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View Full Version : [BG] Yatz ou l'apreté sur Ganareth


Lycan75
12-02-2005, 10:46 PM
/hrp
Voilà, je mets ici le bg succint de mon personnage de SoG, Yatz, humain ensorceleur. J'ai essayé de donner une vision un peu plus brutale et moins idéalisée de Ganareth. :)

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PREMIERE PARTIE - DESOL LE CREPUSCULE

Le chien de l'aubergiste lui léchait la main, alors qu'il regardait le bâtiment brûler. Il était près de minuit.

- J'arrête.

- Ferme-la ! Y'a du boulot, au nord, on n'a pas fini hein...

- J'arrête. Ici. Maintenant.

La pluie commençait à tomber, goutte après goutte sur ses cheveux sales. L'homme qui lui avait répondu était grand, costaud, il ne le connaissait que sous le nom de Couteau ou Capitaine. Derrière, les autres étaient déjà à cheval, une douzaine, les armes le long de la selle.

- Monte à cheval, j'suis pas d'humeur, dit le Capitaine. T'as rien, même pas de quoi t'acheter une mule. On ne quitte pas l'Escouade. Ni toi, ni personne. Et sûrement pas avant que les Darks n'aient cédé ce royaume.

- Ce n'est plus ma vie.

Il avait détaché ses mots, et le chien léchait toujours sa main. Il pleuvait dru maintenant. Sûrement que l'auberge ne brûlerait pas complètement.

- Alors t'es mort. J'm'en fous de ta gueule, déserteur.

- Je ne me bats pas, tu le sais. Mais je peux regarder mes créatures te...

La flèche se ficha dans sa poitrine. Etrangement, quand une flèche frappe un corps sans armure, son bruit semble celui d'un choc vibrant transperçant un sac de jute. Il s'écroula dans la boue.

Le Capitaine approcha son cheval, la flèche avait été tirée par l'un des hommes derrière, il faudra qu'il aboie plus fort pour tenir cette bande, trop d'initiatives lui déplaisaient. Il contempla le corps un instant, et avant de faire repartir l'escouade, lâcha comme une épitaphe :

- T'es trop con, Yatz.


Quelques mois plus tard, sur les chemins, l'on vit un humain magicien, ni jeune ni vieux, avec un chien. Il parlait peu, écoutait beaucoup les rumeurs et les histoires. Mais ses habits en haillons et son regard gris calment vite les envies les plus altruistes.

Les gens n'aiment pas les magiciens trop seuls ou trop pauvres. Ca inquiète.

Lycan75
12-02-2005, 10:47 PM
DEUXIEME PARTIE - MIDNOKT LA NUIT


- Tu veux tirer les cartes, vagabond ?

- Ahh… ça va..., fis-je, sèchement.

Elle étaient encore belle, Marta, avec son sourire enjôleur et ses yeux amande. Quoique moins fraîche que dans mes souvenirs. Bon, la piaule n'assurait pas trop, m'enfin, d'habitude l'ordinaire c'est les mousses, les sous-bois et les étables. Alors bon, on va pas non plus faire les petits pages effarouchés.

- Toujours aussi aimable, Yatz. J'savais bien aujourd'hui que c'était un jour de poisse. Prends un bain déjà, tu empestes.

Elle remit ses cheveux noirs vers l'avant, les tournant contre son cou. Combien de fois elle avait dû faire ce geste, sans en avoir envie, histoire de, quoi. Sa robe en fourreau avait dû faire rêver plus d'un capitaine de garde.

Plus tard, la tête contre le bois du baquet, je rêvasse. L'eau est fumante, les vitres embuées. C'est vrai que mes fringues, on s'en servirait même pas pour allumer un brasero. Elimées jusqu'à la corde. Depuis combien de temps j'en n'ai pas changé ? Mouais, me rappelle plus.

De loin, j'ai l'air d'un errant, un moins que rien. Enfin, de près aussi hein.

Un magicien affublé en mendiant, plus négligé qu'un verrat. Je me gratte la barbe piquante qu'elle n'a pas pu raser complètement, allez y'a quelques années, ça m'a bien aidé cette apparence de dur à cuire. Pas trop de muscles, entre deux âges, mais heureusement j'ai ces yeux délavés qui calment. Hé hé.

J'ai connu un idéaliste un jour, il est mort d'un flèche en pleine poitrine. Machinalement, je tâtonne le bourrelet de chair sur ma poitrine, en tout reluquant la brunette. Tu regardes trop le dos de Marta, p'tit père, tu vas avoir envie de te poser mon gars. Ouais, il s'en est pas relevé l'idéaliste.

Elle est chaude dans les draps. Mêmes rèches et troués, ça fait du bien, des draps. La bougie joue avec sa peau, avec ses bracelets.

- Et les ennuis Yatz, les bandits ? T'y penses ? sussurre-t-elle.

- j'les crève les ennuis. Et je récupère le pognon.

Traîner sur les chemins, c'est une manière de ne pas arriver. D'attendre. D'attendre quelque chose. D'attendre de crever. Tiens me v'là philosophe maintenant, j'tombe bien bas.

- Tu finiras dans la bouteille, ou pissant le sang dans un fossé. Moi j'dis ça, c'est parce que…

- ahhh ça va ! t'es pas ma mère. J'ai payé la nuit, alors rapplique. J'vais te faire chanter moi.

- Fais chier, Yatz.

- A ton service Marta.


Le sens de la répartie, on naît avec ou pas. Moi, je l'ai pas.

greivm
12-04-2005, 09:06 AM
/hrp on
:clap: :clap: :clap:
Désolé d’empiéter sur ce territoire rp pour dire tout le bien que je pense de ce que je viens de lire. J’aurais pu le faire par mp, mais je ne voulais pas me priver du plaisir de faire partager mon opinion.
J’aime l’épaisseur de ce(s) perso(s) qui surgit de peu de lignes, l’atmosphère réaliste et bien âpre que dégage ce style hors des sentiers battus du récit méd-fan.
Une bonne illustration , je trouve, de la possibilité d’être très rp dans un univers de fantasy en puisant simplement dans une inspiration contemporaine. (Entre autres scènes que je visualise avec délectation, celle de l’ensorceleur dont la philosophie désabusée fait chier l’accorte Marta, chaude dans ses draps, même rêches et troués… ).

Pour pas faire de jaloux, j’ajouterai, que je ne manque aucun épisode de l’épopée Blairo-Brizzesque et que je fréquente assidûment la taverne d’Aldrifa et les productions de ses divers contributeurs.
Il m’arrive parfois de penser que l’ensemble des textes qu’on peut y lire recèle pour l’instant davantage de promesses concrètes que le jeu lui-même.
/hrp off

Lycan75
12-04-2005, 01:59 PM
TROISIEME PARTIE - RESOL L'AUBE



- C'est sa toux. En winiver. L'an dernier.

Il pleuvait. Il pleut toujours dans ces cas-là.

- Plus elle toussait, moins y'avait de clients. Et moins y'avait de clients, moins y'avait de bois.

Carnus, le forgeron grassouillet, se tenait à côté d'un mendiant ni jeune ni vieux, yeux délavés et barbe sale. Voyant qu'il ne desserait pas les mâchoires, le villageois finit par resserer son col trempé et repartir vite fait.

La tombe de Marta était simple, quelques pierres plates et un pentagramme de Neutra.

V'là huit ans que j'ai quitté les phalanges.

J'ai vu des vétérans gémir comme des bébés. J'ai vu des chevaux se tordre sous le feu des dragons en piquée. L'odeur de chair humaine ou elfique brûlée sur pied, ça s'oublie pas ça, les fiottes. Démembrés, cautérisés, chiffonnés. Oeil, bras, plaques, crâne fondus en une seule sculpture. Sur des champs entiers. Sur des campagnes entières. Et depuis quand ? Des siècles ? Des millénaires ? Quiconque a vu une plaine noire de cendres, couverte de gémissements, ne peut plus croire en rien. Chierie. Si y'avait qu'les dragons. J'ai brûlé des Darks avec les phalanges, ouvert des ventres, pour un monde plus beau.

Je fais quelques gestes, une lueur devint molosse transparent.

Hahahhaha... Ce monde est pourri, hein Marta. Tout est sale, pas fini. Y'a que Neutra qui a raison. Vivre loin de tout ça, en sauvage, loin, distant, déjà à demi-mort. Fait chier. J'attends quelque chose Marta. Quelque chose depuis longtemps. J'attends rien.

Silhouette trempée dans un cimetière désolé, je tourne mes doigts, forçant le molosse à tourner son cou musculeux.

Qu'est-ce qu'y a dans les yeux d'une bête convoquée ? Hein ? Qu'est-ce qu'y a ? Rien. Rien que ce qu'on y met.

J'vais aller à Al-Drifa. Après tout, par là-bas, on ne craint pas la menace venue du ciel.

Et j'attends rien du monde.