PDA

View Full Version : Silence et écoute...


Areskeane
02-03-2004, 03:51 AM
Durant toutes les guerres, la connaissance de l’ennemi est et sera toujours un facteur primordial de victoire. D’où l’intérêt de la recherche ou, au contraire, la dissimulation d’informations.

Les esprits se reposent bien à la taverne du ‘Souffle d’Or’. Toutes sorte de gens y viennent que ce soit les marchands, les diplomates ou autres guerriers venant raconter autour d’une table bien remplis de victuailles les milles et une histoire sur ce monde si vaste appelé Ganareth. Cette taverne se situe aux frontières même des grands royaumes ennemis. Il y a bien de temps à autres quelques frictions entre voyageurs n’ayant pas les mêmes convictions religieuses mais la milice locale n’ayant pas prit parti dans la grande guerre arrive facilement à calmer les esprits.

Les discutions et les rires éclatent de milles feux à travers les divers salles bien remplis. Bien sur, les différences ethniques sont bien là, on ne voit pas par exemple un Haut Elf assis à la même table qu’un Elf noir. Cependant, certains ne sont pas très éloignés ces dernier temps. Un Chevalier Noir et un Ranger, tout deux aux cœurs sombres, sont installés à l’étage aux milieux de Paladins et autres érudits grands défenseurs de la lumière. Les deux compères plus habitués à traverser de grandes contrées pour la gloire de leur Ordre sont cependant au repos ici même, occupés à vider des tonneaux et à partager de la viande bien saignante. Ils sont de nature calme ces temps si, cela ne dérange donc en rien les autres voyageurs. De toute façon, comme dirai le tenancier :
- « la milice veille et j’me fais point de soucis !!!! »

Voilà plusieurs lunes qu’ils se sont installés dans cette taverne, toujours à la même table, toujours à festoyer. Mais eux, par rapport aux autres, ne font pas énormément de bruit et préfère marmonner entre eux avec leur langage qu’ils sont fiers de posséder. Landrak, le Ranger, s’interroge chaque soir sur la gravure que son ami peaufine avec une dague sur la table :
- « Laisse là tranquille cette table, tu va finir par la faire crouler avant même la fin de notre séjour si tu continues à l’user avec ton cure dent » dit-il sur un rire moqueur.
Les deux frères d’armes se gaussent de plus belle au milieu de leurs plus fidèles ennemis. Eux même, ne prêtant pas attention aux deux pourvoyeurs de morts, comme ils le disent si bien. Après que leurs rires s’estompent dans l’épais brouillard des fumeurs d’herbe séchée, Areskeane se pencha sur son ami :
- « Il faut bien que je m’occupe entre les plats puisque les cuisines tardent à nous ravitailler, et par la même occasion, cela m’occupe car je n’ai pas pour habitude d’entendre autant d’histoires avec tout ces noms d’oiseaux sur nous. Enfin, c’est pour la bonne cause… » Répliqua t’il avec un regard acolyte.

Les semaines passent et la gravure d’Areskeane se profile au fur et à mesure des soirées. Landrak quand à lui, calme comme à son habitude aiguise ses flèches tout en regardant, à travers la lucarne, la lune et le soleil se croiser à heures régulières comme si leur destin étaient liés à une danse que seul eux comprennent.

Dans ce lieu de détente, tout va pour le mieux jusqu’au jour où les discutions à l’étage prennent une autre ampleur mais cette vois ci, bizarrement, les deux compagnons n’étaient plus là depuis plusieurs jours :
- « Comment peuvent ils autant intercepter nos convois si bien gardé, en face même de nos fortifications !!! Ils sont encore mieux renseignés que la plupart d’entre nous » commence à répliquer un Paladin.
-« Nous avons perdu trois batailles sur le front en l’espace de quelques jours car ils savaient comment étaient placés nos troupes de renforts avant même que les ordres soit donnés » réplique un officier Light.
-« Nos fournisseurs refusent de nous livrer tant que nous ne sécurisons pas mieux nos routes commerciales et que nous n’acceptons de renégocier leurs contrats à la hausse !!! » se plaint un marchand.

Et ces jérémiades continuèrent pendant des semaines jusqu’au jour où un clerc remarqua l’absence des deux étranges clients qui avaient réservés leur fameuse table chaque soir depuis maintenant 5 mois :
- « Et ! Où sont les deux guerriers de pacotille qui passent leur temps à boire et à manger sans même bouger ? Ils préfèrent même, faignant qu’ils sont, se faire livrer à table. A croire qu’ils craignent qu’on leur prennent leurs pustuleuses places si ils s’absentent ! ». Les rires espiègles remontèrent le moral de la pièce. Les insultes et les moqueries faisaient place aux plaintes et aux disputes. Cependant un Brave avec l’air abruti, sonna le glas de cette plaisanterie :
- « Ils faisaient sûrement semblant de comprendre tout ce qu’on disait pour se croire intelligent. ». Cette phrase, au détriment du Brave n’eu pas l’effet escompté.

En effet, le silence s’instaura aussitôt après ces paroles si lourdes de conséquences. Tous les nobles émissaires de la sainte lumière se regardèrent entre eux avec le même effroi et la même sensation d’avoir trahis leur cause. Jamais, ils ne pourraient croire qu’ils soient fautifs de temps d’événements bouleversants à cause de leurs langues si bien pendues. Certes le lieu y prête à confusion, mais de là à donner autant de détails. Ils ne s’en rendirent sûrement pas compte. Et pourtant, beaucoup de détails compromettant sortent facilement d’une bouche après quelques verres, et encore plus facilement si ces détails sont dit avec une arrogance certaine…

Le tavernier, étonné du silence aussi limpide qui s’était établi à l’étage, commença à emprunter l’escalier. Boitillant sur une jambe de bois, marche après marche, pas après pas. La résonance de son membre meurtri sur le plancher parcourait le cœur de chacun avec comme impression, un tambour annonçant la potence. Il s’approcha de la table inoccupée, au milieu de la pièce, et remarqua une gravure sur un recoin. S’installant sur un siège, il observa plus consciencieusement l’écriteau qui était finement gravé. Un sourire mesquin se dessina sur son visage à la première lecture de ce message et la pensée qui lui vint à l’esprit fut que les mots peuvent parfois être aussi, voir plus, tranchant que la plus affûtée des lames. Il prit une grande inspiration afin que chaque personne de l’assemblé prennent note de se proverbe et dit :
-« Il est inscrit ceci : »
- « Connais toi, connais ton ennemi ; et de mille batailles naîtra mille victoires… »