec nos voisins ! Or, aujourd’hui, en cette heure fatidique pour le Guervoyer, que vois-je ? Nos soldats les plus valeureux se questionnent quant à savoir si ils vont ou non défendre notre terre parce qu’un homme, un traître de plus, vous a ordonné de rendre les armes ? Par Gothar le tout puissant, mais ne voyez-vous donc pas que l’on vous voile la vérité avec hardiesse ! Prenez les armes, allez défendre ce qui est vôtre, ce qui est nôtre, et même si les chances de gagner sont encore minces, nous nous battrons tels des guervoyens, défendant notre terre et notre cause ! Accepteriez-vous d’être les pantins d’un dictateur sans merci ? Hé bien empoignez votre épée et allez vous battre soldats, car c’est là votre seule chance de salut ! »
Nombreux furent alors les soldats qui acclamèrent Jeykomhus mais Jyonim, qui était resté muet durant toute l’allocution, bouillonnait de colère.
« Qui es-tu donc, toi,qui ose parler devant les soldats de la septième armée ?
- Jeykomhus Loght, et je parle en représentant de Poloumst, votre chef !
- Poloumst n’est qu’un traître, cria l’un des soldats dans la foule ! Ils nous a abandonné ! Otomius nous a dit qu’il avait fuit !
- Crois-tu les paroles justes ou les rumeurs ?
- Ton père t’a envoyé pour protéger son pouvoir, rétorqua Jyonim. Et voyez ! Voyez comme votre Maire Helger est vil !
- Tu as raison Jyonim, mon père est vil, vil de t’avoir laissé au sein d’une armée aussi prestigieuse !
- Ne m’insulte pas gamin, car ma lame pourrait bien vite s’attarder dans ton entre-jambe. Mais toi qui parle au nom de Poloumst et qui semble bien sûr de lui quant à son état, j’aimerai tant le voir ! Où est-il ? Je l’attend !
- Hé bien je suis là ! »
Poloumst avait apparemment été soigné et était désormais accompagné de trois personnes de forte carrure, semblant être d’importants capitaines. Il avait endossé une armure resplendissante de beauté et portait dans sa main droite une épée magnifique pesant sûrement une trentaine de kilos. Malgré son fabuleux aspect, qui eu tôt fait de réchauffer les cœurs de la septième compagnie et d’énerver au plus haut point Kertigrisos, il avait le pas hésitant et balayait le sol de son regard pour ne pas trébucher. On s’écarta à son passage et Jeykomhus l’aida à monter sur l’estrade tandis que l’homme lui glissait quelques mots.
« Je n’y vois presque rien Jeykomhus, mais mes forces ont reprises… Soit mes yeux et indique moi où se trouve Jyonim.
- à votre gauche, à quatre mètres Poloumst. »
Poloumst se tourna alors vers sa gauche et brandit son épée vers le traître.
« Sale ingrat que voilà ! Toi qui a osé parler aux noms des Guervoyens alors que ceux-ci s’organisent à défendre la ville, tandis que, telle une vermine putride, tu vomis les paroles récitées par Otomius qui a tenté de me tuer et veut désormais acquérir le trône du Guervoyer ! Je ne souhaite même pas discuter avec toi car tu ne mérite pas mes paroles ! »
Il abattit alors sa lourde épée sur Jyonim qui eu le temps de tirer sa lame et de contrer, le regard apeuré. Poloumst fit alors, la vue toujours dans le brouillard, basculer sa lourde épée sur le côté et lui frappa la hanche d’où émana alors une gerbe de sang qui ne cessa plus de couler. Jyonim cria de douleur et s’accroupit contre le sol, lui suppliant le pardon, les bras écartés, tête baissée. Mais Poloumst était décidé et laissa tomber tout le poids de son épée et de son bras sur l’épaule gauche du soldat, ce qui la coupa nette en deux et le tua sur le coup. Sa belle armure venait d’être repeinte du sang des traîtres.
[Edité le 20/3/2004 par Jeyk]
Et voilà la suite, j'ai d'ailleurs toujours une dizaine de pages d'avance sur la publication. Le tome I est ainsi bientôt terminé. Bonne lecture ;)
« Voilà ce qu’il advient aux pauvres d’esprits ! Désormais, nous avons gâché assez du temps précieux, allons aider nos frères à la porte nord ! Les lâches peuvent rester ici, mais sachez que, lorsque je reviendrai vainqueur, je tuerai à l’identique ceux qui n’ont pas eu le courage de faire face à leur destiné ! »
Et c’est ainsi que des sept-cent cinquante soldats de la septième armée, sept-cent quarante neuf partirent pour la porte nord de Cotreck. Lorsqu’ils arrivèrent, les villageois, guidés par Tibalt, mettaient en place de véritables fortifications en obstruant l’entrée nord avec des charrettes, des éboulis de fumier ou encore des piquets de bois taillés durant la nuit. A la vue de l’arrivée des nombreux soldats, les hommes, les femmes et les enfants virent leur cœur insuffler à leur âme une nouvelle vie car, de la nouvelle que Helger avait été blessé à celle que le Guervoyer allait être envahit, il ne s’était passé que trois minces heures environ, et les villageois tendaient à du réconfort, au calme qu’ils avaient laissé pour un temps de conflit. Cependant, tous savaient que ces guerriers, tant courageux et agiles qu’ils étaient, ne suffiraient pas à endiguer une armée qui comptait, comme leur avait si maladroitement précisé Tibalt, plusieurs milliers d’orcs. C’était donc dans une atmosphère de désespoir et de fatalité que ces héros s’avancèrent vers leur destin pour se placer devant l’entrée, armes au poing, lancées levées, visière baissée, courage au cœur. Poloumst mit pied à terre et demanda à Jeykomhus d’en faire autant et de le suivre, lui et Tibalt qui les avait attendu, dans une cabane voisine. Ils y trouvèrent une table et, guidé par le jeune homme, le commandant s’assit avant de parler d’une voix grave mais qui ne vibraient aucunement par la peur.
« Messieurs, sur nous déferlera les colères divines qui tuera nombre d’entre nous, mais jamais vous ne devrez vous laisser ensorceler par la peur, source de perdition de l’esprit dont nous avons entièrement besoin au combat. Je ne vois quasiment plus, mais je ressens votre crainte qui est vôtre, et je sais tout autant que vous que la victoire est loin d’être acquise mais pourtant, si il n’y avait pas l’ombre d’un espoir, nous ne serions pas là à tenter de défendre notre liberté et nos vies. Nous avons, tous trois, trois objectif distincts. Vous, Tibalt, vous fournirez en armes et en armures les villageois jeunes et forts puis vous vous joindrez aux défenses et vous les commanderez. Nous nommerons cette armée ‘’L’armée des champs’’, pour que je puisse plus aisément vous guider dans l’action. Vous, Jeykomhus, vous vous armerez et vous choisirez dix hommes dans la septième armée pour rechercher Otomius et sa trentaine d’orcs, ils ont certainement un plan bien précis à effectuer avant l’attaque de leur armée principale sur le village. Enfin, je préparerai la septième armée à défendre la porte nord, une défense d’une poignée d’hommes bien pensée peut prévaloir sur une attaque de plusieurs milliers d’orcs. Nous avons, nous trois, trois objectifs à remplir, de chacun d’eux dépend la victoire. Nous ne pouvons nous permettre de défendre la ville sans préparations aucunes, sept-cent cinquante hommes est bien trop peu contre plusieurs milliers d’orcs, et si une attaque fait rage dans le village même durant l’attaque principale, nous serions perdu. Bon courage à tous, que Gothar nous garde sur cette terre et puissions nous être assez grand pour que de sa bonté nous soyons envahit ! »
Ils se saluèrent donc et chacun sortirent de la salle vers une direction différente, Poloumst ayant demandé à un des capitaine qu’il avait retrouvé dans la caserne de la septième armée de guider ses pas. Jeykomhus désigna dix soldats, jeunes, robustes et semblant manier l’arme avec dextérité, et ensemble ils marchèrent d’un bon train vers le centre-ville, mais ils furent arrêter par Tibalt qui couraient derrière eux en interpellant le meneur.
« Jeykomhus ! Attend !
- Qu’y a-t-il Tibalt ? dit Jeykomhus en se retournant. Dépêche-toi, nous sommes pressé par la mort qui nous guette.
- Tu avais oublié ceci… »
Tibalt lui tendit une épée sur laquelle était gravée des flammes, un dragon et un homme, dessin que le jeune homme reconnu avec aisance. C’était Hépitocles la puissante.
« C’est un des gardes d’Unys qui me l’a remit en ajoutant que, si vous n’aviez pas été gracié par le Maire votre père, il vous aurait tué pour vous être échappé et avoir libéré un fou. Qu’est-ce que cela veut dire ?
- Je t’expliquerai plus tard. Merci pour l’épée, je l’avais presque oublié, mais pourtant je suis certain qu’elle me sera plus qu’utile.
- Jeykomhus, prend garde à toi mon ami…
- Toi aussi ! » répliqua-t-il avant d’ordonner à ses hommes de le suivre dans la pénombre de la nuit.
Le jeune homme n’étant point véritablement habitué à commander des soldats, et ne sachant point par où commencer à chercher, le village étant assez grand, il devait donc raisonner comme Otomius et trouver le lieu névralgique qu’il pourrait attaquer. Peut-être serait-ce le dépôt d’armes ? Ou encore la mairie, symbole du pouvoir du Guervoyer ? Ou bien la clinique même où son père était soigné et dans laquelle il n’avait pu encore se rendre pour parler avec lui après qu’il eut été blessé. Mais il trouva bien vite une nouvelle cause à ses soucis lorsqu’il vit, à quelques mètres de lui, se déplacer une forme semblant inhumaine qui, avec grâce, se déplaçait le long d’un mur d’une maison. Tout les villageois étant vers la porte nord, il décida de suivre cette masse informe sans qu’elle ne remarqua la filature de la dizaine de soldats, et vit que l’inconnu rejoignit maints autres inconnus. Mais ce n’était point les orcs recherchés, mais des hommes bien étranges, parlant une langue que Jeykomhus ne connaissait point. Il fit alors encercler cette petite troupe et, avant qu’ils ne s’en soient rendus compte de l’attaque, Jeykomhus et la dizaine de gardes avaient tiré leur arme sur la gorge des hommes. Mais la nuit avait joué des tours au jeune homme, et de la trentaine d’ombres qu’il avait cru apercevoir, il n’en restait que quatre. Ces hommes, Jeykomhus les reconnut rapidement.
« Helpic, Ratpler, Tijoën, Gapel ! Que faites-vous donc ici en plein milieu de la nuit ? »
Les quatre marchassis furent bien surprit de l’arrivée impromptue du jeune homme, mais Helpic affichait désormais un sourire de béatitude en voyant Jeykomhus.
« Jeykomhus ! Nous sommes ici pour préparer le départ de Létran et de sa fille. Nous avons entendu que des combats se préparaient et nous préférons partir au plus vite pour le Marchas plutôt que de perdre ici la vie, l’épée à la main, pour une cause que nous ne connaissons point.
- Si Létran et sa fille ne risquaient aucunement leur vie, et si vous en aviez consentit, je vous aurai, et ce avec joie, proposé une place au sein de nos rangs, car vous avez l’apparence de fiers combattants et, j’en suis sûr, l’âme des plus grands épéistes, dit Jeykomhus en abaissant la lame d’un des garde frôlant la gorge de Tijoën en y posant la main, en signe de paix envers ces hommes de la nuit.
- Nous sommes désolé, dit Tijoën, mais le temps s’écoule inexorablement, et le voyage est long. Ils nous attendent à la porte sud. Au revoir Jeykomhus ! »
Le jeune homme les saluèrent, bien qu’il fut des plus surprit du comportement des quatre combattants, comme si une voix intérieure leur ordonnait de partir au plus vite… Peut-être avaient-ils raison après tout, peut-être n’y avait-il désormais plus aucun espoir… Tijoën leva le bras en signe de salut et découvrit ainsi le haut de son épaule, d’un blanc éclatant, presque inhumain. Le garçon y vit alors, malgré les ténèbres les entourant, un tatouage des plus mystérieux, représentant un tonneau de vin marqué d’un arbre. Cette apparition ne dura guère qu’une poignée de secondes mais il n’y prêta pas grande attention, son regard se reportant déjà vers les soldats l’accompagnant.
« Par Gathor, trente orcs ne passent pourtant pas inaperçu ! »
Il se souvint ainsi soudainement des habits que portaient Otomius et ses mercenaires, des toges de célébration sombre à l’aspect infiniment mystique. Peut-être allaient-ils demander de l’aide aux Dieux durant la bataille ? Des sacrifices en l’honneur d’une divinité ? Une prière pour donner du courage aux combattants ? Jeykomhus retournait ces questions dans son esprit tourmenté mais il ne trouva guère de réponses à ses interrogations. Alors qu’il s’apprêtait à ordonner le retour de sa petite troupe vers la porte nord, il vit soudainement un faisceau de lumière jaillir dans le ciel ténébreux de la nuit, trouvant sa genèse d’une colline à la frontière du village. Ils partirent donc à bon train vers celle-ci, arme à la main et virent une chose qui dépassèrent leur entendement. Jeykomhus lâcha un cri de stupeur profonde en voyant Otomius, habillé de sa toge, tenant dans sa main droite un couteau et de l’autre un livre. Au milieu de la colline se trouvait un grand feu où brûlait une marmite qui laissait échapper ce mystérieux rayon bleu pâle, comme trouvant ses racines des enfers mêmes, la troupe d’orcs entourant ce feu incandescent et pénétrant, le genou gauche à terre, la tête vers le ciel. Les soldats étant sous les ordres du jeune homme étaient pétrifiés d’une peur qu’ils ne pouvaient qualifier, car ils ne savaient pas si ce fut la troupe maléfique qui les effrayait tant ou bien cette puissance inconnue qui dégageait ici tout son mystère. Alors que Jeykomhus, accroupi près de la colline avec ses hommes tentant de ne pas se faire voir de leurs ennemis, allait rassembler ses forces pour donner l’assaut, Otomius porta sa dague vers le ciel et l’abattit sur un des orc. Celui-ci poussa un cri rauque et tomba au sol, mort, son sang d’un rouge terni coulant peu à peu sur l’herbe fraîche de la colline. Le Maire de substitution réitéra son geste envers un autre de ses disciples, puis un autre, jusqu’à ce qu’il ai tué toute son escouade, gisant alors sur le sol d’où coulait désormais une rivière ténébreuse d’un liquide rouge et terni par la terre. Otomius restait stoïque dans son action criminelle puis jeta son couteau à terre, prit son livre et débuta une série d’incantations.
« Monsieur, chuchota alors un soldat à Jeykomhus, qu’est-ce donc par Gathor ! Un sacrifice ?
- Je ne sais pas… Mais le meilleur moyen de le savoir, c’est d’agir, et maintenant ! »
Dans un cri de colère, tenant Hépitoclès dans sa main droite, Jeykomhus se leva, et ordonna l’assaut de la colline désormais seulement gardée que par un seul homme, Otomius, qui ne parut aucunement surprit par l’attaque. Entouré, il ria de toutes ses forces avant de refermer son livre.
« Vous êtes arrivé bien trop tard Jeykomhus ! C’est fini !
- Qu’avez-vous donc fait ?
- La vie, Jeykomhus ! La vie ! Je suis un Dieu que personne ne pourra plus arrêter désormais ! Mon armée va surgir à la porte nord tandis qu’ici se bâtira la plus puissante des deux !
- En garde Otomius, je n’abattrai pas un homme désarmé…
- Mais je suis armé ! Et même gardé ! Savez-vous où vous êtes ici ? C’est sur cette colline même que l’on a assassiné les traites ayant combattu aux côtés du Merphide il y a de cela bien des années, et je sais qu’ils ne rêvent que d’assouvir leur vengeance méritée ! Qu’ici s’élève les morts ! cria-t-il alors, le visage tourné vers les étoiles. »
Jeykomhus, ainsi que les soldats, regardèrent autour d’eux et s’apprêtèrent à voir surgir des profondeurs des ténèbres des hommes décharnés. Mais rien ne se passait. Le jeune homme lâcha un soupir de soulagement et s’avança vers Otomius, celui-ci arborant un regard inquiet. Cependant, alors qu’il arrivait à sa hauteur et allait lui infliger son ultime sentence, on lui agrippa avec force la jambe, ce qui eu pour effet de le faire trébucher, mais non tomber. Avec horreur, Jeykomhus vit qu’un bras sortait de la terre et cherchait une prise pour aider le reste du corps à accoucher de la terre même. Le jeune homme abattit son épée sur le bras quasiment squelettique du revenant à la vie, et entendit alors un cri venant de sous-terre, non de douleur mais de rage. Des milliers de ‘’morts-vivants’’, sortant de leur torpeur, revenaient à la vie et l’on pouvait alors voir ces êtres creuser la terre pour aider leur contemporains à émaner eux aussi de la colline et de la plaine avoisinante. Les orcs sacrifiés réapparaissaient eux aussi à la vie, mais cette fois-ci avec un regard de haine et de profonde colère, notamment envers Jeykomhus et ces hommes.
« Nous sommes tous perdu, lâcha alors Jeykomhus dans un élan de tristesse et de panique.
- N’est-ce pas ? répliqua alors Otomius en riant de plus belle. »
Ils étaient désormais entouré par plusieurs milliers d’êtres n’attendant que les ordres d’un seul homme pour les tuer.
« Vous savez Jeykomhus, vous faites parti de cette race que j’admire… Celle des tourmentés qui peinent à trépasser ! J’avais espéré, après avoir gagné la bataille, revenir sur les cendres de la maison de Vhalepsis et vous retrouver, attaché à votre chaise, mort brûlé vif avec mon pire ennemi, Poloumst. Si vous êtes vivant, cela veut dire qu’il l’est aussi, et lorsque je prendrai à revers les défenses de la porte nord, je me ferai une joie de lui trancher la gorge et d’ordonner à mes sbires de boire son sang jusqu’à la dernière goûte !
- Poloumst est mort, il a été tué par les flammes. Quant à moi, j’ai réussi à m’échapper de justesse grâce à une aide extérieure, mentit alors à demi le jeune homme.
- Nous verrons cela mon jeune ami mais si, comme je le pense, il est toujours vivant et a réussit à convaincre la septième armée de défendre dans une dernière fougue la ville, je te réincarnerai pour te faire revivre les tourments de la mort, et ce durant l’éternité !
- Je ne savais pas que vous maniiez la nécromancie avec une telle dextérité Otomius…
- J’ai su apprendre auprès de l’instigateur de ce si talentueux projet ! Nous ne sommes que des marionnettes entre ses mains, mais des marionnettes qui auront du pouvoir !
- Mais qui est-il ? Je vous le demande comme une dernière faveur avant de trépasser…
- Jamais je ne prononcerai son nom… Il est trop terrible et imprévisible, il pourrait me tuer en un geste si il le souhaitait… Alors non, même en vous sachant mort, je ne pourrai vous le dire. Désormais, j’en suis fort désolé, je dois à nouveau tenter de vous tuer. Adieu Jeykomhus ! Qu’une centaine d’êtres restent ici et les tuent ! Les autres, venez avec moi à la porte nord, vous y trouverez votre bonheur ! »
Une marche ténébreuse se mit alors en marche, guidé par un fou chantant et riant à la victoire. Jeykomhus et les dix soldats se regroupèrent tous et voyaient s’avancer vers eux la centaine de revenants des enfers.
« A notre âme qui ne verra plus le jour ! A notre famille qui nous saluera mort sur le champ de bataille ! Au Guervoyer ! » cria alors un jeune soldat à l’armure d’un jaune sombre, marqué par le symbole du livre et de la plume, signifiant que celui-ci avait fait des études avant de s’engager dans l’armée.
Les êtres fondirent sur eux et déjà les armes parlèrent. Un des soldat, armé d’une arbalète, tira sa flèche taillée dans un bois dur des forets des Heltecrobes vers un des morts-vivants, et le toucha au crâne. Le tir le déstabilisa quelque peu mais il se remit en marche rapidement, la flèche plantée au sommet de son front. Les soldats firent siffler leur lame dans les airs et tranchèrent ainsi quelques têtes mais contre une centaine, ils étaient inexorablement perdus.
« Ils sont trop nombreux Jeykomhus ! Nous ne pouvons plus rien faire à part prier !
- Bat toi jusqu’à ton dernier souffle et fait honneur à ta terre ! »
Ils étaient désormais totalement entourés et les morts-vivants rétrécissaient peu à peu le cercle perfide, lacérant les chairs de leur griffes osseuses et de leur dents acérées de ceux qui tentaient de s’échapper.
« Combattez désormais ! » cria Jeykomhus en courant dans la mêlé.
Dans sa course, il faisait pivoter son arme et trancha ainsi en deux plusieurs êtres des ténèbres, mais il y en avait toujours plus contre lui, et sa piètre et légère armure ne pouvait retenir les coups qu’on lui portait, parfois avec des pierres, des lattes de bois dures comme le roc ou une vieille épée rouillée. Il entendait, comme si cela provenait d’un lointain écho, ses soldats mourant un à un dans d’effroyables cris de peine et de douleur extrême. Les êtres riaient et prenaient du plaisir à démembrer leur victime, et parfois même les goûtaient avec un rictus de satisfaction et d’assouvissement total de leurs macabres fantasmes.
Youri_Kain
04-20-2004, 06:16 PM
Ca alors le Jeyk a progresse dans son histoire, je l ai pas lue mais je le ferais quan j aurais le tempsc est a dire peut etre ce soir put etre jamais. Mais je te souhaite beaucoup de plaisir a ecrire ce texte. Pour ma par le mien n as que peut progresse si ce n est que tout ce qui a ete publié est maintenant corrigé (coté compréhension plus qu orthographique ;) ).
Le projet tien touours mais c est encore un peu transformé et j 'espere l'histoire de Jeykomus viendras remplir mes étageres, et pourquoi pas aussi l'histoire de Jeyk_Fayron car finit le préferentialisme Fantasiesque et fesont place a un éccléctisme RP (quelle que soit sa forme).
Bon courage.
YK (tjs aussi peut clair ;)
Voyant que j'allais avoir plus d'une vingtaine de pages d'avance sur la publication, voici la suite ;)
Soudainement, le jeune homme, accablé désormais par ces dizaines de sacrificateurs, trébucha et tomba à la renverse. On sauta alors sur lui et on lui mordit ses épaules ainsi que toutes les parties de son corps qui avaient eu le malheur de ne pas être couvertes par son armure. Il pensait alors sa fin toute proche et tenait son épée toujours à la main, imaginant presque fièrement le moment où on le trouverait, mort, sur le champ de bataille, son arme ensanglantée et portant les débris d’os de ses ennemis. Mais il ne pouvait se résigner à une telle fin et pensa, il ne sut pourquoi, à Marion qui était quelque part dans le village avec Létran et les Marchassis, ces derniers n’ayant désormais sûrement pas le temps de fuir le village. Il trouva alors la force de lever sa lame et de crier du plus profond de son être.
« Hépitoclès ! Aide moi je t’en supplie ! Par Gothar le tout puissant, créateur de toutes choses, vient moi en aide une nouvelle fois ! »
Il sentit alors son épée vibrer dans sa main meurtrie et il la vit s’éclairer soudainement d’une lumière qui fit basculer les morts-vivants à terre en éblouissant leurs yeux pétris par la terre même. Ils crièrent, mais cette fois-ci de douleur, et Jeykomhus se releva et frappa tout les êtres étant à porté de sa lame. Il se fraya ainsi un chemin à travers ces cadavres recouvrant la vie mais hypnotisés par Otomius, pour rejoindre le centre du village et gagner la porte nord avant le Maire de substitution et sa terrible armée. Alors qu’il allait réussir à atteindre le petit sentier menant vers les profondeurs du village, il entendit, porté par le vent et voilé par les cris de ces esprits à demi vivants, un hurlement provenant de la foule, un hurlement d’humain. Jeykomhus, qui n’avait espéré qu’un de ses soldats ait survécu, s’affaira à revenir vers le lieu du combat empli d’une nuée d’ennemis, où il vit un seul homme encore debout, luttant avec hargne, ferveur, courage, le tout effectué avec une extrême dextérité, une sagesse dans les actions et un charisme rayonnant. C’était le jeune soldat à l’armure d’un jaune pâle, marquée par le symbole de la connaissance, apprise et retenue. Jeykomhus resta ainsi, durant une poignée de secondes, à l’admirer jouer de sa lame, de ses poings et de ses pieds, prenant même parfois son casque pour en frapper ses adversaires. Il revint à la réalité lorsqu’il vit que celui-ci, malgré sa force quasi surhumaine, était blessé à l’épaule et que, contre la dizaine d’ombres vivantes contre lesquelles il se battait, il ne pourrait longtemps survivre. Le jeune homme courut donc vers le soldat et l’aida à la tache autant qu’il le put, tout en lui indiquant la voie de fuite. Voyant que les ennemis se faisaient toujours plus pressants, menaçants et nombreux, les deux combattants décidèrent de courir vers la porte nord, sans quoi ils ne pourraient rattraper Otomius et son armée provenant des entrailles de la terre, composée de viles personnes ayant trahis le Guervoyer, et qui réitérèrent ce jour-là leur acte en s’étant joint aux forces ennemies. Malgré une course rapide à travers le village, déserté par tous ses villageois, les deux hommes ne purent totalement semer les êtres sombres, et lorsqu’ils se remirent à marcher, cependant à bon pas, ils entendirent toujours derrière eux leurs cris, leurs rires et leurs gémissements de plaisir, de douleur, de crainte latente en sachant que si ils n’accomplissaient pas leur ordre, ils seraient renvoyés, et cette fois-ci éternellement, dans le royaume de la mort.
« Je me nomme Arfielden Jereayneda, dit alors le jeune soldat pour rompre le silence entre eux et étouffer de sa voix les supplications des êtres les poursuivant avec peine.
- Et moi Jeykomhus Loght, répondit le jeune homme en poursuivant sa marche rapide.
- Oh, le fils du Maire Helger ! Toutes mes sincères désolations Jeykomhus, car tristes sont mes sentiments désormais lorsque je pense à notre condition à tous ici, avec notre Maire blessé et souffrant sur un lit et des ennemis arrivant à nos portes. Cependant, j’ai appris à garder l’espoir, j’espère que ce ne sera pas qu’une illusion lors du combat qui nous attend devant la porte nord.
- Il vaut mieux avoir l’espoir en son cœur, que la misère des hommes Arfielden. Chacun de nous espère, car l’espérance est ce qui nous fonde tous. Sans elle, nous ne serions que des corps inertes à la recherche d’une âme que nous ne pourrions trouver, telles ces ombres désespérées qui nous poursuivent. L’espérance, c’est la vie. Alors bénis par Gothar sont les personnes qui espèrent sur le champ de bataille, car ce seront elles qui survivront à toutes les attaques et sauront arborer sur leur visage leur assurance certaine. Lorsque je t’ai vu combattre, j’ai vu cette assurance qui m’a subjuguée au plus haut point. Alors n’ai crainte, jamais tu ne perdras ton espoir, c’est la seule chose dont tu peux être sûr ce soir !
- Mais comment allons nous donc résister à l’attaque de plusieurs milliers d’orcs à la porte nord tandis que nous nous ferons attaquer par d’autres milliers d’âmes en peine ? »
Jeykomhus ne sut trouver d’autres réponses à cela que « nous trouverons bien », murmuré dans la nuit noire désormais peu silencieuse. Après quelques minutes d’une marche rapide, ils arrivèrent enfin au centre du village et virent une nouvelle fois de leurs yeux ébahis ces âmes perfides commandées par un homme tout aussi cruel, Otomius. En usant d’une certaine dextérité et d’une assurance leur garantissant la furtivité, les deux soldats se glissèrent jusqu’à un mur d’une maison et montèrent le long d’une gouttière pour arriver sur le toit. De là, ils purent suivre cette horde barbare sans se faire remarquer par ces derniers, et observèrent leur pérégrination vers la porte nord d’un œil calculateur mais non moins inquiet.
« Comment les arrêter ou les détourner de leur chemin Jeykomhus ? Ils sont des milliers et nous ne sommes que deux. Même si je suis prêt à mourir pour la bonne cause, je ne me jetterai point dans la fosse aux lions inutilement.
- Gare à notre volonté guerrière, celle-ci ne nous aidera aucunement ici. Je pense qu’il faut les dépasser et prévenir Poloumst de leur arrivée. »
Ainsi, ils sautèrent de toit en toit et virent déjà au loin un nuage de fumée s’élever dans le ciel d’ocre. C’était Poloumst qui, préparant les défenses, avaient fait enflammer des centaines de pieux pour les placer devant la porte. Celle-ci était désormais barricadée par plusieurs troncs d’arbres extrêmement volumineux et puissants, et des centaines d’archers s’étaient disposés sur des échelles ou des rambardes, surplombant ainsi les barricades de la ville, pour s’apprêter à déverser sur les ennemis des milliers de flèches, tant empoisonnées qu’enflammées ou encore munies de quelques sortilèges dont seuls les Maîtres avaient le secret. Mais Poloumst cachait encore bien des cartes dans son jeu de stratège, cela Jeykomhus le vit dans ses yeux brillants d’une flamme vivante, reflétant son âme tourmentée pensait-il alors, qu’il pouvait voir du toit où il se trouvait. Poloumst les avait vu avant même que Jeykomhus et Arfielden ne le vit à leur tour. Mais le jeune homme s’aperçut bien rapidement que l’homme n’avait fait que pressentir leur présence, ses yeux étant encore quasiment aveugles. Ils descendirent du toit en se glissant le long d’une poutre soutenant les structures du toit, puis allèrent à sa rencontre.
« Vous m’étonnerez donc toujours Poloumst… Comment avez-vous sentit notre présence ? Je vous ai vu me regarder, alors que vous marchez toujours tel un aveugle.
- L’homme sent parfois des choses qu’il ne comprend pas lui même, je le crains… Mais je vous ai vu telles des ombres passer par les toits, pourquoi cela, et où est votre escouade ?
- Elle a été décimée, et ce soldat que voilà n’en est que le seul survivant. J’ai trouvé Otomius, et il a sous ses ordres une seconde armée, toute aussi puissante que la première qui déferlera sur notre porte nord à revers de vos défenses que vous avez avec tant de rapidité et de savoir faire réussi à monter. Une armée de spectres venus des profondeurs de la terre. »
Poloumst restait impassible aux dires de Jeykomhus, et préférait arborer un caractère stoïque face à l’adversité. Cependant, il savait dans les tréfonds de son âme que cette bataille ne pourrait être gagnée sans l’aide d’un nouvel esprit, mais il ne savait pas encore lequel.
« Et quand arrivera-t-il ici ?
- Ce n’est qu’une question de minutes… Je pense qu’il faut rouvrir notre porte barricadée et faire sortir les habitants au plus vite avant de les faire tuer dans une lutte impossible. Je resterai ici tant que tous les villageois ne seront pas encore sortis et que mon père ne serait pas en mesure de fuir.
- Fuir ? Diantre ! Quel mot puant ne reflétant pas notre juste valeur Jeykomhus ! Nous fuirons en perdant la vie, mais nous vendrons notre conscience et notre âme aux Dieux maléfiques si nous prenons nos jambes à nos cous ! Il y a un jour où il faut savoir s’élever tel un demi-dieu et combattre Jeykomhus ! Ce jour est arrivée, et celui-ci ne sera sûrement pas le dernier ! »
A ces mots, il ordonna qu’on apporta les quatre catapultes du village et qu’on en disposa deux vers l’extérieur, et les deux autres vers l’intérieur du village pour viser le seul chemin menant à la porte nord d’où devait arriver Otomius et ses spectres. On lui obéit aveuglément et Jeykomhus sentait le désespoir monter inexorablement en lui, en voyant cette insouciance. Ici, l’insouciance était le berceau de tout courage humain, et seul un homme insouciant pouvait encore lever le regard au ciel pour espérer. Alors qu’il allait ordonner au seul homme encore sous ses ordres si il voulait rejoindre la septième armée, il vit Tibalt, habillé tel un grand guerrier, dirigeant au pas une cinquantaine d’hommes, archers et combattants, tous le glaive à la main.
« Oh ! Tibalt ! Je vois que tu t’en sors bien…
- Je n’ai guère le temps Jeykomhus ! Va donc aider au lieu de rester là à ne rien faire de ta carcasse ! » répondit le garçon en coupant son ami puis en ordonnant à ses hommes d’aller l’aider à relever un pieu en flamme étant tombé à terre.
Décidément, le jeune homme ne reconnut plus son ami, ni le village tout en entier qui s’était mué en une terrible arme de défense, nourrit par la peur, les craintes et les démons hantant les esprits de ses constructeurs, alors que la plupart des villageois n’avaient jamais touché une véritable épée auparavant. Il ne se sentait plus acteur du combat, mais simple spectateur, tentant d’apporter son aide à quelques soldats érigeant un autre pan de la barricade. Etait-il donc le seul à avoir perdu tout espoir ? Il ne voulait le croire, mais pourtant même le soldat étant sous ses ordres était revenu dans son armée d’origine et se battait une nouvelle fois avec tant d’hardiesse et de volonté à construire les défenses qu’il sentait alors en lui un grand déshonneur à ne pouvoir aussi bien servir les siens. Il se trouvait dans un engrenage qu’il ne comprenait plus, et il décida ainsi de se retirer dans l’auberge ‘’A la Vieille Mirotte’’, nom donné en l’honneur d’une consommatrice d’alcool étonnement résistante pour son âge, et encore en vie, les joues pleines et rougis par l’alcool colorant ses veines, pour réfléchir un peu sur sa condition. ‘’A la Vieille Mirotte’’ était vide, mais régnait encore dans la salle ces odeurs de tabac, de vin, de transpiration et de thé chaud propres à ces endroits de villégiature, où l’on aimait s’abandonner dans des plaisirs illusoires. Il s’installa sur une chaise et regarda autour de lui. Tout avait été déserté, les tabourets du bar étaient renversées, les verres se trouvaient encore plein de leur substantifique liquide et les assiettes regorgeaient toujours des mets Guervoyens, généralement une volaille cuite avec une sauce aux herbes aromatisées, servit avec une feuille de chou que l’on laissait bien souvent négligemment sur le côté. Or, dans cette atmosphère qu’il aimait tant et qu’il sentait comme éphémère désormais, il eu l’impression de ne pas être seul à profiter des lieux. Mais il eu beau se retourner, il ne vit personne dans la salle. Il se leva donc, alla vers la porte menant à ce qu’il pensait être un cagibis, et entendit alors des gémissements, se faisant de plus en plus forts à mesure qu’il avançait. Il ouvrit ainsi la porte avec fougue, mais prudence, pour découvrir un homme que tout le monde avait oublié, mais que Jeykomhus sentait comme la personne qui allait lui redonner son espoir alors enfui.
[Edité le 15/5/2004 par Jeyk]
Tward
07-12-2004, 02:45 AM
Félicitation jeyk c'est encore mieux que sur SWG.
Lohtan
07-13-2004, 03:35 PM
ouf :p
c'etait long mais vraiment prenant ;)
vivement la suite ^^
Voyant que j'allais avoir plus d'une vingtaine de pages d'avance sur la publication, voici la suite
20 pages ?? essaye de diffuser ça réguliérement :yltype:
Me revoilà de retour ;) J'ai fini le premier tome il y a de cela plusieurs mois, mais je n'ai toujours pas posté sa fin. Je vais donc le faire ici et vous aurez donc droit à 24 pages marquant la fin de cette histoire. Mais attention, ce n'est que le début d'une très grande aventure. Vu qu'il est parfois assez long de tout corriger, j'ai peut-être laissé passer quelques légères fautes, vous m'en voyez désolé. Bonne lecture ;)
« Tharein Hacklem ! »
En effet, Tharein Hacklem, magicien du Laermen, une région du nord réputée pour abriter de nombreux sages et des mages tentant leurs expériences magiques expérimentales dans sa foret, et où l’on vit il y a de cela bien longtemps un enfant, âgé de seulement quatre ans, dominer les éléments autour de lui avec une telle force, une telle puissance dans le geste, qu’on le croyait émanant de Gothar même, alors que ce n’était en réalité que le jeune Tharein qui, jouant avec un lapin qu’il venait de trouver, avait transformé sa découverte en un incroyable flot de lumière qui laissa derrière lui une licorne, c’est donc ce vieux mage que Jeykomhus vit dans ce placard, solidement ligoté, la bouche bavant ces quelques mots à cause de son bâillon.
« Aifez moi ! »
Jeykomhus s’accroupit à ses côtés pour le détacher et, une fois libéré, ce dernier se leva et tendit ses bras en l’air, bousculant ainsi une à une ses vertèbres endolories, pour enfin lâcher un long, mais harmonieux dans la bouche de cet homme, soupir de soulagement. Il souriait désormais à son libérateur et lui offrit sa main que son destinataire serra chaleureusement, rassuré.
« Merci bien Jeykomhus, sans toi j’aurai attendu ici pendant longtemps…
- Mais, d’après ce que j’ai compris dans la chambre de la clinique de mon père où nous nous sommes croisé, n’êtes-vous point un puissant Mage pouvant se délier de toutes les situations, même de liens bien serrés ?
- Ces liens ont été ensorcelés, répondit alors Hacklem en désignant de son menton, où une barbe naissante poussait peu à peu, la corde qui gisait désormais sur le sol.
- Otomius ! Décidément, ce vieux fourbe a plus d’un tour dans son sac.
- Comment savez-vous que ce fut Otomius qui m’enferma ?
- Vous avez apparemment raté bien des choses pendant que vous étiez prostré dans votre placard… Otomius est l’homme dirigeant l’armée qui déferlera sur nous son courroux. De plus, il a élevé de la terre des milliers d’âmes en peine !
- Mes soupçons envers ses connaissances nécromanciennes étaient donc fondés…
- Mais pourquoi diantre vous a-t-il ligoté ? Et non tenter de vous tuer comme il l’a fait avec tous les hommes de pouvoir du village ?
- Otomius est un homme intelligent et fort. Néanmoins, il n’a pas finit sa période d’apprentissage de la nécromancie car nous serions déjà tous morts si il connaissait les savoirs de son Maître…
- Ainsi vous connaissez l’instigateur de cette invasion ?
- Laissez moi terminer… Otomius connaît bien des choses désormais concernant la Magie, mais il sait que je suis une source intarissable de connaissances à ce sujet. Toujours à la recherche de savoirs, il voudra m’utiliser pour apprendre, apprendre toujours plus. Il aime le pouvoir et n’acquiert que pour mieux dominer, c’est sûrement pour cela que son Maître ne lui a pas tout apprit., par peur qu’il ne se retournasse contre lui. Voilà pourquoi il ne m’a pas tué, je lui suis encore trop utile.
- Mais si le pouvoir de ce Maître dont vous parlez est si grand, pourquoi n’aurait-il pas raser ce village lui-même ?
- Cela je l’ignore encore… Réside-t-il peut-être dans Cotreck une chose qu’il voudrait acquérir… Il aurait trop peur de la voir disparaître dans les flots des flammes qui irrigueraient nos rues. Cependant, il a fait une erreur en utilisant Otomius pour conquérir le village car ce dernier, dans son égoïsme et sa folie, m’a laissé en vie, et je pense que cela sera son ultime faute.
- Vous qui semblez si puissant, ami de la Magie et de la Nature, allons-le combattre et terrassons-le ! Ses armées seront découragées et fuiront sûrement sans leur chef pour les diriger !
- Vous avez une conception de la bataille encore bien trop restrictive Jeykomhus. Si il advenait à mourir, les âmes en peine, sans maîtres, terroriseraient la ville et viendraient à bout de nos défenses en quelques heures. Quant aux orques s’apprêtant à atteindre la porte nord, je ne pense pas qu’ils se préoccupent réellement de leur chef hiérarchique. Si vous voulez mon avis Jeykomhus, je pense que nous aurons encore nombre de surprises concernant cette armée mystérieuse semblant provenir des ténèbres…
- Et vous ne voulez donc pas m’en dire plus quant à ce ‘’Maître’’ ?
- Mais par Gothar ! Regardez cela ! Nous discutons alors que nos compères piétinent le sol et souffrent à ériger les défenses ! Dépêchons-nous d’aller les aider ! »
Tharein prit la corde ensorcelée puis courut vers la porte de l’auberge en faisant signe à Jeykomhus de le suivre. Arrivé dans la cour principale devant la Porte Nord, tous le regardèrent avec stupéfaction, et Poloumst, qui ouïe l’agitation tumultueuse à travers toute la place, arbora un sourire radieux en entendant que l’on prononçait le nom de ‘’Hacklem’’ dans la foule.
« Tharein ! Magicien de la lumière et des flots harmonieux ! Je t’ai quêté à travers tout le village, où étais-tu donc passé ?
- C’est une trop longue histoire, et la place ici n’est pas aux paroles superflues ! Qu’on continue à ériger les défenses, nous en aurons besoin ! »
Tharein cracha alors dans ses mains, prit un imposant rondin de bois de plusieurs centaines de kilos et, en criant face aux étoiles, le jeta vers celles-ci. Le rondin resta en suspension durant une dizaine de secondes et s’écrasa au sol, droit comme une flèche bien tirée, comblant ainsi un trou dans la troisième palissade, devant la muraille principale du village. Il prit alors dans sa main un morceau de bois séché par le soleil, le regarda un court moment, et le jeta lui aussi vers le ciel. Alors, les palissades de défense prirent feu, dégageant une lumière paraissant éternelle, étincelante et presque éblouissante, qui prit toute sa grandeur lorsqu’elle s’éleva ainsi à plus de trente mètres de hauteur. Quant à la brindille, elle ne retomba jamais sur le sol.
« Voilà qui devrait les retarder quelques instants lors de leur attaque.
- Magnifique, cria alors Poloumst rayonnant d’une rare joie. Mais j’aurai une requête à vous soumettre… J’ai quasiment perdu la vue, et j’en aurai besoin pour guider mes troupes au combat, et pour combattre moi-même !
- Je m’occuperai de cela après la bataille. Car si Gothar a voulu que tu sois ainsi en cet instant tragique, c’est qu’il y a sûrement une raison voilée. Nous la découvrirons en même temps que vous. Désormais, suivez moi Jeykomhus. Oui, vous ! »
Ils s’éloignèrent alors quelque peu de la troupe qui se remit au travail pour discuter non loin du chantier.
« Tuer Otomius ne suffira pas comme vous le savez, car une fois mort, les âmes en peine perdureront tout de même. Mais il a faillit en usant de la magie avec moi. En ensorcelant la corde, il a créé la propre arme qui allait le faire trépasser. Les sbires du nécromancier ne peuvent repartir dans le monde des morts que par deux moyens. Les tuer à nouveau avec le fer et les puissances magiques, mais ce serait alors peine perdue vu leur nombre, ou tuer le nécromancier les ayant ramené à la vie en usant d’un objet rayonnant de sa magie.
- Vous voudriez le tuer avec… Une simple corde ?
- Un moyen bien difficile je l’admet, mais il suffirait de l’approcher… Je vais vous expliquer mon plan, et vous me donnerez votre opinion… »
Ils discutèrent ainsi durant une dizaine de minutes avant de se mettre d’accord sur le moyen de mettre fin à la vie tourmentée d’Otomius.
« Nous sommes donc d’accord, dit alors Tharein en serrant la main de Jeykomhus.
- Parfait. Mais je me demande pourquoi il n’a pas encore attaqué… »
Tous les villageois travaillant à renforcer les défenses sentirent alors de terribles vibrations annonçant l’inéluctabilité de leur situation. Tharein courut alors vers la muraille, monta quatre à quatre, d’un pas rapide et semblant léger, ses marches et, une fois en haut, cria.
« Voilà pourquoi ! »
Devant lui, à seulement un kilomètre, avançait une troupe formée de deux rangs, l’un habillé de noir, les Orcs pensa alors Tharein, et une autre blanche, qu’il ne put définir alors.
« Jeykomhus ! Apportez moi vite une longue-vue ! Faites vite par Gothar ! Exécutez-vous par tous les Saints ! »
Le jeune homme alla prendre une longue-vue oubliée sur une barrique d’eau, monta deux à deux les marches de la muraille de pierre et, essoufflé, vit avec effroi cette armée, encore telle une tâche sombre et blanche au loin, avançant peu à peu vers eux. Tharein lui prit des mains l’objet de son désir, observa avec attention, puis le fils du maire le vit écarquiller les yeux de terreur. Hacklem ressentait de la peur, cela se lisait aisément sur son visage paraissant encore jeune.
« Que voyez-vous Tharein ? Dites !
- Nous sommes perdus…
- Que voyez-vous ?!
- C’est fini ‘’Il’’ a su trouver l’Alliance le menant à la victoire…
- Parlez donc !
- Des elfes ! Il y a des elfes avec les Orcs ! Et je n’ai aucun pouvoir sur eux ! »
Tharein descendit alors de la muraille encore plus rapidement qu’il ne l’avait monté, et ordonna à Jeykomhus de le suivre à nouveau. Ce dernier, avant de descendre à son tour les marches, ramassa la longue-vue qu’avait laissé le magicien sur le rebord de la muraille et observa à son tour. Après un sursaut de terreur de voir ses ennemis de si près, le jeune homme se ressaisit et regarda plus attentivement. Il y avait effectivement deux troupes distinctes, mais marchant côte à côte, toutes les deux comptant environ trois milles soldats chacune. Comme l’éclaireur l’avait dit quelques heures plus tôt dans la clinique où était soigné Helger le Maire, il y avait bien quatre hommes qui, marchant devant l’armée, semblaient diriger celle-ci. Cependant, il ne pouvait que les apercevoir telles des ombres, comme protégés par un mystérieux sort. Derrière eux étaient tirées une baliste et une catapulte, immense et pouvant contenir à elle seule un fort entier. Ils allaient atteindre la première palissade de défenses nouvellement installée, et gardée par une vingtaine de soldats s’étant postés derrière elle, dans seulement une vingtaine de minutes.
« Jeykomhus ! Qu’attendez-vous pour descendre ! »
Il posa alors la longue-vue sur le rebord de la muraille de la ville qui, dû aux vibrations se faisant de plus en plus intense, tomba de l’autre côté, et se brisa. Le jeune homme et le magicien coururent vers le seul chemin provenant du centre-ville et menant à la place de la Porte Nord puis s’y postèrent.
« Otomius attend donc que la première armée atteigne la porte avant d’attaquer ? Une attaque sur les deux fronts en somme, dit alors Jeykomhus en observant le centre-ville plongé dans le noir d’où devait venir l’armée des ombres menée par Otomius.
- Oui, et il pense avoir l’effet de surprise, vous croyant mort. Il se tapit sûrement dans l’ombre régnant désormais dans le centre-ville en attendant qu’on ne lui donne le signal. En espérant que les Elfes n’accélèrent point le pas et n’arrivent à sauter la muraille.
- Pourquoi n’arrivez-vous pas à combattre les elfes ?
- C’est une longue histoire et celle-ci mêle un ami commun… Mais je vous raconterai tout cela une autre fois voulez-vous ? Attendons désormais ici ce signal qu’Otomius espère, le cœur rongé par une haine sans nom… »
Ce signal, même Tharein ne l’attendait pas de si tôt, et dévoilé d’une manière si terrible. En effet, après quelques minutes d’attente, un garde posté sur la muraille s’excita de toutes ses forces.
« Une flèche ! Une flèche en feu dans le ciel ! Tirée par un des quatre hommes ! »
Celle-ci parut voler tel un oiseau avec une vitesse défiant toutes les lois physiques. Elle se transforma peu à peu en une boule de feu d’une incandescence rare et, une fois au dessus du village, explosa avec la force d’un tonnerre et la puissance d’un titan. On raconta même plus tard que plusieurs villageois devinrent temporairement sourds après cette explosion, et que plus d’un vieillard fut tué, leur vieux cœur fatigué n’ayant pas supporté ce dernier affront.
Tharein se pétrifia un moment et Jeykomhus se rendit compte qu’il était à terre, les mains sur ses oreilles endolories.
« Je connais ce sort… ‘’Il’’ l’utilise parfois, ou l’un de ses sbires proches…, dit alors le mage, encore abasourdi par le signal sonor.
- ‘’Il’’ se trouverait ici ? demanda alors le jeune homme en se relevant et en ramassant la corde ensorcelée qu’il avait fait tomber de sa taille où il l’avait attaché.
- Je ne sais pas… Si l’objet de ses désirs se trouve ici, cela pourrait bien être une probabilité à prendre en considération. »
A peine s’étaient-ils remit de ce fracas assourdissant qu’ils virent sortir des ténèbres de la ville les âmes perdues, errantes avec comme seule Raison Otomius les guidant vers une bataille certaine. Jeykomhus prit alors Hépitoclès dans la main droite et la corde ensorcelée dans la main gauche, attendant que Tharein ne lui dise d’attaquer. A la vue de cette troupe macabre, les soldats et les villageois prirent peur et voulurent charger cette étrange armée mais le magicien les retint et leur ordonna de retourner préparer les défenses de la Porte Nord. Ordre bien judicieux car, à peine l’avait il donné, qu’un garde à la voix pressée par l’inquiétude prévint que l’armée des Orcs et des Elfes s’apprêtait à atteindre les fondations des premières palissades. La septième armée guidée par Poloumst, accompagnée de l’Armée des Champs dirigée par Tibalt, coururent ainsi sur les remparts et prirent leur arc. La Porte Nord était désormais entourée, et toute perspective de fuite devint ainsi inenvisageable, le combat approchant sonnait le glas de l’inéluctabilité. Otomius, lorsqu’il sortit de l’ombre des maisons, fut une nouvelle fois surprit de voir que Jeykomhus était vivant, et que seulement deux personnes lui barraient le chemin, un véritable affront à lui et son armée. Il ria alors en ordonnant aux milliers d’âme en peine de les tuer, et fut surprit de ressentir les prémisses de la pitié humaine. Mais Tharein et Jeykomhus restaient impassibles tandis que, devant eux, une marée inhumaine allait déferler sur eux. Le magicien leva alors le bras et l’abattit en criant.
« Maintenant ! »
Les deux catapultes que Poloumst avait auparavant disposé en direction du centre-ville projeta alors, en une consécration de bruits mécaniques et humains, deux imposants rochers qui balayèrent toute la première rangée des êtres des ombres, seulement une poignée face à l’armée entière. Mais Hacklem prit ensuite son épée et la brandit elle aussi en l’air, en récitant de mémoire son grimoire des Temps Anciens.
« Qu’un passage soit créée dans cette mer d’incroyants ! Qu’une brèche apparaisse dans ce flot de manants ! »
Un aveuglant faisceau lumineux fut alors projeté vers la nuée d’esprits errants, et un passage apparut alors, écartant les êtres sur son passage. Jeykomhus s’y précipita et courut ainsi vers Otomius, étonné par la puissance de ses adversaires.
« Dépêche toi Jeykomhus ! Je ne pourrai pas garder ce passage indéfiniment ouvert ! Celui-ci refermé, tu te retrouverais seul au milieu de cette horde, et je ne puis me défendre pendant cette manœuvre ! »
Le jeune homme était désormais au milieu de ces êtres sans vie qui tentaient, en vain, de le toucher, mais ils étaient aveuglés par cette vivace lumière si ils s’y approchaient de trop près. Jeykomhus était enfin arrivé à une dizaine de mètres d’Otomius lorsque ce dernier, voyant qu’il devrait combattre, tira sa lame de son fourreau caché sous sa robe de cérémonie.
« A nous désormais jeune Loght ! Combattre et trépasser, là est désormais notre destiné, à tout deux ! »
L’homme abattit alors son épée contre celle de Jeykomhus, qui peina à rester debout après cette attaque. Le jeune homme tenta à maintes reprises de le toucher mais rien n’y faisait, Otomius Descantan était un bien trop grand épéiste pour le néophyte qu’était Jeykomhus. Mais son inquiétude devint plus grande lorsqu’on sonna l’alerte à la Porte Nord, signifiant que cette fois-ci, elle était attaquée. En effet, les Elfes avaient traversé les flammes que le magicien avait invoqué, les sorts de celui-ci ne pouvant les toucher, et s’en prenaient désormais avec hargne à la porte à coup de hache et d’épée tandis que les Orcs tiraient leurs flèches sur les défenses et préparaient eux aussi leur attaque. De plus, l’armée des ombres approchait dangereusement de Tharein qui, comme il l’avait auparavant stipulé, ne pouvait combattre pendant qu’il défendait Jeykomhus de sa rayonnante lumière. Le jeune homme combattait alors avec toute sa hargne et sa colère accumulée et, malgré le fait qu’Otomius réussissait à parer ses coups, il gardait espoir en serrant dans sa main gauche l’objet qui pouvait terrasser son armée, la corde ensorcelée. Alors qu’il tentait une nouvelle fois une attaque sur son flanc, Descantan stoppa avec beaucoup d’agilité sa vaine tentative et, d’un brusque coup de pied, le mit à terre. Il fut prit d’un rire rauque en voyant son ennemi ainsi tomber à terre, et ce en arborant un sourire qu’aucun mort-vivant l’entourant ne pouvait envier.
« Vous croyiez véritablement que vous auriez pu me battre ? Stupide jeune homme, tu vas rejoindre les tiens dans les limbes ténébreuses ! »
Il s’approcha alors lentement de Jeykomhus, l’arme au poing près à s’abattre sur son adversaire terrassé. Cependant, le jeune homme avait gardé la corde dans sa main et, toujours à terre, y avait attaché solidement deux pierres à ses extrémités, s’apprêtant à la projeter vers Otomius une fois à sa hauteur. Lorsque l’homme eut les pieds près du torse de son ennemi contre terre et qu’il éleva sa lame pour mieux traverser le jeune homme de part en part, Jeykomhus lança ce dernier espoir avec colère. Celui-ci, surprit, n’eu pas le temps d’éviter ce mortel projectile qui parvint jusqu’à sa gorge et l’étrangla sur le coup. Il tomba alors à terre, la langue pendante d’une mort trop brusque. C’est donc ainsi qu’Otomius Descantan, d’avoir trop voulu gagner en prestige, se retrouva aussi petit qu’il ne l’avait été antan. Pire, il était désormais caractérisé de traître et se verrait bientôt enterré au cimetière où il avait élevé les morts dans la colère des Dieux. Alors que les âmes errantes, ayant autrefois trahis le Guervoyer elles aussi, entouraient Tharein pour l’assaillir, elles disparurent dans le néant ou tombèrent inertes sur le sol dur de la place du village. Le magicien était épuisé et Jeykomhus, pétrifié, après avoir tué son premier homme et être passé si proche de la mort, se relevait de sa chute. Toute l’armée des ténèbres avait été détruite, et seuls restaient dans cette partie de la place Jeykomhus, Tharein et Otomius, étendu contre le sol. Mais le village n’en n’était pas sauvé pour autant, car la première armée, la plus puissante, était près de la muraille et de la porte, défendues ardemment par les soldats. Les Elfes attaquaient au corps à corps les quelques défenseurs des palissades. Quant aux orques, qui ne pouvaient point traverser la frontière des flammes éternelles, attaquaient les gardiens avec un flot de flèches qui, à défaut de toucher les hommes, brûlaient certaines bâtisses au toit de chaume ou de paille fraîche. Tharein et Jeykomhus, rompus après cette bataille, coururent vers la Porte Nord et montèrent hardiment sur sa muraille pour y voir alors le flot d’ennemis se déversant sur les défenses de ce si petit village, seulement considéré comme la capitale du Guervoyer. Les quatre palissades en feu permettaient de diviser l’armée ennemie, seuls les Elfes pouvant accéder à la Porte Nord sans souffrir des brûlures causées par les flammes trop proches. Ainsi, ils purent voir les quatre cavaliers menant cette armée, mais non leur visage.
« Il va falloir descendre pour les affronter Jeykomhus, dit alors Tharein avec une étonnante passivité tout en les désignant de la main, s’étant comme habitué à la situation qui aurait plongée plus d’un valeureux soldat dans une effroyable terreur noire.
- Mais observez leur stature si puissante et leur armure, sûrement solide telle une roche des montagnes basaltiques ! Je ne pourrais les affronter, ni aucun soldat ici. Ils paraissent comme protégés par un puissant sort… »
En effet, un épais brouillard les entouraient et il était impossible pour les deux amis de les voir distinctement. Soudainement, les quatre cavaliers de l’orage, comme les nommaient les défenseurs qui tentaient, en vain, de les toucher avec leur arc et leur arbalète, tirèrent sur leurs rênes et galopèrent dans la foule d’Orcs, avant de disparaître dans cette masse difforme.
« Ils partent, hurla alors Jeykomhus dans un élan de joie.
- Ou bien vont-ils tenter de nous contourner…
- Impossible, les autres portes ne peuvent guère faire entrer plus d’un homme à la fois, et sont plus hautes qu’une tour de garde. Il ne reste que celle-ci qui puisse céder, et nous y sommes.
- Alors pourquoi ce replis prématuré ?
- Et ils ne semblent pas être les seuls à s’éloigner de la porte… »
Tous les Orcs et les Elfes rengainèrent apparemment leurs armes et, sous la pluie de flèches des défenseurs, coururent à plus de trois cent mètres de la porte nord, sous les cris de joie et de soulagement des villageois.
« Aurions-nous sous-estimé l’importance de Morticus dans cette affaire ? demanda le jeune homme en pivotant sur lui-même pour regarder, dans la cour, le corps s’étendant de tous ses membres de l’homme. Sa mort aurait-elle découragé nos ennemis ?
- Etrange décision que voilà… La Porte Nord ne pouvait guère tenir plus de quelques minutes encore, sous les coups des armes et des sorts Elfes, alors diantre, pourquoi cette fuite soudaine ? »
Un bruit sourd, mais qui fit vibrer le moindre villageois de tous ses membres, se présenta alors telle une réponse au magicien qui vit, sous ses yeux ébahis, l’impressionnante et meurtrière baliste tirer son projectile qui vint, avec la rapidité d’un éclair et la fougue d’un sort divin, percuter la porte de plein fouet, ce qui la fit céder dans un fracas chaotique et qui eu alors raison de nombre de défenseurs s’étant trouvé près de celle-ci. Symphonie meurtrière d’une bataille mécanisée, la catapulte eu tôt fait de projeter elle aussi son dû, des pierres, de l’huile bouillante, des pieux et de mystérieux liquides faisant fondre le fer et le métal le plus résistant et le plus travaillé. Un cavalier s’avança alors, un des ‘’quatre de l’orage’’, et parla d’une voix forte et puissante qui fut entendue à travers les confins mêmes du Guervoyer. Sans pour autant qu’il ne se soit dévoilé de son nuage protecteur, le magicien crut reconnaître ce mystérieux cavalier à la voix semblant vivre indépendamment du corps de son propriétaire.
« Oh, hommes, femmes et enfants du Guervoyer, défenseurs d’une cité et d’une région désormais annexée par nos armées, n’espérez aucune victoire pour cette bataille ! dit alors le cavalier, juché du haut de son cheval apparaissant gris derrière son nuage protecteur. Ce village, et le Guervoyer, tombera entre nos mains cette nuit même, si vous n’obtempérez point avec nous. Nous ne voulons en rien cette région, mais ce qu’elle contient. »
Tharein se risqua alors à prendre la parole, debout sur la grande muraille de la porte nord.
« Oh toi, cavalier ténébreux, qu’attends-tu donc de ce village et de ses habitants si tu ne souhaite point conquérir et vaincre mais convaincre et acquérir ?
- Nous sommes venu pour trois choses, oh homme du Guervoyer. La première, pour des connaissances antiques conservées dans le Parchemin du Guervoyer que nous savons entreposé dans l’une de vos bibliothèques. Nous l’avons longtemps cherché, mais ce en vain, et nous savons que vous connaissez son emplacement exact. La deuxième, pour un homme du nom de Létran, et pour sa fille, qui ont lâchement fuient leur contrée avec en leur possession de nombreuses informations sur leur magie ancestrale, que l’un de nos compagnons aimerait reprendre en sa possession légitime. La troisième, pour une personne qui nous est particulièrement chère, le dénommé Tibalt de La Ferme Du Vieux Perchoir, qui connaît inconsciemment bien des secrets nous seraient utiles et nécessaires à l’une de nos quêtes. »
Jeykomhus, et Tibalt se trouvant non loin dans la cour, furent comme pétrifiés à l’annonce des conditions du chevalier noir, mais Hacklem resta stoïque et ne parut pas inquiété outre mesure des paroles de l’homme.
« Nous ne traitons point avec des ombres, découvrez-vous de votre sort vous rendant quasi invisible à l’œil nu et nous pourrons alors discuter ! »
L’homme de l’ombre parut hésiter un instant avant d’appeler les trois autres cavaliers à se poster près de lui et à faire disparaître le nuage gris les entourant eux quatre. Grande fut la surprise lorsqu’ils se découvrirent alors, et même Tharein, malgré sa grande sagesse construite avec l’expérience du temps et des épreuves, eut un sursaut de surprise non maîtrisée. Il eut cependant tôt fait de se reprendre, et regarda alors un à un les cavaliers noirs sortir de leur nuage les cachant au monde. Le premier était un homme habillé d’une cape noir, d’une cote de maille dorée et d’un casque noir, et son bouclier en métal portait le sigle d’un loup emportant sa proie dans un bois sombre. Tharein semblait le connaître, mais il ne parla pas et regarda les trois autres cavaliers. Le deuxième était un puissant guerrier armé d’une épée plus haute que trois hommes, porté par un cheval robuste et portant, comme son maître, une armure d’acier. Il s’agissait alors d’Herré, se tenait droit, fier et imposant. Le troisième était un Elfe, habillé d’une armure blanche qui rayonnait désormais à travers une grande partie de la plaine, et qui semblait rire face à la pauvreté de la défense de la Cité. Jeykomhus savait que cet Elfe était Ylinore de la foret de Lémin, le personnage maléfique qui avait chassé Létran et ses congénères depuis leur village pour acquérir leurs connaissances magiques, et voilà qu’il avait retrouvé et piégé ses dernières victimes. Enfin, le quatrième était habillé d’un simple habit de voyageur, et d’un pantalon qui semblait avoir été trempé dans les verts champs de la région. Tous furent étonné de son identité, car l’homme était Morticus.
« Désormais, vous avez dix heures pour honorer nos conditions. Passé ce délai, nous raserons le village et nous occuperons le Guervoyer ! » cria alors le chevalier noir en tirant sur les rênes de son cheval pour se retirer de la vue de la muraille.
Jeykomhus et Tibalt ne pouvaient bouger ou dire mot, comme pétrifié par un charme ou même un poison, mais Tharein les rappelèrent vite à la réalité en leur ordonnant de se réunir dans la cour de la Porte Nord. Une fois réunis, Poloumst, qui avait lui aussi écouté avec grande attention les dires du chevalier, se convia au groupe et fut le premier à s’élever avec force.
« Diantre, ils nous tiennent comme des traqués après une trop longue battue ! Dites moi qui ils sont, comme je ne peux distinguer que leur voix dans cette pénombre quoi m’entoure désormais, et Tharein, j’ai sentis en vous la connaissance de bien des choses que nous ne savons pas, dites-nous tout !
- Le chevalier qui a parlé, tout de noir vêtu, se nomme Omegasius, et est le général des armées de l’Instigateur de cette invasion soudaine, Hector Ramovis. Je les ai affronté il y a de cela bien des années lorsque Hector, ayant encore toute sa raison et siégeant au Conseil du Prince, où seuls les plus grands sages du royaume sont accepté, voulait entreprendre une main mise de plusieurs royaumes pour ses biens personnels en usant de ses pouvoirs de nécromancie. Ce complot mis à la lumière du jour et de la sagesse, il fut immédiatement bannis du cercle, et seul Omegasius, un de ses élèves ma foi fort doué et arborant lui aussi les mêmes sombres dessins de son maître, le suivit dans son périple pour trouver une nouvelle terre d’accueil. Je sais qu’il réside désormais dans le fort du Packtacht, perché au sommet de la montagne des Esprits Perdus, terre d’exil, et je ne sais encore ce qu’ils espèrent trouver dans le vieux parchemin du Guervoyer… Quant à l’Elfe, il s’agit d’Ylinore, qui a sûrement formé un pacte avec Hector, lui prêtant son armée Elfe, que mes sorts ne peuvent toucher, contre Létran, et sa fille, et ses formules magiques qu’il convoite tant, se trouvant dans le village même. C’est sûrement pour cela que Balcius leur a imposé un si lourd tribu à payer pour le magasin, les empêchant de partir trop tôt avant d’avoir payer la dette, et permettant aux forces obscures de s’organiser. Le troisième homme est donc Herré, qui représente Balcius, trop peureux pour oser se montrer, et Otomius, désormais passé au trépas. Ces trois hommes ont eux aussi sûrement signés une alliance avec Hector et Ylinore, garantissant aux uns l’inactivité de la septième armée et aux autres le poste de Maire, le poste de Commandant de la septième armée et sûrement un titre de Seigneur pour Herré, une fois le Guervoyer annexé. Enfin, il y a ce si mystérieux Morticus, et j’avoue que je peine à comprendre son rôle dans cette histoire, il n’a point l’air de véritablement participer au siège…
- Mais… Attendez ! cria alors Jeykomhus, comme prit sous le coup d’une folie soudaine. Quelle chose incroyable et quelle surprise ! Non seulement ils demandent Létran et sa fille, un mystérieux parchemin dont j’espère que vous nous informerez Tharein, mais surtout Tibalt !
- Nom de nom ! dit alors Tibalt en frappant du poing la paume de sa main, j’attendais silencieusement que quelqu’un ne réagisse ! Par la barbe du grand Griboucho ! Par l’oncle de la tante de la vieille Hertansiette ! Par ma propre vie ! Je fais partie de ces ‘’conditions’’ ! Fichtre, mais pourquoi ? Pourquoi moi, pauvre Tibalt de la Ferme Du Vieux Perchoir, serait si important à leurs yeux ?
- J’y réfléchis ! dit alors Tharein en passant son index sur son doux menton. Mais nous comprenons à présent pourquoi il n’a pas déjà déversé son armée dans le village, il craint de ne vous voir tué, ou de disparaître dans le flot des soldats. Il a dit que vous connaissiez des éléments ‘’inconscients’’ de votre jeune esprit. Je ne sais ce qu’il a alors voulu dire, mais vous représentez sûrement une clef à l’un de leur quelconque projet, et peut-être cela a-t-il un rapport avec le vieux parchemin du Guervoyer.
- Clef ou pas clef, jamais je ne me livrerai à ces chiens ! répliqua alors Tibalt, qui bombait son torse mais arborait alors l’envie de partir au loin et de pleurer.
- Mais quel est donc ce mystérieux parchemin ? demanda Jeykomhus qui observait son ami peu à peu défaillir sous le coup de la colère et de la tristesse.
- Il s’agit d’écrits datant de plusieurs milliers d’années regroupant des informations que les Maires successifs ont retranscrit au dernier jour de leur règne. Je ne sais pourquoi il est si important aux yeux de nos assiégeants, mais courez donc le chercher Jeykomhus, il se trouve caché dans le livre ‘’Saintes Croyances’’, dans la bibliothèque du bureau de votre père. Veillez y comme sur votre propre vie mon ami, allez vite ! »
Jeykomhus partit donc en quête du Manuscrit, la tête empli de pensées craintives de voir son ami partir à jamais aux mains de ces cruels despotes. Il atteignit rapidement sa maison et gagna le bureau en montant quatre à quatre les marches de l’escalier menant au second étage. Il ouvrit alors la porte dans un fracas assourdissant tant pressé il était et vit, stupéfait, la large tache de sang s’étant asséché sur le parquais, là où Helger avait été retrouvé à demi mort quelques heures plus tôt. Il eu alors soudainement un mal de tête effroyable tel qu’il en tomba sur le sol, ses paumes de main tentant vainement de masser ses tempes endolories. Il crut voir des ombres passer tout autour de lui et vit apparaître un homme, tout de noir vêtu, approcher de lui, un objet à la main. C’était Morticus qui tenait cet objet mystérieux, noir et carré, l’ayant hypnotisé dans la soirée avant que son père ne soit blessé. Il avançait à pas lent, le regard empli d’une rage mêlé pourtant à une peur étrange, la peur de son acte. Jeykomhus poussa un cri en le voyant arriver sur lui, et l’homme lui dit alors des mots plus étrange encore que son apparition.
« Cesse de craindre, crois ce que tu comprends, car il y a encore à comprendre à ce qu’il paraît ! »
Tout redevint silencieux, et la pièce était à nouveau vide après le cri du jeune homme. De son front coulait une pâle sueur, et son regard, apeuré, arborait la crainte de voir réapparaître l’obscur vision. Jeykomhus se leva douloureusement du sol et regarda une nouvelle fois près du bureau pour y voir la tache de sang, mais elle n’y était plus. En s’approchant, il vit alors qu’elle avait été lavée, sûrement juste après qu' n’eut été emmené à la tour de Fytrock.
« Quelle vision étrange et malfaisante… Encore un tour de Morticus ! »
Il s’affaira ainsi à chercher le livre dans cette pièce qui, de part son atmosphère, retranscrivait parfaitement la peur ambiante du jeune homme, et trouva enfin l’objet de ses présents soucis après seulement une poignée de secondes de recherche, ‘’Saintes Croyances’’. Il l’ouvrit alors et découvrit en son sein un vieux parchemin du nom de ‘’Sagesses guervoyennes des maires de Cotreck la Capitale’’. Il le roula précautionneusement et le garda en main, de peur de ne le perdre en le confiant à l’une de ses poches, et repartit à nouveau en direction de la Porte Nord où l’attendait désormais, avec forte impatience, Tharein. Alors qu’il sortait de la maison en courant, au détour de la porte d’entrée, il percuta de plein fouet un homme de forte stature et, alors qu’il allait tomber, il lui agrippa le bras et remit le jeune homme sur ses deux pieds.
« Hé bien Jeykomhus, vous semblez bien pressé !
- Helpic de Marchas ! Où sont donc vos quatre amis ?
- Avec Létran et sa fille, cachés dans une des maisons du village. Alors que nous nous apprêtions à fuir, nous avons croisé la route d’une armée venue des ténèbres et dirigée par un être semblant plus fou que ses progénitures, provenant tous des enfers mêmes semblait-il ! Nous avons donc couru jusqu’à une veille petite maison, quelque peu délabrée, où nous nous sommes réfugiés en attendant que cette bataille ne se passe.
- Malheur que voilà, car le village entier, et tous ses habitants, risque bien d’être rasé ! Mais à tout problème un bonheur résulte souvent, vous pourriez nous aider à tenir le siège ! Ma proposition de tout à l’heure tiens toujours mes amis, votre dextérité au cœur du combat pourrait nous apporter un puissant soutiens, pour notre moral et notre force.
- Nous préférons rester protéger Létran et sa fille, car lorsque les dangers guettent, il ne faut pas abandonner ceux que l’on protège pour partir à quelques batailles sans espoir aucun. Mais j’ai rencontré plusieurs hommes avant de vous voir, c’est d’ailleurs pour cela que je suis ici à vous parler. Tantôt, alors que nous nous cachions, Tijoën, guetté par l’inquiétude de savoir que les troupes ennemies n’étaient guère éloignées, à demandé à ce que l’un de nous aille à la Porte Nord pour prendre des nouvelles. Je me désigna alors et y rencontra Poloumst, qui me donna des nouvelles de la situation et m’indiqua que vous étiez parti chercher un précieux objet, un très précieux objet… Il m’a donc envoyé ici pour veiller à ce que vous reveniez sans difficultés, car bien imprudent eut été l’ordre donnée pour que vous ailliez chercher seul cet objet. Donnez le moi et j’y veillerai avec soin, et nous pourrons discuter en chemin de ce qu’il contient… »
Helpic tendit la main pour que Jeykomhus lui donne le parchemin, mais il n’en fit rien. Au contraire, il l’éloigna en le protégeant désormais de ses deux mains s’étant resserrées sur la précieuse feuille de papier ancien.
« Désolé Helpic, ce n’est guère que je n’ai point confiance en vous, mais Tharein, Puissant Mage de sa condition, m’a demandé, et ce personnellement, d’aller chercher ce parchemin. Vous pouvez m’accompagner, mais en rien prendre vous même l’objet de ma quête.
- Ne craignez rien, je suis là pour vous aider ! Ne soyez point borné au point de n’accorder confiance en vos amis que pour le combat ! Donnez, et allégez votre peine, je sais à quel point il est précieux… Donnez ! »
Cette fois-ci, Jeykomhus mit la main à sa garde, et Hépitoclès la Puissante sembla vibrer et émettre une lumière rayonnante de beauté et de force pourtant imperceptible pour les simples sens d’un humain. Helpic mit alors l’une de ses larges main devant ses yeux, comme ébloui par cette abondance de force et de luminosité, avant de se mettre à genoux pour supplier le jeune homme de faire cesser cette torture. Mais lui-même ne comprenait pas la puissance de son épée et il peina à lâcher le manche de celle-ci, hypnotisé par elle. Lorsqu’il regarda à nouveau le marchassis, il avait disparut dans les confins de la ville. Beaucoup plus prudemment qu’à son arrivée jusqu’ici, il repartit en direction de la Porte Nord, tant il craignait qu’un marchassis ne lui saute dessus armé de leur si longue épée au détour d’une ruelle sombre. Mais il n’en fut rien. Il avant tant tardé que Tharein, pourtant extrêmement patient, l’attendait avec une forte inquiétude.
« Me voilà ! J’ai le parchemin, mais j’ai vu et ressentis bien des choses durant mon chemin…
- Hé bien ? J’espère que ce que vous avez vu et ressentit est assez conséquent pour satisfaire mon inquiétude qui m’a tourmentée ici. J’aurai du vous faire escorter.
- Justement, en sortant de la demeure de Père le Maire, j’ai croisé un dès marchassis, Helpic et…
- Un marchassis vous dites ? Ici ? Parlez donc !
- Oui, un marchassis… Je ne les connaissais aucunement auparavant, mais nous avons fait connaissance lorsque Létran a demandé de l’aide pour sortir du village de nuit, pour fuir Balcius et le terrible Herré… Quatre marchaissis se sont alors présentés, Helpic, Ratpler, Tijoën et Gapel, et l’ont même invité à les suivre jusqu’à leur pays, le Marchas. Depuis, ils sont restés ensemble il me semble. Cependant, ils ont été surpris par l’arrivée des troupes ennemis et n’ont pas eu le temps de fuir du village. Ainsi, ils restent caché dans le centre-ville pour protéger Létran et sa fille… Je les ai croisé une nouvelle fois, lorsque je partais avec ma petite troupe pour débusquer Otomius, et ils me semblèrent bien secrets, presque gênés de ma présence car bien concise fut leur conversation. Enfin, j’ai rencontré Helpic, en sortant de chez moi, le parchemin à la main, et il m’a pressé de me donner ce précieux bout de papier. J’ai bien sûr refusé mais, entêté, il a poursuivit sa demande. Cela, avant de fuir devant mon épée, qui a sûrement réagit à ma peur car elle semblait alors devenir brillante comme un soleil d’été, et investit d’une puissance bien plus importante que n’importe quelle autre arme de cette contrée. Je crains que Létran et Marion ne soit en danger, un bien grand danger !
- Vous avez raison, je pense, jeune Loght, répondit alors Tharein qui avait écouté le discours du jeune homme tremblant et suant encore de sa course à travers la ville, vous avez même fortement raison ! Bien fous vous avez été, tous, pour avoir accepter l’aide de personnes que vous ne connaissiez point ! Et de la part de marchassis !
- Ils nous avaient pourtant décrit le Marchas comme un pays aimé de la grâce, de la beauté et de la volupté de la Nature, et que seules les personnes sachant où aller peuvent le trouver…
- Le Marchas est un pays que seules les personnes assez folles pour vouloir y aller cherchent à le trouver jeune Loght ! Leur terre est divisée en deux, pour deux idéologies bien distinctes. Le Marchas du Nord où les Hommes ont été chassés de leur terre il y a de cela bien des décennies par les voleurs et les brigands qui ont alors élus domicile dans les chaumières de ces pauvres fermiers, et le Marchas du Sud, où nul ne ressort sans l’autorisation du roi, car il est fermé par une barrière magique, craignant que les marchassis du nord n’entreprennent quelques violentes conquêtes. Vu la description que vous m’avez faites de vos hommes, je pense qu’il s’agit bien des cruels marchassis du nord, envoyés par Hector ou Ylinore pour capturer Létran et le garder en lieu sûr, en attendant qu’ils ne viennent eux-mêmes le chercher. Ils sont désormais à nos portes, et Létran est d’hors et déjà capturé, ils le savent et ils n’attendent qu’un signe de leurs émissaires pour nous ordonner d’ouvrir la porte nord, laissant ainsi passer Létran et sa fille au main des marchassis. De plus, je ne sais comment, un de ces marchassis que vous nommez Helpic a su que vous alliez chercher le parchemin et vous a vu en sa possession. Je pense qu’il nous observe désormais de la ville, n’attendant qu’un instant d’inattention de notre part pour le voler. Soit pour sa propre cause, car ce « bout de papier » comme vous aimez à l’appeler est extrêmement important, et je ne le donnerai pas à Hector avant d’avoir compris entièrement son sens, soit pour faciliter la tâche de nos assiégeants qui craignent que nous n’obtempèrerions pas face à leurs conditions. »
Jeykomhus ne savait que faire. Il pouvait aller quêter Létran dans toute la ville, mais le temps de le trouver, l’ultimatum d’Omegasius tirerait à sa fin et le village se verrait envahit, ou attendre ici que se présentent les marchassis ayant sous leur joug Létran, pour passer la porte nord et le livrer à Omegasius. Il pourrait alors agir contre eux. Tharein semblait quant à lui plongé dans ses pensées les plus profondes, et le jeune homme vit sur son visage qu’il était lui aussi tourmenté par de nombreux sentiments.
« Après tout, reprit enfin Tharein après un long moment de silence, je me trompe peut-être quant au sujet de vos amis. J’ai connu plusieurs marchassis du nord qui, repentis, se sont tournés vers le bien et l’action du bien. Mais, au vu de leur attitude, je crains que Hector n’ai déjà conquit une partie du village avant même d’avoir fait passer la porte nord à ses armées. Il me faut désormais totalement décrypter le parchemin et les volontés de nos ennemis, car se trouve peut-être en lui une des clef de notre réussite. Hector a abattu désormais toutes ses cartes, du moins je l’espère du plus tréfonds de mon âme, à nous d’abattre les nôtres jeune Loght ! Nous savons ce qu’il veut et ce qu’il fera, nous avons encore l’atout d’une surprise avec une contre-attaque bien pensée mon ami. »
Le Magicien reprit ainsi toute sa grandeur et sa stature des plus grands hommes de cette contrée et, balayant le sol de sa longue cape qu’il portait désormais pour se prémunir du froid qui tombait peu à peu dans cette matinée au sein du Guervoyer, il partit en direction de Poloumst qui se tenait au pied de la porte nord, discutant avec plusieurs soldats et semblant tout aussi inquiet que ne l’était le Mage quelques minutes plus tôt.
« Poloumst, réunissez vos hommes vaillants et forts sur cette place pour dans une heure. Notre ennemi nous a surprit, à nous de conquérir ses sens et de le défaire sur son propre jeu. Vous, Jeykomhus, vous devriez aller dormir, car il m’étonnerait fortement que vous ayez put fermer l’œil dans la tour glacée de Fytrock, en compagnie des rats et de la solitude de la nuit. Il fait petit matin et le combat final pour ce village approche désormais, mais je ne pense pas qu’il y ait quelque chose à craindre pour l’instant. Vous pouvez sommeiller en paix jeune Loght ! Quant à moi, je m’en vais me reclure à ‘’La Vieille Mirotte’’ pour étudier, en compagnie d’un plat chaud propre à ce pays, ce si précieux parchemin qui nous apportera, j’en suis certain, bien des réponses à nos questions les plus étendues. »
Jeykomhus hésitait alors une nouvelle fois, entre refuser la si douce invitation d’aller dormir de Tharein et se préparer au combat comme le faisait si sérieusement Tibalt en examinant une à une les pièces de son armure puis observant longuement sa longue lame donnée par un des soldat de la septième armée, et la volonté d’aller se reposer au sein d’un lit chaud, en sécurité, et ce durant au moins une heure ou deux, car il n’avait alors pas dormit depuis fort longtemps car bien des évènements s’étaient déroulés depuis sa dernière nuit. Ce fut son corps qui décida à sa place car ses jambes, chancelantes, ne parurent plus vouloir se déplacer, et ce fut Poloumst qui le mena, en le portant, à une des maisons abandonnées bordant la place. Guidé par le jeune homme, le Commandant ne voyant toujours pas, ils montèrent péniblement les marches de l’escalier menant à la chambre du premier étage et Jeykomhus se glissa alors dans un lit, qui lui parut alors lit royal tant il était bon enfin de se blottir dans des couvertures chaudes. Malgré le bruit ambiant des milliers de soldats se situant dans la place voisine ou dans les rues adjacentes, il fut rapidement bercé par le crépitement de la cheminée qu’avait allumé Poloumst avant de se retirer pour quérir la centaine d’hommes que voulait Tharein. Ses paupières lui parurent de plus en plus pesantes tandis que sa nuque, douloureuse, s’apaisait soudainement avant qu’il ne plonge très profondément dans le sommeil. Contrairement à ses craintes avant de s’endormir, il ne rêva ni du combat, ni de ses ennemis, et encore moins de Morticus, comme si Tharein lui avait jeté un sort à son insu dès lors qu’il avait décidé que le jeune homme devait dormir. Mais à peine se représentait-il dans les grandes plaines verdoyantes du Guervoyer, avec en sa compagnie Marion, qu’il fut brutalement réveillé par un être qu’il n’avait encore jamais vu, un nain.
« Grés de colère, comme le dit le vieux Gatrak ! Grés de colère ! Grés de colère ! On se réveille avant que Houbrion ne prenne son épée et vous la fracasse sur votre pauvre petite tête d’humain ! Grés de colère ! »
Le jeune homme sursauta brusquement dans son lit et chercha sur ses hanches nues son fourreau, qu’il ne portait évidemment pas. Il se rendit alors compte de son état et de son dépit, et regarda le nain, fort étonné.
« Pardieu ! Un nain que voilà ! Jamais je n’eu vu un être de votre état l’ami ! Si petit que vous êtes, ceux de votre race !
- Allons, vous n’êtes pas si mal non plus jeune humain, car je pourrais aussi vous traiter de ‘’petit’’ par rapport aux autres personnes de votre espèce. Habillez-vous, je vous attend, mais faites vite bougre de nom ! Je n’ai pas traversé les champs ennemis pour me faire insulter par un vierge humain tout frais sorti du téton maternel !
- Sachez, l’ami, que j’ai déjà combattu des ennemis bien plus puissants que vous n’en verrez sûrement jamais de toute votre courte vie de nain, aussi courte que votre taille de nabot. »
Sur ce, Houbrion, fort énervé, sortit de la pièce en claquant la porte avec une telle force qu’elle faillit, et ce de peu, sortir de ses gonds. Mais le nain restait derrière celle-ci, attendant Jeykomhus qui sortait paisiblement de son lit pour s’habiller, heureux d’avoir eu le dernier mot à leur confrontation verbale. Cependant, il l’avait réveillé avec une telle violence qu’il se sentait revivifié, comme après une bonne nuit de sommeil. Il sortit alors et vit le nain à nouveau apaisé, affichant presque un sourire que le jeune homme ne pouvait qualifier de sincère, ou de forcé.
« Je suis désolé pour tout à l’heure, Houbrion, je n’aurai pas dû m’étonner ainsi de vous. Mais il faut me comprendre, je n’ai jamais vu d’autres races que les humains, à part les Elfes Létran et Marion, et les Elfes et Orcs ennemis que j’ai vu depuis la muraille, qui arborent tous une stature quasiment humaine aperçus de loin. Ainsi, voir un nain, ici, alors que je dormais profondément, je cru rêver, ou entrer dans un de ces contes pour lesquels je prend tant de plaisir à lire. J’espère ne pas vous avoir vexer…
- Me vexer ? Moi ? Houbrion de Liogefreltis ? Grés de colère ! Il m’en faut bien plus pour énerver un nain de cette lignée là… Vos excuses n’ont tout simplement pas lieu d’être mon ami ! dit-il en souriant de plus belle, un sourire que l’on avait peine à apercevoir à travers sa longue barbe pendante presque jusqu’à ses pieds.
- J’en suis fort heureux… Mais pourquoi m’avez-vous réveillé ? Et que faites-vous ici ? Car j’ai peine à croire qu’un nain soit venu jusqu’en Guervoyer pour réveiller Jeykomhus Loght.
- Vous expliquer toute l’histoire serait beaucoup trop long, et le temps guette le moindre de nos mouvements. Tout ce que je peux vous dire pour l’instant est que Tharein m’a envoyé vous chercher alors que je venais à peine d’arriver, j’espère que les civilités de bienvenue sont meilleures que cela en Guervoyer, car j’aurai tôt fait de repartir chez moi, en Abrinys !
- Combien de temps ai-je dormi ?
- Quatre heures m’a dit Tharein, vous en avez de la chance… Quatre longues heures, tandis que, pour ma part, je n’ai pas dormi depuis quatre jours ! Mais les nains, surtout venant des terres d’Abrinys, sont bien plus résistants que bien des humains que vous appelez ‘’forts’’.
- Quatre heures ! J’ai cru avoir à peine fermer les yeux avant de m’endormir… Bref, allons y, car Tharein ne m’aurait pas réveillé si il n’y avait pas affaire urgente en ce moment même. »
Ils se mirent ainsi en route vers la place de la Porte Nord, tandis que le vent du petit matin persistait de plus en plus fort, émettant des sifflements entre les bâtiments longeant la place. Dans celle-ci, il y avait toujours autant d’activités, mais elles semblèrent être menées plus silencieusement car, Jeykomhus ne l’apprit que plus tard, Tharein avait demandé le plus grand silence possible pour étudier le parchemin, et tous s’étaient exécutés. Ainsi, ils arrivèrent près de Poloumst qui s’activait toujours autant à guider ses hommes.
« Bonjour Poloumst ! dit alors Jeykomhus en levant la main en signe de salut, oubliant que le Commandant était quasiment aveugle.
- Bonjour Jeykomhus, nous t’attendions. Suivez moi mes amis. »
Sans autres formes d’explications, Poloumst se dirigea vers l’auberge ‘’A la Vieille Mirotte’’, assisté par un de ses soldats, tandis que Jeykomhus et Houbrion le suivaient sagement en file indienne. Alors qu’ils entrèrent à l’intérieur, tous furent des plus étonné de l’atmosphère de l’auberge car, autrefois, elle contenait l’air lourd des lieux de perdition de ce type, avec ses odeurs persistantes et une aura particulièrement aimé des alcooliques. Or, l’intérieur était désormais rangé, toutes les tables reflétaient la lumière des bougies installées sur chacune d’elle, tandis qu’une fraîcheur inonda le cœur des arrivants. Tharein était au milieu de la pièce et semblait être le créateur de cette nouvelle tranquillité instaurée, alors qu’il était toujours penché sur le parchemin et, pensait alors Jeykomhus, il n’en avait sûrement pas hotté le nez depuis ces quatre heures. A leur arrivée néanmoins il paraissait encore plus radieux que lorsqu’ils s’étaient quittés et son visage affichait calme, sérénité et un semblant de joie, sûrement dû au fait qu’il ait trouvé ce qu’il avait tant durement cherché. Et, en effet…
« J’ai trouvé Jeykomhus ! J’ai trouvé ce que Hector cherche en ce parchemin, du moins une partie, dit Tharein en se levant de sa chaise et en pointant son index vers le ciel, tel un prophète des temps anciens.
- Dites moi tout Tharein, mais ce devant un bon repas chaud, car mon sommeil m’a donné appétit…
- Houbrion, répliqua alors le Magicien, allez en cuisine et amenez nous donc les fameux plats du Guervoyer que j’ai fais réchauffer avant l’arrivée de ce jeune homme, car j’avais prévu sa grande faim.
- Mais, grés de colère ! Ma place n’est pas dans une cuisine ! Tharein, allez donc chercher…
- Cher Houbrion, coupa alors le Mage, je sais ce que vous avez enduré et c’est pour cela que je vous ai, à vous aussi, préparé un bon plat chaud, mais vous avez désormais bien travaillé et c’est Jeykomhus qui verra désormais les souffrances du travail sur ses épaules, je veux donc que nous le ménagions jusqu’à ce qu’il fasse ce qu’il a à faire ! Allez donc chercher les plats, car la patience me caractérise, mais je ne sais si je lui resterai fidèle bien longtemps face aux nains d’Abrynis, butés comme ils sont. »
A cela, Houbrion ne trouva rien à redire et partit donc aller chercher les plats dans la cuisine, en ruminant toutefois quelques mots miséreux sur sa condition. Tharein se rassit alors, et se tourna vers Jeykomhus qui brûlait d’impatience d’apprendre les découvertes du Magicien et le véritable but de la venue de ce mystérieux nain, au caractère des plus colériques mais qui avait dû plus endurer les colères des autres que son propre caractère.
« Tharein, je vous écoute désormais, que s’est-il passé durant mes quatre heures de sommeil ?
- Bien des choses mon ami… Mais attendez donc que le plat typique du Guervoyer n’arrive dans nos assiettes, je suis très friand de cette volaille fumée, servit avec une douce sauce aromatisée et une feuille de chou… Un délice pour les sens…
- En attendant, j’aurai bien d’autres questions.
- Tentez, et j’essayerai d’y répondre.
- Pourquoi n’avez-vous aucun pouvoir sur les Elfes ? Votre désarroi face aux armées ennemies m’a surprit.
- Il y a de cela bien longtemps, lorsqu’on me formait à la perception de la Magie, j’ai rencontré le premier être qui n’était point un homme, une Elfe, et je tomba éperdument amoureux d’elle. Son sourire d’ange et sa puissance charismatique propre aux Elfes de sa région me transporta bien plus loin qu’aucun être ne pouvait aller, mais un jour elle dû partir pour un village lointain, et plus jamais je ne la revit. Or, lorsque je commença à apprendre les sorts d’attaque, mes Maîtres s’aperçurent que je ne pouvais attaquer aucun Elfe, car mon amour pour cette race était désormais si grand que jamais je ne devais plus proférer la moindre menace ou tenter la moindre action contre eux. Voilà pourquoi, même lorsqu’ils sont mes ennemis, je ne peux rien face aux Elfes. Un pareil amour ne s’oubli aucunement, et me voilà alors démuni de tous moyens de les contrer.
- Mais il y aurait bien un moyen de stopper leur attaque ?
- Je ne sais pas, répondit alors Tharein après un moment de silence où il était plongé dans ses pensées avec son amour lointain, mais il n’est pas dit qu’ils osent attaquer.
- Le seul moyen serait de livrer Létran, sa fille et Tibalt, et à cela je m’y refuse. J’espère que les deux Elfes vont bien, aux mains des marchassis. Vous avez de leur nouvelle ? »
A cela, Houbrion ouvrit violemment la porte donnant sur la cuisine avec son pied pour rapporter trois assiettes fumantes, dont l’une tenait sur sa tête. Jeykomhus ria à cette vision mais le nain, non porté sur la plaisanterie, tapa du pied sur le sol pour que l’on vienne l’aider.
« Grés de colère ! Que l’on m’aide avant que cette mixture d’humain ne me tombe dessus !
- J’arrive, Oh le nain, dit le jeune homme en riant de plus belle. Asseyez-vous donc, nous avons tous à parler je crois. »
Houbrion ne se fit pas prier et alla s’asseoir en ayant préalablement déposé les deux autres assiettes sur la table tout en regardant Tharein d’un regard sombre, tandis que ce dernier ne lui prêtait aucune attention. A peine fut-il assit qu’il prit ses couverts et travailla à vider son assiette.
« Tharein, je vous écoute désormais.
- J’ai de bonnes et de mauvaises nouvelles, dit Tharein en mâchant lentement un morceau de viande. Les bonnes nouvelles sont que j’ai décrypté le parchemin et que je pourrai m’activer à trouver ainsi un moyen de contrer plus aisément Hector. De plus, notre ami, Houbrion de Liogefreltis nous a apporté de bonnes nouvelles du sud du Guervoyer. En effet, les petits villages alentour ont eu vent du siège et préparent désormais une centaine d’hommes réunis pour faire diversion pendant que la septième armée chargera. C’est peu, mais cela pourrait nous suffire pour ce dont j’ai besoin… Ensuite, les mauvaises nouvelles. Une fois annoncées, vous comprendrez pourquoi j’avais besoin de vous réconforter avec un plat chaud. La première est que Létran, sa fille et les potions ont passés la Porte Nord avec les marchassis pour rejoindre les forces ennemies, la deuxième est que Tibalt, à son tour, se prépare à se rendre.
- Comment ? dit Jeykomhus en jetant son verre à terre pour se lever avec fureur.
- Rasseyez-vous mon jeune ami. Nous les avons laissé passer car les marchassis se sont présentés à la porte avec, en leur main, des poignards menaçant de tuer Létran et sa fille. Voyant qu’il n’y avait plus rien à faire pour eux, j’ai décidé avec Tibalt qu’il valait mieux qu’il se rende lui aussi, pour apaiser Hector et son fidèle. Lorsqu’ils verront que nous nous plions à leurs conditions, et qu’il se pervertira dans la torpeur de la réussite, nous attaquerons et nous récupèrerons les deux Elfes et le garçon.
- Comment comptez-vous attaquer ? demanda le jeune homme en essuyant le sol de son pied pour sécher l’eau s’étant répandu sur le parquais près de son verre brisé.
- Nous attendrons jusqu’à la dernière minute de l’ultimatum, le temps que les villages voisins aient eu le temps de réunir leurs hommes. C’est là que vous interviendrez car vous sortirez avec Tibalt avec, en main, un faux du parchemin. Pour le reste de mon plan, je vous en ferai part plus tard dans la journée. Attention, il s’agit de tenter de garder en vie au moins un de quatre chevaliers de l’orage, pour que nous puissions réellement comprendre à quelle fin ils voulaient utiliser Tibalt. Les atouts de nos ennemis peuvent devenir les armes de nos alliés.
- J’ai encore une dernière question, demanda Jeykomhus en observant du coin de l’œil Houbrion qui ne semblait guère intéressé par la discussion mais plus par son assiette, d’où vient ce nain exactement ? Comment est-il arrivé jusqu’ici ?
- Houbrion, nain buté de son état, provient de la noble famille des Liogefreltis, une famille servant ardemment leur différent Roi depuis des générations, au fur et à mesure des sacres et des décès. L’on dit même dans son royaume que cette famille a au final plus perdurée dans le Palais que les Rois mêmes, et sont plus proches du pouvoir des Décisions concernant le royaume que l’on ne pourrait au premier abord le penser. Ce royaume, établit dans les montagnes d’Abrynis, a su ainsi arborer la prospérité propre à ses légendes à travers le temps, et a alors réchappé à l’inéluctable dégradation des plus grandes civilisations, se développant toujours plus, protégé par ces mêmes montagnes.
- Mais quel est son rôle ici ?
- Houbrion est partit de son royaume il y a de cela plusieurs jours désormais, et nous aurions du nous rencontrer dans les plaines au sud ce matin. Mais notre invité va lui-même conter son aventure, car il a des choses bien intéressantes à vous dévoiler, dit Tharein en tournant la tête vers le nain.
Mais Houbrion était totalement sourd à la conversation et les deux compagnons le voyait user d’une extrême concentration pour arracher une des ailes de la volaille, tout en gardant le blanc du ventre intact, car les nains adorent manger le blanc de poulet qui soit impeccablement découpé.
« Houbrion ! cria alors Tharein, fumant de colère.
- Oui… Je suis d’accord avec vous cher Tharein…, dit-il en acquiescent de la tête.
- Mais je n’ai posé aucune question bougre de nain ! Restez avec nous et racontez-nous plutôt votre escapade dans les terres profondes !
- Oh ! Je suis désolé, mais votre met local est un délice pour mes papilles de nain ! Mon histoire donc ? Ah oui, j’étais à notre lieu de rendez-vous, assit sur le manche de mon épée depuis plusieurs heures, lorsque je ressentis des vibrations dans la terre même. Vous savez, un Liogfreltis sent bien des choses concernant la terre, et elle ne nous cache que de très rares secrets. Mettant mon épée, mes genoux et enfin mon oreille à terre, j’écoutais patiemment le sol avant que ces perturbations ne réitèrent leurs grondements terrestre. Scrutant l’horizon, je ne voyais rien autour de moi, à part une vaste plaine étendue. Je décida alors de faire route vers le village où Tharein habitait, pour enfin apercevoir une volute de fumée, difficilement perceptible dans le ciel d’ocre, sachant que l’aube étendait à peine ses rayons de soleil à travers les montagnes lointaines. Courtes sont les jambes d’un nain, mais agile il est lorsqu’il s’agit d’aller aider un ami, pour sûr ! En seulement trois heures, je gagna les pourtours de la forêt entourant votre village, et je vis alors avec effroi que la vallée du Guervoyer était envahit par des armes de siège et de guerre terrifiantes et maléfiques, poussées par des êtres abominables, puants, répulsifs… Mon dégoût en fut tel que je me surprit à pousser un cri en voyant ces Orcs et ces Elfes pervertis s’activer à détruire la nature pour placer leurs engins de mort. Voyant qu’il y avait plusieurs milliers de soldats postés devant votre porte principale, et des dizaines d’archers (des plus compétents car ils s’amusaient à débusquer et à tirer le lapin à plus de deux cents pieds de distance !) répartis tout autour du village pour que personne ne puisse fuir, ou entrer, je ne pouvais pas même aborder les prémisses d’un plan pour accéder aux remparts. Cependant, je vis que plusieurs soldats installaient des tentes, au vu du long siège, et qu’un haut colonel très haut gradé, je crois Orc car il se trouvait dans une imposante armure cachant et son visage et sa race, indiquait à ses sbires l’emplacement où l’on devait lever sa tente. Celle-ci était majestueuse, bien plus majestueuse que sa propre personne, et devait assurément faire plus de trente mètres de hauteur. S’y engouffrèrent à l’intérieur ce colonel, un Elfe et enfin un autre homme, bien mystérieux celui-là, un de ces types qui vous fait peur rien qu’avec son regard. Bref, j’attendis là quelques minutes puis les deux premiers sont ressortis, suivit d’une heure plus tard par le troisième. Ni une, ni deux, vous pensez bien, je courus à pleine enjambée de nain et sauta à l’intérieur de la tente. Ce qui j’y vis fut infiniment plus incroyable que je ne le crus. En effet, je ne sais pas comment ils ont pu faire en si peu de temps, mais l’intérieur était totalement meublé par des objets tout en verre, en bois, et même en or. Vous connaissez l’attirance des nains pour l’or… J’approchais alors de ces nombreux objets de contemplation lorsque j’entendis au dehors des pas se rapprochant à une vitesse alarmante. Je sauta donc derrière un canapé au même moment où entra l’homme mystérieux, bien préoccupé. Il s’installa à une très petite table où était posé un parchemin, un très vieux parchemin puisqu’il ne le manipulait pas directement avec ses mains, mais avec des pinces bien étranges. Il resta ainsi jusqu’à ce que le soleil n’inonde enfin la plaine, puis il est à nouveau sorti, apparemment très tourmenté puisqu’il chuchotait sans cesse à un animal, un aigle je crois, se tenant sur son épaule. Le pauvre fou !
- Ce fut Morticus, vous l’aurez compris, ajouta alors Tharein à Jeykomhus.
- Je profitais alors de ce moment de répit pour aller observer ce parchemin de plus près pour admirer alors la finesse du trait des écritures, reprit alors Houbrion le regard noir d’avoir été interrompu après que le magicien l’ait si violemment pressé d’entamer son histoire, de la beauté de l’image qui prônait au milieu de la page, et je remarqua enfin que le tout était signé d’un K. Il m’a semblé voir sur cette image une sorte de montagne, ou de très haut plateau surplombant de vastes collines verdoyantes. Pour les écritures, je ne pus les décrire car elles n’appartenaient en rien à une langue connue, mais je crus comprendre qu’ils étaient destiné à décrire cette montagne, ou comment y accéder, ou son utilité. Mais je n’oubliais pas ma condition d’espion parmi plusieurs milliers d’ennemis, et je décida de laisser là ma trouvaille pour ne pas éveiller les soupçons de cet homme mystérieux. Je pris ensuite un costume oublié sur un canapé, je lui déchira ses trop longues manches et ses jambes bouffantes, puis l’enfila, en espérant pouvoir me fondre dans la masse. Cela ne fut guère difficile car parmi les soldats Orcs se trouvait le clan Belbet, réputé pour leur petite taille approchant celle des gobelins des collines du sud, et c’est ainsi que je me confondis à travers les autres puants. J’accéda difficilement à la porte nord, car lorsque enfin j’arrivais à sa hauteur, les dirigeants Orcs et Elfes ordonnèrent à leurs soldats de charger la porte, et quelques minutes plus tard celle-ci céda. J’eu failli alors trépasser dans l’attaque, car vos archers sont de bons tireurs, mais je pus me glisser parmi les corps, jeter à bas mon déguisement et escalader les gravas pour accéder à la cour du village. Et me voici enfin, là, à vous parler !
- Mais le plus intéressant, ajouta Tharein, est qu’il a put me faire une reproduction de cette dite montagne représentée sur ce parchemin, et le résultat est des plus incroyable. »
Tharein poussa légèrement son assiette de côté et déposa sur la table le papier sur lequel avait dessiné Houbrion. Cela n’évoquait strictement rien pour le jeune homme, et le magicien le vit bien. C’est alors qu’il entama une rapide explication et description du dessin.
« Voyez-vous, cette montagne n’est pas une montagne banale, bien au contraire, elle est unique de parce qu’elle renferme. Observez. Ici se trouve les collines que l’on appelle respectivement de gauche à droite Colline de l’Apre Combat, Colline du Séjour Gâté, Colline de l’Expérience Sacrée et enfin Colline de la Peur Mimétique. Mais le mot colline est tout relatif qu’il est, car ce sont en réalité de véritables montagnes, hautes parfois de plus de deux milles mètres, mais elles pourraient être comparées à des collines face à la Montagne dessinée, culminant à plus de cinq milles mètres. Cette montagne, les érudits l’ont longtemps surnommés La Montagne Nuageuse, car personne n’y a jamais posé le moindre pied, et tout ceux qui ont eu la chance de l’admirer ne l’ont fait que par très beau temps, et de très loin. Généralement, les voyageurs ne font simplement que la deviner derrière son rideau de nuages, perchée à cette incroyable hauteur. Vous allez me dire que ce n’est peut-être pas cette montagne là dont parlait le parchemin. Je n’étais moi-même pas certain de cette théorie, jusqu’à ce que je me rappelle des conditions d’Omegasius pour arrêter son siège et libérer les terres du Guervoyer de ses armées. Il voulait Létran et sa fille, pour Ylinore qui recherchait les derniers représentants Elfes de la forêt de Lémin ayant en leur possession les dernières fioles et formules magiques de son peuple, mais aussi le Parchemin du Guervoyer et Tibalt, et cela nous ne savions pas pourquoi. Cependant, je crois avoir deviné ce que veulent Hector Ramovis et Omegasius, et cela pourrait avoir une importance infiniment plus grande que ce village, ou encore nos pauvres vies. En effet, aucun voyageur ne peut accéder à la Montagne Nuageuse car chaque personne s’y ayant risqué n’en ait jamais revenu. Un seul homme, il y a de cela plusieurs dizaines d’années, avait réussit à traverser les trois premières collines et accéder à la Colline de la Peur Mimétique, mais il avait dû rebrousser chemin devant ce qu’il devait affronter pour atteindre la Montagne Nuageuse. La légende raconte que chaque colline renferme une épreuve précise, et qu’il faut impérativement l’accomplir pour accéder à une autre colline, et enfin gagner la Montagne Nuageuse. Personne ne sait ce que contient cette fameuse montagne, et c’est cette curiosité qui les a tous mené à la mort. Cependant, Hector doit subodorer ce qu’elle pourrait renfermer, et c’est pour cela qu’il use de tant de moyens pour trouver le Parchemin du Guervoyer et Tibalt, car ils lui donneraient les clefs des énigmes aux épreuves des quatre collines, et peut-être de l’épreuve ultime, celle de la montagne. C’est peut-être une théorie totalement fumeuse, mais ce que j’ai découvert sur le Parchemin du Guervoyer pourrait la justifier. »
Tharein prit alors un verre d’eau et le but lentement, si lentement que Jeykomhus et Houbrion regardait avec impatience sa déglutition et attendant frénétiquement la suite de son allocution.
« Le Parchemin du Guervoyer est la clef des énigmes des quatre collines, et le parchemin vu par Houbrion est le guide de lecture du Parchemin du Guervoyer, ajouta alors le magicien qui passa sa main sur sa barbe pour en retirer les fines goûtes d’eau y subsistant.
- Un guide de lecture ? dit alors le jeune homme, interloqué par la révélation du Sage.
- Oui, ce qu’a vu Houbrion n’est pas un langage, mais un long message codé. Je vais cependant vous rappeler ce qu’est le Parchemin du Guervoyer. Durant des milliers d’années, chaque Maire de Cotreck la capitale inscrivirent des informations sur ce même parchemin le dernier jour de leur règne, informations comprenant le nombre d’habitants, les noms de ces derniers, les lieux d’habitations ou encore le nombre de couple. Cela n’est guère intéressant pour nous, mais la tradition veut aussi que le Maire indique le nombre de voyageurs, leur nom, et aussi, cela amusent beaucoup les historiens, les histoires les plus intéressantes qu’ils relatent dans les auberges. Il y a plusieurs dizaines d’années, un voyageur du nom de Kaplantris raconta ses pérégrinations dans les collines de la Montagnes Nuageuse. Personne ne le crut mais le Maire, alors tenancier de l’auberge de la Vielle Mirotte, crut bon de retranscrire cette histoire qui lui plut énormément. Je vais ici vous la conter.
Mon père, un jour, me raconta
Une de ces histoires qu’on oublie pas,
Où voyageurs et Nature se combattent,
Et où les Hommes en vitesse, se hâtent
D’atteindre leur quête désespérée,
Pour enfin y trépasser.
Et je décida qu’un jour,
Il était venu, mon tour,
De prendre en main mon destin,
Et d’espérer en vain,
De gagner cette Montagne Nuageuse,
Que la légende dit creuse,
Et où l’on trouve milles Merveilles,
Vivant nos rêves en éveil.
Aucune peur je n’avais
Car dans cette vaste nuit de jais,
Où tout l’horizon était pénétré
De cette transpiration suintante et détestée,
Je voyais mon village disparaître,
Et je sus que jamais je ne reverrai tous ces êtres.
Dures furent les épreuves à gagner sur les collines,
Et jamais je ne découvris une vie, une ruine,
Dans ces landes oubliées où tout est desséché,
Dans ces contrés seulement par quelques voyageurs foulées.
Or, jamais je ne pus atteindre la Montagne,
Et je regagna ainsi la terre avec hargne,
Mais j’appris bien plus sur moi que chacun d’entre vous,
Car ces terres, là haut, seraient, pour l’âme, ses égouts,
Où l’Homme rejette tous ses malheurs,
Et qui reviennent ici soudainement au cœur.
Royale Mimétique ! Mimétique ! Jamais je ne te dépasserai,
Et en bas, assit à mon guet,
Je peux te contempler et me contempler aussi,
Car, tel un miroir, l’Homme s’observe dans la nuit. »
L’Homme et le nain s’observèrent en silence, tant bercée par la puissance du poème que par le fait qu’ils ne savaient en rien où le magicien voulait les mener. Mais ce dernier paraissait à l’orée d’une incroyable excitation, puisqu’il arborait un sourire que rarement ses amis ne virent. Il continua alors son explication, sa main tremblante d’une joie palpable.
« Souvenez-vous, je vous avais parlé d’un Homme ayant réussit à atteindre la colline Mimétique, mais qui avait du rebrousser chemin devant la difficulté de l’épreuve pour accéder à la Montagne Nuageuse. C’est lui, Kaplantris. Ce ‘’K’’ ne vous rappelle-t-il donc rien ? Houbrion avait dit que le parchemin trouvé dans la tente du colonel Orc et de Morticus était signé d’un ‘’K.’’, la coïncidence n’est alors ici pas de mise. Tout s’explique peu à peu ! Je vous avais parlé d’une clef, hé bien elle est sous nos yeux ébahis ! »
Jeykomhus et Houbrion se penchèrent tous deux sur le Parchemin du Guervoyer et ne virent rien d’autres que le poème retranscrit avec soin par le Maire, ce dernier n’étant pas encore Helger (Helger ayant prit ses fonctions le lendemain matin seulement).
« Décidément, il faut tout vous expliquer, poursuivit Tharein excité par ses découvertes. Un ancien code, utilisé durant la guerre contre les Dragons, fut inventé puis utilisé dans les messages envoyés entre les baronnies des royaumes, et celui-ci ne fut jamais découvert par les ennemis. Ce code, que l’on nomma Méador, le nom de son inventeur, aida grandement durant les batailles. Ainsi, nous avons toutes les chances de penser que Kaplantris a donné la solution pour déchiffrer son parchemin codé dans son poème même, car il savait que le Maire, alors tenancier de l’auberge où il était, allait retranscrire son poème dans le Parchemin du Guervoyer. C’était un moyen de garder, enfoui au moins quelque part, la solution.
- Mais cette solution, qu’elle est-elle ? Nous vous écoutons ! dit le jeune homme, impatient.
- Vous ne voyez toujours pas ? Prenez les premières lettres des six premiers vers des six strophes du poème et vous formerez Méador les amis ! Seules quelques personnes le connaissent. Utilisez le pour déchiffrer le Parchemin que Morticus cache dans la tente, le parchemin de Kaplantris, et vous trouverez le moyen de réussir les épreuves des collines. Ainsi, en indiquant dans son poème quel code utiliser pour comprendre son message, il prévoyait que quelqu’un aille un jour retenter l’exploit d’atteindre la Montagne Nuageuse. Ce que veut Hector est donc cette clef qui lui permettrait de déchiffrer ce parchemin. Il a du apprendre que Kaplantris est passé dans le village et qu’il a laissé la solution du décryptage dans le parchemin du Guervoyer.
- Mais comment réussir à prendre le Parchemin à Morticus alors que nous sommes assiégés ?
- Ai-je jamais dis que nous devions prendre le Parchemin ? Voulez-vous aller à la Montagne Nuageuse ? Elle est dangereuse, pleine de périls et elle symbolise le désir insatiable de nos envies les plus profondes. Un jeu des Dieux malins, voilà ce qu’est pour moi la Montagne Nuageuse. La solution la plus préférable serait de détruire le Parchemin du Guervoyer. Moi aussi j’ai une envie folle de savoir ce qu’elle renferme, mais nous ne pourrions y trouver que notre propre malheur.
- Nous ne pouvons pas le détruire ! Si ces personnes quêtent tant à y accéder, c’est qu’elle doit sûrement renfermer des choses incroyables !
- C’est un cœur perverti qui parle en vous Jeykomhus, et je suis certain que ces êtres dehors ne savent pas plus que vous ce que renferme exactement cette terrible et mystérieuse Montagne Nuageuse…
- Nous savons qu’il faut utiliser le code Méador pour déchiffrer le parchemin de Kaplantris, il suffirait d’aller leur voler le parchemin dans la tente…
- Jeykomhus, c’est inutile et trop dangereux. N’en parlons plus désormais. »
Le magicien avait désormais un regard rêveur mais sévère, car il était furieux de l’attitude du jeune homme qui ne comprenait pas la mesure du danger face à la Montagne Nuageuse, mais surtout face à Morticus qui détenait l’ultime information pouvant aider à réussir les épreuves des collines et de la montagne nuageuse. De plus, Tharein détenait encore un élément en sa possession que Jeykomhus ne connaissait pas.
« Jeykomhus, reprit-il doucement après un moment de silence, je ne vous ai pas tout dit concernant mes récentes découvertes.
- Hé bien Tharein, parlez donc ! répondit alors Jeykomhus, surprit par l’aspect soudainement mystérieux qu’avait prit le magicien.
- Durant mes pérégrinations dans les terres lointaines il y a de cela une dizaine d’années, j’ai découvert bien des choses forts étranges, qui hantent encore mon esprit fatigué aujourd’hui, et le feront désormais à jamais. J’y ai vu des sociétés secrètes arborant cruauté et perversité, où l’Homme se complait dans le vice et le mal le plus profond et le plus originel. Ces personnes, arborant de jour un aspect des plus banal, se révèlent la nuit où ils agissaient par leur plus pure volonté meurtrière. Les légendes parlaient autrefois d’eux comme des Vampires, mais les enquêtes des autorités ou encore des détectives ayant le cran d’enquêter sur les divers meurtres mystérieux qui agitaient la ville la nuit conclurent vite qu’il ne pouvait pas s’agir de ces morbides assassins démoniaques que sont les Vampires, car les tueurs se regroupaient le soir en réunion fermée avant de tuer, pour ensuite accomplir leur méfaits en groupe, ce que les Vampires ne font guère. Ce sont des philosophes, des docteurs, des banquiers ou encore des miliciens. Cependant, dans l’ombre, ils oeuvrent pour le mal le plus profond et le plus noir. Ils appartiennent à ce que nous appelons désormais les philagoras, des regroupements de l’ombre qui incluent plusieurs branches, comme les Etres Sombres, les Picarès, les Algaphètes ou encore les Destinés. Ils n’œuvrent que pour une seule philosophie, l’assouvissement de leurs plus cruels fantasmes, qu’ils soient meurtriers ou plus pervers, qu’ils pensent communs aux Hommes.
- Comment les avez-vous approché, vous qui en parlez si bien Tharein ?
- Cela n’a pour l’instant pas d’importance… Laissez moi poursuivre mon histoire. Les Algaphètes ont développé le pouvoir du contrôle de la pensée à partir d’une pierre, carrée, très ancienne se nommant la Iosé. Celle-ci, d’un noir profond et troublant, a en effet la capacité d’envoûter quiconque la regarde de manière intéressée, et convit alors à son propriétaire un grand pouvoir de persuasion sur sa victime. Vous m’avez dit que Morticus, le jour où votre père a été blessé, avait une pierre de ce genre, et qu’il vous a hypnotisé.
- Morticus, un Algaphète ? demanda Jeykomhus effaré par le fait qu’un tel homme l’ai approché. Je me souviens désormais que les gardes avait dit que j’étais entrer dans la maison comme possédé. Ce qui signifie que…
- Vous m’avez dit qu’un jour, vous avez retrouver Morticus, tenant cette pierre dans la main, en face de votre père qui semblait hors de lui. Il voulait sûrement pousser votre père à lui indiquer où était caché le parchemin du Guervoyer, et le pauvre homme ne se rendait compte de rien. Car il était, comme bous, hypnotisé.
- Vous insinuez donc que j’ai pu moi-même tenter de tuer mon père ! Inconcevable !
- Ce n’est pas vous qui guidiez vos gestes ! Mais un individu perfide conquit par le mal ! »
Jeykomhus avait le cœur soulevé par la haine et le chagrin, mais aussi un profond dégoût. Il revoyait le gardien sortir sa dague ensanglantée de son fourreau, son père baignant dans son propre sang, à demi-mort. Il ne pouvait imaginer qu’il avait lui-même tenter d’assassiner son père. Tharein, voyant le profond dépit de son ami, reprit la conversation.
« Mais je ne pense pas que Morticus travaille volontairement pour Hector car les Algaphètes ne travaillent que parmi leurs confrères philagoriens. Hector doit détenir quelque chose que Morticus veut, et il use de cet objet pour l’obliger à lui obéir… »
Jeykomhus se souvint alors de ce que Morticus lui avait dit lorsqu’il avait, pour la deuxième fois, pénétré son esprit, cette fois-ci sans user de la Iosé.
« Cesse de craindre, crois ce que tu comprends, car il y a encore à comprendre à ce qu’il paraît ! dit-il alors à voix haute, se remémorant la mystérieuse phrase de l’Algaphète.
- Pardon ? demandèrent Tharein et Houbrion en cœur.
- C’est ce que m’a dit Morticus, dans mon esprit, lorsque je suis allé chercher le Parchemin du Guervoyer dans le bureau de mon père.
- Il est à nouveau entrer dans votre esprit ? Vous auriez du me le dire Jeykomhus.
- Oui, ce fut d’ailleurs une vision bien étrange, où je vis mon père, là où il était avant d’être emmené chez le docteur.
- Tout esprit pénétré par une Iosé laisse une emprunte dans l’esprit d’un Algaphète puissant, qui peut alors pénétrer votre esprit sans user une nouvelle fois de la pierre. Mais pour cela, il faut qu’il soit proche de sa cible spirituelle…
- Cela veut dire qu’il était alors dans la pièce ! dit Jeykomhus, stupéfait de terreur.
- C’est possible, il devait chercher le Parchemin du Guervoyer, tout comme vous, et a du se cacher dans l’ombre en vous voyant arriver.
- Lorsque j’ai eu la vision qu’il m’a provoqué, il a du en profiter pour sortir de la pièce. Ainsi, il aura prévenu les marchassis, qui ne tardèrent pas à m’attendre au pied de la maison, prêt à me tuer pour récupérer le Parchemin. Mais pourquoi ne m’a-t-il pas attaqué lui-même ?
- Je crois qu’il craint, comme beaucoup d’autres, les épées au pouvoir mystérieux, répondit Tharein en pointant du menton Hépitoclès, rangée dans son fourreau.
- Je l’espère , dit alors Jeykomhus, le regard empli d’une colère fugace mais qui ne tarderait pas à animer le moindre de ses mouvements. »
Houbrion, après avoir terminé son assiette, avait écouté religieusement la discussion, les yeux perdus dans les songes les plus profonds. Tâtant sa dague de sa main, comme pour se rassurer qu’à un moment le combat viendrai, il frappa violemment du poing sur la table avant de lâcher un long soufflement d’impatience.
« Grés de colère ! Qu’attendons-nous pour récupérer vos amis qui sont entre les mains des ennemis ? Croyez-vous que ces orcs puants blafardes et que ces elfes stupides et butés resteront longtemps là, à attendre patiemment ? Maintenant qu’Ylinore à ce qu’il veut, Létran, sa fille et les potions, m’ai avis qu’il ne tardera pas à partir ou pire, à tuer ses otages ! Alors à l’action, pardieu !
- Houbrion a raison, acquiesça alors Tharein avec un air satisfait, je vais désormais vous présenter mon plan… »
Ils discutèrent ainsi durant une bonne vingtaine de minutes, avant qu’ils ne se décident enfin à sortir de la taverne. Ils traversèrent ainsi ensemble la cour, jusqu’à Poloumst qui avait posté ses soldats en rangs serrés et organisés, connaissant le plan du magicien.
« Tibalt est prêt ? demanda alors Tharein, en le cherchant des yeux.
- Oui, je suis prêt, répondit alors Tibalt de la Ferme du Vieux Perchoir. Est-ce véritablement utile que je me présente ainsi ! Par la barbe du vieux Griboucho, je suis ridicule ! »
Tibalt n’était habillé que d’une large robe, mais celle-ci arborait les couleurs de l’arc en ciel.
« Oui, c’est capital, dit alors le magicien arborant un regard des plus amusé.
- Les ennemis riront…
- Mais nous aussi, nous rions ! dirent alors en cœur Tharein et Houbrion. »
Jeykomhus, qui connaissait désormais le plan, n’avait plus la même inquiétude qu’auparavant, mais il craignait que le plan ne ratasse et que son ami ne se fasse tuer.
« Tibalt, prend bien soin de toi mon ami !
- Aie confiance en moi Jeykomhus, et aie confiance au mage ! »
A ces mots, Tharein ordonna à ce que l’on sonne du cor, pour prévenir les assiégeants que les assiégés voulaient communiquer avec eux. Le magicien gravit alors les marches de la muraille une à une pour se retrouver face à une marée perfide d’ennemis. Omegasius, posté sur son cheval noir, prit alors la parole.
« Nous avons tenu notre parole. Alors que votre Porte Nord avait cédée, nous n’avons aucunement tenté la moindre invasion de votre village. Cependant, vous n’avez satisfait qu’une partie de notre contrat, en ne donnait que Létran, sa fille et les potions, et cela ne fut fait que grâce à nos hommes de mains, les marchassis. Nous attendons désormais Tibalt de la Ferme du Vieux Perchoir, ainsi que le Parchemin du Guervoyer.
- Nous vous les apportons ! Cependant, nous vous demanderons de faire reculer vos armées de cent mètres de la porte, pour que Tibalt et le porteur du parchemin du Guervoyer puisse marcher jusqu’à vous sans passer par cette horde de puants que sont les Orcs, ou encore les Elfes pervertis. Ceci sera notre dernière demande.
- Soit, nous allons obéir, mais au moindre élément suspect, nous chargerons le village, et le raserons ! »
Omegasius, fidèle d’Hector, demanda à ce que l’on laisse un vaste passage libre, pour laisser passer le porteur ainsi que Tibalt. Tharein n’avait désormais plus qu’à espérer que son plan marcherait.
« En marche, dit Tibalt qui portait son habit pouvant s’assimiler à celui d’un clown.
- Allons-y, oui, ajouta Jeykomhus, marchant derrière Tibalt, portant un Parchemin dans ses deux mains.
- Analfégique ! cria alors Tharein à Jeykomhus ! N’oubliez pas, Analfégique ! »
Ils escaladèrent les décombres de la Porte Nord et arrivèrent dans un champ dégagé, mais cependant entouré d’une masse grouillante d’ennemis qui ne rêvaient sûrement que de les tuer. Ils les entendaient grogner, crier, rire ou encore cracher à leur passage, mais leurs regards restaient sûrs et droits, s’approchant des cavaliers noirs qu’ils ne pouvaient que deviner. Alors qu’ils étaient parvenus à la fin du chemin, et qu’ils voyaient Omegasius s’apprêter à descendre du cheval pour les accueillir, ils entendirent un grondement sourd, suivis de nombreux cris et complaintes. C’était une quinzaine d’orcs venant de se faire tuer par un lourd projectile provenant d’une lointaine catapulte. Rapidement, plusieurs centaines d’Hommes parcoururent la plaine pour se jeter contre les Orcs et les Efles, qui ne s’attendirent certainement pas à une attaque à revers, surtout que leur concentration était projeté vers les deux jeunes hommes.
« Attrapez les deux nabots avant toute chose ! cria Omegasius qui galopait déjà à leur rencontre. »
Conforté par le génie de Tharein, qui avait calculé que l’attaque des villages voisins n’attendait qu’un signe de leur part pour se lancer, Jeykomhus jeta à terre le faux Parchemin du Guervoyer et courut vers Tibalt, avant de se plonger sous sa robe.
« Analfégique ! cria alors Jeykomhus, espérant que le sort de la robe fonctionne. »
A ce mot magique, la robe se fondit dans la nature dont elle arborait les couleurs et devint invisible à l’œil nu. Les deux hommes durent ainsi esquiver les combattants, les flèches perdues ainsi que les morts tombant à terre, tandis que Omegasius cherchait du regard les deux fuyards.
« Rasez moi le village, ordonna-t-il alors, se résignant en sachant qu’il ne pourrait plus les trouver dans cette masse difforme de soldats entrechoquant leurs épées et leurs armures. Je veux voir l’horizon au sud ce soir ! »
Cependant, la septième armée déferlait déjà des décombres de la Porte Nord, Poloumst à leur tête, malgré sa cécité. Ce dernier était guidé par un de ces lieutenants, mais il n’était pour autant pas moins fort au combat. Il trancha alors maintes têtes d’ennemis cette après-midi là, et nombreuses furent les légendes forgées grâce à son nom. Ce qui est certain est que de la Bataille du Guervoyer, la mémoire collective se souvint plus du Fier Poloumst au Mille ennemis tués, que des deux Pleutres, cachés sous leur Robe Masquée ! Cependant, même après une heure de combat acharné, où Tharein tua plusieurs centaines d’Orcs seulement de sa muraille, et où des milliers d’ennemis furent mis à terre, sa conclusion était encore incertaine car les chevaliers de l’orage, Omegasius, Herré et Ylinore était encore en selle, et vaillamment combattaient. Quant à Morticus, personne ne savait où il se trouvait. Tous ceux approchant leurs lames ou encore leur arc furent vite mit à terre, et rares étaient encore les combattants qui se risquaient encore à les attaquer. Pleutre, Jeykomhus n’en a gardé que le rôle d’une lointaine légende, car voyant ses ennemis si proches, sa haine fut une nouvelle fois si grande, qu’il se dégagea de la robe et redevint ainsi visible à l’œil des ennemis. Il tira alors son épée de son fourreau et l’appela de toutes ses forces.
« Hépitoclès ! Gothar ! A moi ! Venez m’aidez pour les nobles causes ! Qu’autour de mes ennemis s’activent toutes choses ! Et que face à la vie, je sois pour eux synonyme de mort ! Et que face à eux je suis synonyme du funeste sort ! »
A cela, l’épée devint si brillante que les Orcs et les Efles fondant sur lui poussèrent un cri d’horreur et voilèrent leurs yeux de leurs mains ensanglantées par le sang de leurs ennemis.
« Laissez le moi, dit alors Herré à ses comparses, il m’a déjà battu une fois, a moi de le bouter cette fois-ci, et de le tuer ! Par ma foi, cela sera son dernier combat et son dernier appel ! »
Herré galopa jusqu’à lui et sauta à terre. Il dégaina une épée aussi longue que le jeune homme avant de pousser un long et pénible rire, qui firent même grincer les dents d’Omegasius.
« Point de cruauté Herré ! Tuez le et passons, nous avons à faire mais nous vous attendons, dit-il alors au bras droit de Balcius. »
A cela, Herré abattit lourdement son épée contre celle de Jeykomhus qui, a sa plus grande surprise, résista au choc. Il eut alors assez de force pour contrer son attaque et infliger à l’homme, plongé dans une lourde et puissante armure, une blessure au genou, là où l’armure peinait à le couvrir. L’ennemi poussa alors un cri rauque, et grande fut la stupeur d’Omegasius et d’Ylinore, qui observèrent alors le combat avec plus d’intérêt. Prit d’une rage sans nom, Herré fit basculer son arme de mort vers le jeune homme, mais celle-ci toucha le sol. Puissant et robuste était l’équipement d’Herré, mais bien trop lourd, il ne s’en était aperçut que trop tard, et la mort brutale pendait à son nez comme la stupidité qu’il arborait sans pareil. Malgré son handicap, Herré réussit à parer le rapide et le léger Jeykomhus, qui finit tant par le blesser aux genoux, aux épaules et aux cous, que l’homme s’écroula à terre, tant le poids de son labeur était lourd. Le jeune homme ne fut cependant aucunement prit de pitié, car Herré n’avait eut aucune pitié face à un vieillard Elfe ainsi que sa pauvre enfant, et il décida de ne pas attendre les complaintes de son ennemi pour l’achever d’un coup d’épée dans le cou, si bien porté qu’il coupa net en deux son œsophage ainsi sa colonne vertébrale, et sa tête ne tarda pas à vaciller, sans cependant tomber.
« Voilà ce qu’il advient aux marauds de ton genre. Puisse les Dieux devenir un meilleur guide que ton ancien Maître Balcius ! Je n’ai point eut de chagrin pour ta mort, et personne ne te pleurera, car jamais tu n’as fait le Bien. C’est dans la terre que tu te retrouvera lié avec les tiens ! »
Omegasius et Ylinore furent stupéfaits du combat auxquels ils venaient d’assister, et l’Elfe fut si émerveillé par l’épée du jeune homme qu’il sauta à pieds-joints à terre, pour marcher d’un pas assuré vers Jeykomhus.
« Soit, Herré était stupide et non vaillant, mais jauge moi et voit si tu peux survire ! En garde vil petit guerrier, que je ne tarderai pas à t’égorger de mes deux dagues ! »
Ylinore chargea alors, mais alors que Jeykomhus s’apprêtait à contrer une de ses attaques, l’Elfe tourna sur lui-même, fit un léger bond qui ne lui demanda apparemment aucun effort, et abattit l’une de ses armes vers le ventre de Jeykomhus, qu’il manqua de peu. Le jeune homme recula de quelques pas, étonné de l’agilité de l’Elfe, mais ne fut cependant aucunement impressionné. Il tournoya son épée et tenta de frapper l’ennemi sur son épaule, mais celui-ci esquiva l’attaque au dernier instant et planta sa dague dans l’épaule gauche de Jeykomhus. Il poussa alors un long cri de douleur, tandis que la deuxième dague allait s’apprêter à frapper le cœur. Mais il eut le temps de remonter son épée vers la cuisse d’Ylinore et l’y frappa violemment, ce qui lui fit perdre des mains ses deux dagues, avant de porter celles-ci vers sa blessure dans une longue plainte. Mais le jeune homme n’eut pas le temps de porter le coup fatal à son ennemi car Omegasius tira une flèche aux pieds du jeune homme.
« Point de coups portés sans que l’ennemi n’ait d’arme, dit-il alors, l’arc à la main. »
Rageant, mais préférant obéir plutôt que de se faire tuer par le cavalier, Jeykomhus attendit que l’Elfe puisse reprendre l’une de ses dagues. A cela, Ylinore fondit sur le jeune homme avec une étonnante rapidité, mais le rata une nouvelle fois de peu, sa douleur étant trop grande. Il se releva alors, fit quelques pas et réussit à lacérer la main de Jeykomhus grâce à son elfique dextérité , ce qui lui fit perdre Hépitoclès des mains. Le menaçant de le planter, Ylinore l’obligea à reculer pour ne pas qu’il puisse reprendre son arme. Le jeune homme aurait du savoir que les règles d’Omegasius ne fonctionne que pour ses alliés. Alors que l’Elfe allait s’apprêter à sauter sur son adversaire pour le tuer, une autre flèche siffla dans l’air et frappa le sol devant Ylinore. Jeykomhus pensait qu’Omégasius réagissait enfin face à cette inégalité qu’il avait quelques minutes plus tôt punis. Mais ce n’était pas Omegasius, qui cherchait d’ailleurs d’où la flèche venait d’être tirée, qui avait lâchée le projectile, mais un homme qui avait observé la scène avec beaucoup de satisfaction depuis le début, Lonacens Aormeveille.
« Ola l’ami ! Vous croyiez réellement que j’allais laisser mon libérateur se faire lâchement tuer ? Non ! Non ! Non ! Le fou vient et parvient ! Pour sûr, j’arrive à temps, et comme le temps est au combat, laissons celui-ci se terminer voulez-vous ? Jeykomhus, reprenez donc votre épée ! »
Jeykomhus avait alors une joie immense de revoir ici son ami de cellule de la tour de Fytrock, de la prison d’Unys. Il marcha alors vers son arme et la reprit, mais il percevait bien dans le regard de l’Elfe qu’il avait tramé dans son esprit malade un machiavélique plan. A peine eurent-ils à nouveau échanger les coups, qu’il courut vers son cheval en rangeant ses armes.
« Partons Omegasius ! Nous avons ce qu’il nous faut ! Nous raserons le village, et ce piètre guerrier avec lui, mais je ne veux point périr par sa lame alors que je suis blessé et que j’ai enfin entre mes mains Létran et sa fille ! »
Omegasius ayant reçut une éducation proche de la chevalerie, était quelque peu outré de voir l’Elfe ainsi se défiler, mais il était vrai que le temps passait, et que celui-ci perdu était autant d’ennemis non vaincus. Il aurait voulu lui aussi combattre Jeykomhus, mais en voyant Herré sur le sol herbeux de la plaine se vider lentement par son cou de son sang le rappela soudainement à des affaires plus urgentes et moins physiques.
« Trouvons Tharein Hacklem, lui saura où est le vrai Parchemin, avant que notre siège ne se transforme en une vaste plaisanterie ! Quant à toi, jeune guerrier, qui a combattu et vaincu Herré, nous nous reverrons un jour, et tu serviras d’engrais à mon sol si fragile ! »
Omegasius et Ylinore galopèrent vers le village sans regarder en arrière, et le jeune homme était désormais trop fatigué pour les poursuivre. Il s’assit à terre, l’épée pendante à la main, le regard fatigué mais toujours volontaire et mené par cette même hargne envers ses ennemis. Lonacens s’approcha alors de lui et posa la main sur son épaule.
« La fatigue vous anime désormais Jeykomhus, mais vous devez néanmoins vous lever. Vous ne voyez peut-être pas, mais autour de nous se trouvent encore plusieurs milliers de soldats combattants, et se retrouver au milieu de cette bataille, assit, équivaut tout simplement à vouloir mourir. Allez, relevez-vous, ce sera si aisé de marcher une fois fait quelques pas et quelques jeux de jambes !
- Vous avez raison Lonacens. Mais quel fut mon bonheur en vous voyant là ! Mais pourquoi n’êtes vous pas loin ? Si les gardes vous trouvent, vous retournerez sûrement en prison.
- Je voulais la liberté Jeykomhus, mais je me suis rapidement souvenu que celle-ci est bien plus grande que ma petite cellule de Fytrock ! Alors que je marchais dans les champs, à quelques miles de là, j’ai décidé de rebrousser chemin pour voir comment votre histoire se déroulait finalement. Mais voyant tout ceci, je ne suis pas mécontent d’avoir raté quelques chapitres de celle-ci.
- Mais cessons de parler ! Aidez moi à me relever ! Il faut trouver Létran et sa fille, Tharein pourra très bien se défendre par lui-même lorsque arrivera les deux chevaliers. »
- Et moi, vous m’oubliez ? dit alors Tibalt, qui se découvrit de sa robe.
- Hé ! Toi ! Tu ne m’aurais pas aidé pour deux sous lorsque je combattais !
- Pour sûr, si ! Comment crois-tu que Ylinore, malgré sa blessure, tombait parfois si aisément ! »
Ils rirent tous, ce qui eut le don de les soulager quelques minutes de leur peine, et s’activèrent alors à retrouver Létran et Marion qui, ils l’espéraient, se trouvaient toujours quelque part dans la plaine grouillante de combats épiques. Parcourant celle-ci en tentant d’éviter les Hommes, les Orcs et les Elfes tombant morts à leurs pieds, ils les cherchèrent des yeux, mais il ne voyait qu’une brume morbide s’abattant sur les êtres acharnés à tuer. Tibalt quant à lui avait préféré rester sous sa robe invisible, et accompagnait ses amis en courant derrière eux. Ils se dirigèrent vers l’orée de la plaine, d’où s’élevaient plusieurs tentes, dont l’une majestueuse qui avait auparavant été décrite par Houbrion. Ce nain ne tarda d’ailleurs pas à faire parler de lui car lorsqu’ils arrivèrent aux pieds de cette même tente, Jeykomhus, Lonacens et Tibalt le trouvèrent là, combattant avec son épée du mieux qu’il pouvait, contre une horde d’Orcs et d’Elfes qui tentèrent d’accéder à l’intérieur de cette dernière.
« Je crois avoir trouvé vos compagnons elfiques, Létran et sa fille, mais ces puants tentent de me mettre à bas pour les emmener, aidez moi !
- Tenez bon, petit bonhomme de nain poilu, nous venons, répondit alors Lonacens en bandant son arc.
- Merci fort bien ! »
Combattant avec force et hargne, le nain mit cependant quelques minutes à s’apercevoir que l’on venait de le traiter, lui, nain de Liogefreltis, de ‘’petit bonhomme de nain poilu’’, ce qui ne tarda pas à le mettre dans une colère noire et décupla sa capacité au combat. Jeykomhus, aidé de Hépictoclès, et Lonacens, de son arc fait d’un bois provenant des terres lointaines du sud, ainsi que Tibalt, qui avait tiré de sous sa robe une large dague, réussirent rapidement à mettre à bas les assaillants de Houbrion, et entrèrent ainsi dans la tente pour voir, stupéfaits, qu’elle était vide.
« Grés de colère ! J’étais certain que vos amis se trouvaient ici il y a quelques minutes…
- Oui mais, stupide nain, il y a une petite sortie derrière la tente, répondit une voix lugubre que Jeykomhus reconnut aisément.
- Morticus ! »
Ce dernier venait d’apparaître de derrière une large commode, d’où il avait apparemment observé l’entrée des trois comparses. Il resta immobile, inspectant chacun d’eux du regard.
« Morticus, vous êtes la cause de biens des soucis ici, et vous allez passer au trépas pour la simple vengeance de mon père !
- Doucement gamin, je ne vous ai pas longuement attendu pour combattre, car à maintes reprises j’aurai pu vous tuer, mais je cherche seulement à récupérer le Parchemin du Guervoyer. Je suis d’accord avec toi, trop de sang a désormais coulé, mais donne moi le parchemin et tout sera terminé.
- Je ne vous crois aucunement, esprit de malheur, Alphagète !
- Je ne travaille pas pour Hector et ses fidèles, mais je suis contraint de les aider. Comprenez moi que, depuis le début, je n’ai fait que les obéir en abandonnant toute ma raison.
- Combattez avec nous Morticus, car vous n’avez désormais plus que le choix du ralliement ou de la mort !
- Je vais donc choisir la mort Jeykomhus, mais vous m’en voyez peiné car elle sera vôtre. Helpic, Ratpler, Tijoën, Gapel ! »
Les quatre marchassis débarquèrent alors de derrière des meubles, ayant usés de leur incroyable dextérité et agilité pour se voiler dans les ombres du mobilier.
« C’est moi qui ai eu l’idée d’engager ces quatre marchassis qui, ma foi, ont une large compétence de la trahison et du meurtre. Le marchas noir d’où ils viennent ne connaît que l’argent pour seule religion, et pouvoir comme seule foi. Ils vous feront avouer où est le Parchemin du Guervoyer, ou du moins ce qu’il révèle sur le Parchemin de Kaplantris. Je savais que vous l’avez découvert, et c’est d’ailleurs pour cela que je vous ai laissé en vie dans le bureau de votre père. Tharein aurait tôt fait de comprendre le message voilé de Kaplantris, et m’aurait fait économiser un précieux temps. Désormais, avoués avant que ces quatre marchassis ne vous tuent, un à un. »
Les deux hommes et le nain tenaient toujours en leur main leurs armes, mais ils savaient les marchassis de meilleurs combattants qu’eux.
« Jamais je ne dirai quoi que ce soit, dit alors Jeykomhus en faisant tournoyer au dessus de sa tête son arme. Ce n’est pas ici que vous trouverez la solution !
- Hé bien soit, j’espère qu’Omegasius et Ylinore trouveront quelque chose de plus intéressant auprès de Tharein. Tuez les !
- Avec joie, répondit Tijoën avec un large sourire. »
Gapel sauta vers le nain, qu’il pensait comme une cible aisée, mais fut surprit par la rapidité qu’il déploya pour parer. Alors que Helpic fondit sur Jeykomhus, tandis Ratpler et Tijoën couraient vers le Lonacens Aormeveille, le nain combattait hargneusement et blessa son adversaire tant aux jambes qu’au visage. Cependant, Helpic était un fin escrimeur, et Jeykomhus peinait à parer ses coups et manquait souvent de se faire toucher au torse. Cependant, alors que le marchassis venait de parer à nouveau l’un de ses coups et qu’il s’apprêtait à abattre son épée sur le jeune homme, celle-ci fut retenue par une force invisible et il bascula en arrière. L’épée, qui avait échappée aux mains d’Helpic, semblait voler dans les airs, et elle s’abattit lourdement sur le marchassis qui succomba aussitôt.
« Encore une fois, merci Tibalt !
- A coup de traître, traître à demi ! répondit-il en observant la première de ses victimes sans un amer goût de honte dans sa bouche, tandis qu’il jetait à bas l’épée du marchassis et replongea son bras sous sa robe invisible.
Gapel peina à contrer les attaques du nain et finit par trébucher sur un meuble tandis qu’il recula. Le nain sauta alors sur son adversaire et le frappa d’un coup circulaire au cou, ce qui le lui trancha sans peine. Restait encore Ratpler et Tijoën qui combattait contre Lonacens, mais ses amis n’eurent en rien l’impression qu’il avait besoin d’aide. Usant de dextérité, d’agilité, de passion dans les gestes ainsi que d’une grande intelligence dans toutes ses actions, il n’hésitait pas à sauter de coffre en coffre, de table en table et ne s’arrêtait de parer que pour deux coups. L’un pour pénétrer l’œil gauche de Ratpler et lui pénétrer la tête jusqu’à voir sa fine lame de l’autre côté de son adversaire, l’autre pour le ventre de Tijoën, qui mourut sur le coup. Il essuya alors son épée avec un mouchoir blanc, la remit dans son fourreau puis rangea son mouchoir dans sa poche extérieure. L’on se souvint longtemps de ce combat dans les auberges du Guervoyer, car de ces quatre marchassis entraînés au combat, d’aucun n’avaient eut le temps de pousser le moindre cri avant de trépasser.
« Je ne savais pas que vous combattiez si habilement, Lonacens Aormeveille !
- Il y a bien des choses que vous ne connaissez pas à mon sujet, Jeykomhus Loght !
- J’aurai voulu parler avec vous plus longtemps, mais votre Morticus a taillé la route ! dit le nain en pointant de son index la petite sortie se trouvant derrière la tente.
- Pardieu ! répondit Jeykomhus, pressons-nous car il est le seul à savoir où se trouvent Létran et sa fille. Allons ! »
Ils coururent vers le fond de la tente, où ils trouvèrent effectivement une petite sortie taillée dans la toile dure, et virent de nombreuses traces de pas en sortant, en direction des bois entourant le village.
« Ils doivent se trouver loin en ce moment ! Mais ils sont apparemment vivants. Faisons route vers le village, Tharein a sûrement besoin d’aide. Nous partirons à leur poursuite plus tard !
- Tharein ? De l’aide ? Mais c’est un magicien des plus fort ! Il vaincra vite ses ennemis ! Nous devrions dès maintenant nous mettre en route pour sauver vos amis enlevés ! dit alors Houbrion, assuré du pouvoir de Tharein Hacklem.
- Non, car avec Omegasius se trouve avec Ylinore, et notre ami ne peut combattre les Elfes, rappelez-vous ! »
C’est ainsi qu’ils se mirent en marche vers le village, essayant d’éviter les combats tumultueux qui faisaient rages dans la plaine, et espérant que celui-ci tourne à leur avantage. Arrivés à la Porte Nord, ils escaladèrent ses décombres pour s’apercevoir que la cour principale du village était vide de toutes personnes, à part quelques villageois qui s’activaient à éteindre les bâtisses encore en flamme. Jeykomhus, qui arrêta l’un d’eux, lui demanda alors ce qu’il était advenu du magicien se trouvant sur la muraille.
« Tharein ? Il est descendu en courant et est sorti par la Porte Nord. Nous ne l’avons plus revu depuis. »
Ils s’activèrent donc à ressortir du village, évitèrent les flèches, les pierres lancées par les catapultes tant amies qu’ennemies, pour enfin voir le magicien, au loin, se battre contre les deux cavaliers.
« Courons à son aide, vite ! cria Jeykomhus, voyant que le magicien peinait à se maintenir debout. »
En effet, Ylinore prenait du plaisir à le frapper, tandis qu’Omegasius se tenait plus loin, observant.
« Où est le Parchemin du Guervoyer ! Dit le ! criait-il à ses oreilles meurtries tandis qu’il abattait sur lui ses poings gantées.
- Vous ne saurez rien, Elfe Mauvais et Incapable !
- Je te donne une dernière chance sale vieillard… Dit moi où il se trouve, et tu succomberas d’une manière des plus honorable. »
Tharein n’eut pas le temps de répondre car une flèche perça le vent et frappa l’épaule gauche d’Ylinore, qui tomba à terre, gémissant de douleur. Omegasius tourna alors la tête vers les trois amis et souffla.
« Encore vous… Hé bien, vous m’en voyez terriblement lassé ! J’espère au moins que vous nous apportez au moins la réponse à notre ultime question. Où est le Parchemin du Guervoyer ? dit-il d’une voie calme et posée.
- Je ne suis pas là pour vous répondre, mais pour protéger un ami.
- ‘’Ca’’ ? Je savais qu’il ne pouvait rien faire contre les Elfes, et heureuse fut ma surprise lorsque j’ai découvert que Létran et sa fille se trouvaient ici, dans le village. J’ai pu alors contacter Ylinore et ses troupes, qui m’ont apporté une grande aide ici. Et regardez désormais, l’un des plus grand magiciens de toutes ces terres, roulant à terre, rougis par son propre sang, à cause d’un simple Elfe.
- Mais cet Elfe est pour l’instant à terre, répondit alors Tharein qui se relevait péniblement. Vous allez désormais payer le prix de vos insultes ! »
Il éleva alors la main droite au ciel puis la dirigea vers Omegasius, qui fut alors immédiatement projeté hors de la selle de son cheval, et se prit le pied dans son attirail, ce qui le fit douloureusement tomber la tête la première contre le sol. Son casque s’écrasa contre son crâne endolori et il tomba à demi inconscient dans son armure, la jambe toujours portée par son cheval mais le reste du corps allongé sur le sol.
« Occupez-vous désormais de cet Elfe, dit alors Tharein en se tenant les côtes. Je vais me soigner au village, nous nous y rejoindrons. Ah, et quant à vous, Tibalt, oui, je vous vois malgré le sort d’invisibilité de votre robe, venez avec moi. »
Ils partirent alors tout deux vers le village, laissant Jeykomhus, Lonacens et Houbrion, seul face à Ylinore blessé par le combat avec le jeune homme et la flèche perchée sur son épaule, et Omegasius, assommé.
« Devons nous les neutraliser, et ce définitivement ? demanda Houbrion avec perplexité.
- Non, je ne crois pas. Nous avons encore besoin d’eux, répondit Jeykomhus. »
Ils s’approchèrent tout d’abord d’Ylinore, et Lonacens se pencha vers lui pour lui arracher la flèche de son épaule. Ils le remirent debout et tirèrent leur épée de leur fourreau.
« Où est Létran et sa fille ? demanda Jeykomhus, approchant sa lame du torse de l’Elfe.
- Ils sont loin d’ici.
- Parlez donc ! Ou vous ne verrez pas la prochaine journée !
- Ils sont partis vers notre village…
- Dans les forêts Léminoises ?
- Oui, mais la contrée du Lémin est, pour les non initiées, un lieu de mort et de péril. Vous ne reverrez jamais vos amis.
- Je saurai les retrouver malgré les obstacles qui se dresseront devant moi.
- Si vous verrez, vous aussi, le jour du lendemain. »
Ylinore prit alors une dague de sa main droite, caché sous sa veste et tenta de poignarder le jeune homme, mais Jeykomhus eut le réflexe de lever son épée, et lui trancha le bras gauche jusqu’à son épaule. Il poussa alors un long et terrible cri. Tombant à terre à maintes reprises, il fuit vers le bois, geignant d’une douleur extrême. Houbrion allait alors s’apprêter à le poursuivre, mais le jeune homme le retint.
« Non, il va mourir dans les bois ou, au pire, sera tué par les vautours. Laissons le succomber en paix, parmi les arbres, voilé par nos yeux indiscrets.
- Et si il revient avec d’autres soldats ?
- La bataille est finie regarde, observe la plaine.
- Jeykomhus a raison…, ajouta alors Lonacens, qui observait la plaine avec dépit. »
En effet, celle-ci était recouverte de corps, peinture teintée de gémissements ou encore de quelques coups d’épées jetés à quelques endroits encore du terrain, mais la Bataille du Guervoyer était finie. Ils pouvaient apercevoir, juché sur un tas de morts Orcs, Poloumst qui élevait fièrement le drapeau du Guervoyer en signe de victoire. A jamais dans leur cœur, des vainqueurs comme des vaincus, ils se souviendront de cette rouge journée.
« Allons nous occuper d’Omegasius alors, décida Houbrion
- C’est le bras droit d’Hector, il pourra nous être d’une grande utilité. »
Mais celui-ci était déjà réveillé et remontait sur son cheval. Fier, mais profondément triste de la défaite, il les salua.
« Je ne suis point mauvais perdant, vous avez vaincu. Cependant, nous nous reverrons, et ce jour là, puissiez-vous être aussi bien accompagné. Au revoir ! »
Il fit basculer son cheval et disparut lui aussi dans le bois entourant le village. Là aussi, il fut décider de le laisser aller, car la bataille était finie et il ne servait en rien d’avoir un otage, même de prix. Ils s’activèrent donc à retourner au village, les membres cependant endolories, et une grande joie inonda tout le village qui avait perdu la vie depuis que Helger le Maire avait été blessé. Tous se pressèrent vers les chevaliers retournés du combat, vers Poloumst qui fut célébré en grandes pompes, mais bien peu vers nos amis qui avaient combattus les instigateurs de cette bataille. Une grande fête fut alors organisée, et le vin, les mets et les rires devinrent alors banals durant toute la soirée. Attablés à une table, Jeykomhus, Tharein, Tibalt, Lonacens, Poloumst et Houbrion mangèrent et burent tant qu’ils peuvent pour célébrer leur victoire, mais Jeykomhus avait le regard amer, car malgré les rapides fouilles du bois, ni Létran, ni sa fille ne furent retrouvés. Tharein le vit bien et lorsque le jeune homme sortit de l’Auberge de la Vielle Mirotte, le magicien le rattrapa pour lui parler.
« Jeykomhus, je connais ta douleur, mais nous allons tout faire pour retrouver nos amis. Si tu veux, tu partiras demain matin, accompagné de l’escorte que tu souhaiteras, pour te diriger vers le Lémin.
- Seulement moi ? Tu ne viendras pas avec moi ?
- Non, j’ai désormais bien des choses à faire car quelque chose se trame en ces lieux, et Hector m’étonnerait si il ne retenterait pas d’acquérir le Parchemin du Guervoyer. Il se trouve quelque chose de bien étrange dans la Montagne Nuageuse, et je vais chercher ce qu’il s’y trouve. Quant à vous, aller retrouver nos compagnons communs, et tirer les des griffes d’Ylinore. Je crois qu’il y a encore bien des choses que nous n’avons pas comprit, mais la nuit porte conseil.
- Je ne partirai pas sans que mon père n’aille mieux, tu le sais magicien. »
Ils se saluèrent alors dans les pénombres de la nuit naissante, avant que Jeykomhus ne s’attarde à observer les étoiles brillantes dans un ciel d’ocre tourmenté et si loin des festivités. Il marcha d’un pas rapide vers la clinique où son père reposait, passa quelques minutes plus tard le seuil de sa chambre pour y découvrir un être las, tant de la vie que de ses idéaux si longtemps portés, désormais en vain. Il vit dans la main droite d’Helger une épée argentée, et reconnue la lame avec laquelle il fut sacré Maire, des années plus tôt. Cette arme de cérémonie n’avait jamais servie, mais il était coutume que la mourant ne la garde près de lui avant de succomber aux obscurs ténèbres de la mort. Helger eut la force de lancer un regard à son fils, avant de reposer celui-ci vers le plafond, comme remerciant les Dieux d’avoir épargné son fils des périls de cette fratricide journée, qui a vu bien des hommes tomber sur les champs des combats. Jeykomhus, les larmes aux yeux, se rua vers lui et lui baisa les mains, comme pour le rassurer et l’empêcher de trépasser, mais il aurait alors fallut bien plus que cela pour le ramener à la vie, car Helger avait prit sa décision.
« Père ! Vous, si frêle et malade, cela ne vous ressemble guère. Usez donc de vos dernières forces pour vous hisser au delà de la torpeur et regagner un semblant de vie !
- Le temps est pour moi révolu mon fils, et de la vie je vais bientôt atteindre le dernier stade mortuaire. Je ne crains rien, car je sais que tu me vengeras, je sais que tu trouveras mon assassin et que tu l’envoieras aux côtés des perfides, mort. Jure moi que tu me vengera mon fils.
- Je ne sais si…
- Jure !
- Je ne peux…
- Jure donc !
- Je le jure, Helger.
- Alors je peux partir en paix…
- Mon père… Je sais qui vous a infligé tant de peines et de douleurs, car il se porte près de vous.
- Où cela ? Parle donc ! dit alors le père agité par de fortes convulsions.
- Ce tueur… C’est moi. »
A cela, le père eut une profonde révulsion de terreur et d’incompréhension, avant de serrer si fortement le pommeau de sa lame qu’il manqua de le briser. C’est ainsi qu’il mourut, son fils à ses côtés, son tueur sur son flanc pleurant la mort de sa victime. Mais il savait qu’il allait venger son père, qu’il allait tenir sa promesse, non par sa propre mort, mais par celle du manipulateur, Morticus. Il prépara donc son voyage pour retrouver Létran et sa fille, et partit quelques heures plus tard, tandis que ses compagnons, hormis Tharein, le suivirent dans ses nouvelles pérégrinations. Une aventure venait de se clore, tandis qu’une nouvelle ne faisait seulement que commencer, désormais loin, bien loin du sein du Guervoyer, où chantent les nuages et où le soleil ne se couche que pour trembler de la nuit palpitante.
Fin.
Me revoilà les amis, pour mon background. Avec l'installation du nouveau forum, il y a apparemment plusieurs fautes de frappe qui se sont insérés dans les anciens écrits, je corrigerai cela lorsque j'aurai le temps. J'ai donc, comme vous le savez, fini le Tome I, que je nommerai La genèse de l'esprit, et je publie ici les premières pages de mon Tome II, qui restera sans nom jusqu'à sa fin. Comme d'habitude, je garde un peu d'avance sur la publication ;) Bonne lecture.
Intermède.
Le feu illuminait désormais tout le bois environnant tellement sa puissance et son ardeur furent décuplées au fil du récit. Tous avaient ardemment écouté les dires de l’homme, Jeykomhus Loght, qui s’appuyait désormais sur un vieux bâton gâté par le temps orageux de la plaine, tandis qu’il embrassait du regard les moindres faits et gestes de ses interlocuteurs. Létran, aveugle de son état, ne pouvait qu’imiter par l’idée l’atmosphère régnante, et percevait l’aura dégagé par l’orateur tant il était mû par la fougue de sa propre biographie. Les enfants attendirent avec impatience la poursuite de cette histoire, mais Jeykohmus, maculé par sa barbe blanche et des rides traduisant, non pas une fatigue latente, mais une connaissance et une expérience qu’un homme n’acquière que lorsqu’il est confronté à sa propre adversité, avait désormais le regard penché vers un autre monde. Acquérir la connaissance n’était pas un acte anodin et sans conséquence pour lui, c’était porter la responsabilité de transmettre le savoir, et de pouvoir obtenir de son entourage la réceptivité qui lui était dû. Il avait alors trouvé en ses jeunes spectateurs de merveilleux dons à l’écoute, et avait alors utilisé la possibilité de transmettre le savoir par son histoire.
Deuxième partie. Tome II
L’acceptation de son propre passé est inéluctablement lié à la compréhension de sa propre personnalité. Cela, Jeykomhus Loght l’avait comprit il y a bien des années, et s’accordait toujours sur le fait que l’ouverture de soi vers le monde n’était finalement dû qu’aux propres épreuves qu’il avait traversé. C’est pour cela que jamais personne n’entendit se plaindre l’homme de ses cicatrices et des ses nombreuses blessures, physiques et morales, car elles traduisaient son ascension vers une nouvelle conception de soi et du monde. Lorsqu’il avait prit dans ses bras la jeune vierge Marion pour lui baiser les mains, lorsqu’ils s’étaient trouvé seuls après le mariage, il avait immédiatement comprit qu’il ne pourrait violer cette pureté naturelle, et que son destin n’était en rien comparable à celui d’un homme pouvant jouir du simple bonheur charnel, mais qu’il devrait acquérir la plénitude qu’à travers les souffrances consenties. Tel un jeune Homme d’Eglise découvrant les applications du dogme, il sombra bien vite dans la mélancolie, une mélancolie qui devint plus qu’un sentiment, mais se mua en Muse divine lui chuchotant à l’oreille les préceptes et les prémisses d’une destiné déjà accomplie. Dans ce doute complet sur sa propre existence, rien ni personne n’aurait pu l’aider, car ce sentiment désormais inaliénable à la personnalité du garçon le conduisait à penser qu’un déterminisme fataliste allait inéluctablement s’abattre sur lui. Cela, il ne sût jamais comment, mais il était persuadé qu’un jour, il devrait faire des choix qui décideront de la vie, ou de la mort, de ses proches. Ce Jeykomhus Loght au coin du feu, désormais âgé, au regard rêvant d’un passé lointain, avait déjà fait ces choix, et il avait eu raison étant jeune homme en pensant que des choix devraient être pensés puis accomplis. Ce vieil homme, qui gardait néanmoins une allure svelte et un tempérament fougueux qui se traduisait par son épée Epitoclès désormais vieille, effilée et usée. Les objets avaient vieillis, mais l’esprit était resté le même, frais et toujours disponible, avec cette même activité sur le monde qui avait tant séduis ses amis étant jeune. Mais il rêvait désormais, ce genre de rêve que seul un homme qui a longtemps hésité sur sa condition peut faire, et il voyait amèrement bien des amis trépasser, bien des hommes tomber, et encore plus de c½urs brisés par l’appel inopiné d’un destin achevé.
« Aguelandre…, chuchota alors l’Homme, comme répondant à la voix sourdre d’un esprit invisible.
- Pardon, l’ami ? demanda alors Létran qui ne reconnut pas ce nom.
- Rien, n’écoute point les dires du délire de l’homme songeant. Je te raconterai peut-être plus tard. »
Alors qu’il allait à nouveau se plonger dans les affres de son esprit tourmenté, les enfants élevèrent soudainement la voix en c½ur, comme dans un élan de protestation commune.
« Toi qui conte si bien, Jeykomhus ! Pourquoi t’arrêtes-tu donc ? Nous qui écoutions avec tant d’intérêt ton histoire, voilà que des souvenirs bien lointain t’appelle et te somme au présent. Que s’est-il donc passé ensuite ? Comment as-tu sauvé Létran ? Qu’est-il arrivé à sa fille ? As-tu combattu à nouveau Omegasius ? Et Hector ? Bien des questions nous animent, mais peu de réponses nous parviennent. Nous attendons.
- Voilà des enfants bien exigeant. Bien long fut mon récit, et bien tard il est maintenant. Ne devraient-ils point aller se coucher, Létran ? »
Après un soulèvement général des enfants, qui hurlèrent à la mort pour convaincre le vieillard, ce dernier accepta, en riant à pleine dents, qu’ils puissent rester près du feu encore quelques heures, pour écouter la suite de l’histoire. Jeykomhus sourit lui aussi à son auditoire, et décida alors de poursuivre son récit.
« Je m’étais arrêté alors que Tibalt, Lonacens, Poloumst, Houbrion et moi-même étions partis vers les mystérieuses terres d’Ylinore, le Roi des Elfes Aquilins comme nous les nommons désormais, le Lémin. Bien lointaines étaient les terres léminoises et, tandis que nous marchions le baume au c½ur après la mort de mon père, Tharein était parti vers le terrible royaume d’Hector, pour enquêter sur ses volontés projetées vers la Montagne Mystérieuse… »
Il faisait nuit et un orage lointain éclaircissait parfois le ciel d’ocre parsemé de nuages d’un grisâtre et d’un noir oppressant. Nos cinq amis marchaient depuis désormais plus de quatre mois et n’avaient rencontré sur leur chemin que vallées, montagnes et landes de terres désertes, animées par les corbeaux et les bêtes de proies. Il faut souligner le fait que Poloumst avait recommandé ce passage au début de leur périple pour sa facilité mais surtout pour sa discrétion, car il ne fallait en aucun cas que des espions d’Hector, ou pire, d’Ylinore, ne les repèrent et n’alertent des camps barbares parsemant la région, dans le seul but de leur barrer le chemin. Selon Poloumst, pratiquement aveugle mais ayant désormais bien des sens accrus par sa vision amoindrie, avait annoncé quelques jours plus tôt, au seul touché d’une trace de pas laissée dans la boue, qu’ils n’avaient que quelques heures de retard, tout au plus une vingtaine, sur les orcs ayant enlevés Létran et sa fille, Marion. Cependant, ils avaient beau épier chaque buisson suspect, chaque ombre perchée en haut d’une colline, ils n’avaient plus vu Ylinore, qui avait été touché par Jeykomhus lors d’un inégal duel. Tous savaient qu’il n’était pas mort, mais la perte de son bras gauche l’interdisait sûrement d’avoir le même train de marche que les cinq compagnons. Ainsi, la seule possibilité était qu’Ylinore était derrière eux, les suivant avec seulement un ou deux jours d’intervalle, et cela ne les réjouissait guère. Savoir que ce terrible prédateur Elfe, qui avait par le passé eut raison de bon nombre de ses ennemis par la seule force de ses mains, gâtait la nuit des cinq amis, et il fut rapidement décidé qu’un tour de garde serait instauré, par simple excès de prudence. Cependant, à part quelques bruits étranges durant les nuits noires, ils ne virent jamais rien durant ce temps de veille. C’est ainsi qu’ils arrivèrent forts heureux à la première auberge égaillant la principale route commerciale, qu’ils avaient désormais rejointe. La soirée était déjà entamée lorsque, sous une pluie battante, ils entrèrent dans la vieille bâtisse de bois où régnait une chaleur conviviale emplie d’une odeur d’alcool tant aimée. Alors qu’ils refermèrent la porte, ils ne virent point derrière eux une étrange petite ombre, avançant d’arbre en arbre, se cachant des lumières tant artificielles que lunaire. Cette auberge se nommait ‘’Au petit périple’’, et son barman traduisait en lui seul les clients qu’il servait. Vieux, rabougris, son nez rougit par les consommations abusives semblait gagner en largeur à mesure qu’il déployait ses dents pour sourire aux nouveaux arrivés.
« Qué-je vous sert-y pas ?
- Une soupe chaude, pour nous tous, répondit Jeykomhus.
- Qué soupe ? Poulaille ? Lapinou ? Ou Chien-chien ? demanda le barman, amusé de voir ici des voyageurs, ce dernier ayant l’étrange ressemblance d’un démon mythologique. »
A cela, le tenancier passa la main sous son bar et en tira une poule dans une cage, à demie-morte, ou droguée.
« Vlà la poulaille !
- Nous prendrons une soupe aux herbes, dit Jeykomhus avec un soudain empressement au vu de la marchandise proposée. »
Ils s’assirent alors tous à une large table ronde et ripaillèrent dans la joie, l’insouciance du moment, et surtout dans la tranquillité. Seuls étaient présents une trentaine d’hommes d’un village voisin, tout au fond de la salle, semblant écouter un homme au costume bien tenu, petit et barbu, debout sur une table en levant les mains vers le ciel, tel un prophète. Interloqué, Lonacens demanda au tenancier l’identité de cet illuminé.
« Qué c’est l’bérion !
- Le bérion ?
- L’Abbé-Ryon, corrigea le barman accordant une soudaine attention particulière à son articulation.
- Et que fait cet abbé, debout sur une table, excité de son état ? Pardieu, diantre, il aurait presque l’air aussi fou que moi !
- L’fé son discours journalier ! Y’pé d’Eglise à s’trou du cu du globe, alo’ faut bien fé la messe qu’part ! M’faut dir’ qu’il est bien bourré, l’abbé ! répondit le tenancier en oubliant ses quelconques préoccupations linguistiques. »
Amusés, les six amis se levèrent pour aller écouter la parole ecclésiastique et grand fut leur étonnement devant son discours lorsqu’il tendirent l’oreille pour y capter le message divin.
« Et comme je vous l’ai toujours dit, comme Gothar le Grandissimalissime génie de Toutes Choses Communes peuplant nos vallées, il n’y a pas de joie sans peine, pas de victoire sans douleur ! Tiens, Giblérie, donne moi ta chope que tu laisses traîner là, inutile qu’elle est toute seule, que je la finisse… Voilà. Comme je le soulignais donc, l’Immense Gothar vous a fait ce que vous êtes pour n’accorder une importance qu’à sa parole divine ! Et j’incarne cette parole ! Vous me suivez ? Vous n’accorderez donc, comme le rappelle le Seigneur au verset 13 de ma petite bible, personnelle, une importance qu’à ses représentants ! Je suis donc Gothar lui-même, vous instiguant ordre et réflexion, agissements et pensées réfléchies ! Tiens, Rétonalep, passe moi cette bouteille qui, il me semble, n’est pas vide. Ce serait un pêché que de ne pas user de ce que Dieu nous donne mon garçon. Merci fort bien. Vous savez tous comme moi que vos villages ont besoin d’une Eglise sanctificatrice et réunificatrice, pour votre salut, pour le mien ! Car oui ! Quoi que disent certains hérétiques, notre religion est bien basée sur notre propre salut ! Sinon, pourquoi Gothar nous aurait-il amené sur ces terres arides et sèches, si ce n’était pour prouver notre grandeur et notre magnificence profonde et complète ? C’est ainsi que je vous appelle à donner une partie de votre argent récolté au fil des ans pour construire cette sainte chapelle, maison de Dieu, ma maison, que vous devrez construire vous-mêmes, par vos propres mains, car les miennes sont déjà vieilles, mais surtout pour prouver au divin que vous pouvez, et que vous devez, accomplir un, des, gestes envers votre abbé, tout puissant qu’il est ! Que Gothar, moi, soit grand pour l’éternité, ou au moins une vie, Dieu tout puissant ! »
Les villageois approuvèrent les paroles de l’abbé en applaudissant et en criant des Hourras soutenus tandis que l’homme d’Eglise levait les mains pour se faire acclamer toujours plus fort. Lorsqu’il descendit de la table, après avoir baigné dans la joie de la satisfaction égocentrique, la foule se scinda en deux pour le laisser passer, telle une divinité brisant une mer en deux. L’abbé se dirigea vers le bar, escalada péniblement un tabouret, et commanda un alcool fort et serré, car « prêché la bonne parole vide un être de sa précieuse salive, et ça donne soif » disait-il souvent. A peine avait-il entamé son quatrième verre que les villageois, toujours entassés au fond de la salle, débattaient des idéaux prônés par l’homme d’église, et de violentes discussions commençaient alors, sans que l’abbé n’en prête la moindre attention. Il avait fini son travail, et il en était fort soulagé. Ce fut Jeykohmus qui lui offrit son cinquième verre.
« Bien le bonsoir, l’abbé. Quel discours…
- Ma foi, dit l’abbé, j’aspire à atteindre les sphères supérieures lorsque je clame tout haut ce que le divin me chuchote tout bas. Je suis la parole même du Tout Commun, cette Raison incarnée par ma seule présence. Je côtoie le divin pendant que vous côtoyez le vilain, je vous plains finalement. Si vous voulez entendre ma Sainte Parole, je donnerai une autre messe demain soir, même heure, même lieu, mais je vous demanderai de bien accorder à mes divins conseils toute leur importance. Vous viendrez donc avec au moins une petite pièce d’or.
- Je ne suis là que de passage, l’abbé. Je recherche des amis, peut-être les auriez vous vu, car vous voyez du monde tous les soirs.
- Mon fils, chair de Gothar incarné sur cette Terre, qu’il soit loué par ailleurs, tous ces hommes ne sont que des ombres pour moi, surtout après quelques collations diverses, et ne sont qu’une masse à convertir ou à affirmer dans la divine parole. Je ne prête guère attention aux visages, mais à l’âme de chacun, dit l’homme d’Eglise en retenant un rot des plus disgracieux. Cependant, un convaincu peut toujours convaincre à son tour le divin de l’aider dans sa quête. Peut-être pourriez-vous m’aider, par exemple avec quelques piécettes pour bâtir mon église, et j’en appellerai à Dieu pour savoir où ils se trouveraient. »
Les amis regardèrent avec un grand amusement l’abbé, et Houbrion peinait à retenir son rire, mais Lonacens fit signe à Jeykomhus de poursuivre. Le jeune homme versa alors sur le comptoir une vingtaine de pièces argentées qui plurent fortement à l’Homme d’Eglise qui leva alors les yeux au ciel.
« Je vous méprenais mon enfant, et vous croyait incroyant. Ma foi, cela suffira à acheter mon lit sculpté dans un beau bois. Soit, je vous écoute mon fils chéri, adoré de la divinité, mes oreilles incarnent celles de Gothar.
- Il s’agit de deux personnes, la première est une vieille personne du nom de Létran, et l’autre se prénomme Marion, sa fille. Ils ont forcément dû passer dans les environs, et même se rassasier ici. Mais vous vous souviendrez sûrement d’eux lorsque je vous décrirai leurs accompagnateurs… Des guerriers orcs, armés de larges épées, flanqués d’une armure sombre mais semblant neuve, pas plus d’une dizaine, je pense qu’ils n’ont pas pu passer inaperçus… »
A ces mots, toute l’auberge devint silencieuse, les villageois se turent, le barman arrêta de laver son bar, et l’abbé fit disparaître son stupide sourire de son visage.
« Ma foi… ma foi ! Mes enfants ! dit il en passant nerveusement son index sous le col de sa chemise, vous en posez de ces questions ! Si j’ai vu ces personnes… Ma foi ! »
Le barman frappa alors du poing contre le bar et but d’une gorgée le verre qui était destiné à Houbrion.
« On veut pas d’emmerdes ici. Alors buvez, mangez, dormez même ici, mais pas d’questions de c’genre, sinon c’est la porte, c’est trop dangereux.
- Qu’est-ce qui est dangereux ? Ils doivent être loin désormais. »
A cela, un villageois, l’un des plus grand et des plus fort, vint jusqu’à eux, tira son épée de sa ceinture et l’appliqua contre le dos de Jeykomhus.
« Je crois que le gamin n’a pas tout à fait compris ce qu’on lui a dit. Aucunes questions, sinon tu dégages vite fait, toi et tes copains. »
Cependant, l’homme avait sous-estimé les étrangers, et il fut bientôt encerclé par six lames affinées qui n’attendirent qu’un souffle de sa part pour s’abattre contre lui. Une catastrophe s’apprêtait à être annoncée si il n’y avait pas eu cette ombre qui s’était faufilée de la lourde porte d’entrée jusqu’au milieu de la salle sans que personne ne s’en aperçoive. Elle monta sur une table et usa de sa voix la plus forte et la plus belle pour se faire entendre.
« Etes-vous Jeykomhus, Tibalt, Lonacens, Poloumst et Houbrion ? demanda l’ombre qui s’averra être un petit enfant, coiffé d’un chapeau usé et gris.
- C’est nous mêmes. Que veux-tu ?
- J’ai un message à vous délivrer, mais dehors.
- Oui, dehors ! cria l’aubergiste. Et plus vite que ça ! »
L’enfant descendit de sa table et indiqua la sortie aux six compagnons, qui ne se firent pas prier pour rengainer leur arme et sortir de l’auberge. Une fois sortis, tous furent interloqués par l’intervention de cet enfant, qui les guidait peu à peu dans l’ombre de la route des grands chemins. Lorsqu’il s’arrêta enfin, ce fut au bord de cette route, plongée dans une totale obscurité à l’abris des regards indiscrets.
« Que veux-tu donc, demanda Poloumst, suspicieux.
- Moi ? Rien, je vous assure. Il m’a simplement demandé de vous attirer dehors pour vous donner ce message.
- Qui, ‘’il’’ ?
- Lisez donc. »
L’enfant lui tendit un petit papier où l’on avait écrit avec une encre verte. Poloumst lut à haute voix.
« A quelques pas de la vieille colline,
Qui se situe près de l’ancienne mine,
Vous verrez agiter les drapeaux,
Des plus grands et funestes fléaux.
Venez lentement jusqu’à eux,
Et observez patiemment le jeu,
Des oiseaux des terribles ténèbres,
Qui suivent le courant du Mebre. »
Les voyageurs se demandèrent alors qui avait bien pu prendre connaissance de manière si prompt de leur arrivée dans la région. Et qui pouvait donc vouloir les rencontrer, et ce pour quelle raison.
« Sais-tu où se trouve l’endroit décrit, demanda Tibalt ?
- Suivez donc cette route vers le nord. A un mile, vous tournerez à droite, vous traverserez les vieilles ronces, gare aux larges et longues araignées, puis vous descendrez dans une petite vallée. De là, vous entendrez une rivière, calme et douce, le Mebre. Il suffira alors que vous vous aidiez de son message.
- Ne veux-tu donc pas nous dire qui en est l’auteur ?
- Désolé, il me l’a interdit. Bonne soirée les amis, et faites attention aux villageois, je ne sais pas pourquoi, ils sont sur les nerfs ce soir.
- Nous l’avions remarqué, bonne nuit. »
L’enfant disparut dans l’obscurité de la route en courant, et les six compagnons de fortune se retrouvèrent seuls avec leur perplexité.
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