La Légende d’Al-Drifa


Al-Drifa naquit des amours de Helébore un humain réputé pour ses dons de bâtisseur et de Sventiane une Elfe. Comme sa mère, Al-Drifa devint un fervent adorateur de Neutra. De son père, il hérita du talent de Bâtisseur, mais ces dons ne se révélèrent que bien plus Tard.

Al-Drifa avait un frère jumeau, tous deux étaient nés sous l’ère des Dragons, mais ils n’en ressentirent la cruelle présence qu’à la mort de leur père. Al-Drifa et sa famille vivaient au cœur de la forêt de Broariàn, mais son père avait dû quitter le havre de paix pour aider les humains à fortifier la ville de Graveriad. Au cours d’une attaque des Dragons, Helébore fut broyé par les énormes blocs de pierre de la muraille en construction.

Al-Drifa et son frère prêtèrent alors serment de venger la mort de leur père, et ce, quel qu’en soit le prix et le temps que cela prendrait. Le frère de Al-Drifa se joignit aux combattants de l’alliance et mena une lutte héroïque et sans merci contre les Dragons. Certains chants Elfiques lui furent dédiés pour rendre grâce à son courage.

Al-Drifa quant à lui trouva refuge dans le culte de Neutra. Au grand étonnement des Elfes vénérables, Al-Drifa semblait jouir de relations privilégiées avec le Dieu. Au bout de quelques années, Al-Drifa emprunta le chemin que son père avant lui avait pris.
Il approcha d’un Dragon et resta, de longues heures à l’observer. Dans sa besace, il avait amené des racines rares et les fit brûler. Le Dragon se rendit compte de sa présence, mais ne l’attaqua pas. Les racines avaient sur lui un effet hypnotique. Lorsque les racines eurent terminé de brûler, Al-Drifa recueillit des cendres au creux de sa main et les lança dans le vent qui les porta en direction du Dragon. Les naseaux fumants se dilatèrent et aspirèrent une partie des cendres que Al-Drifa lui destinait. Le lendemain, Al-Drifa entendit les banches des arbres craquer, le Dragon était à nouveau là. Le feu n’était pas allumé, la pluie tombait dru ce jour-là.

Al-Drifa tira les racines de son sac et les déposa sur le sol. La bête s’approcha lentement et son souffle consuma les racines presque instantanément. Al-Drifa, avant de recueillir les cendres disposa un tas de bois devant la bête et attendit. Il sentait le souffle de la bête sur son visage. Les yeux du Dragon, étaient fixés sur lui et semblaient le sonder. Sa tête était maintenant à quelques centimètres à peine de celle d’Al-Drifa. Le temps était figé.

Al-Drifa priait, avec toute la ferveur de son âme, le Dieu qui l’avait conduit et guidé jusque-là. Une lueur éclaira soudain le regard de la bête, et elle souffla, brusquement, sur le bois.
Le feu crépitait aux pieds d’Al- Drifa. Il s’accroupit et prit les cendres entre ses mains et les tendit. Le Dragon approcha sa gueule tout près et inspira ce qu’Al-Drifa lui tendait.

Au bout de quelques mois le Dragon se laissait caresser et Al-Drifa se risqua même à monter sur son dos. La bête avait parfois des réactions surprenantes et Al-Drifa restait extrêmement méfiant. Il ne pouvait oublier la mort de son père et la raison qui le poussait à agir de la sorte.

Au cours des cinq années qui suivirent, d’autres Dragons vinrent pour humer les cendres des racines d’Al-Drifa. Un soir de l’an 4034 les trois Dragons qui se trouvaient devant lui se querellèrent pour avoir le peu de cendres qui lui restaient. Il faillit y perdre la vie, mais l’un des Dragons le protégea des deux autres en les tuant. Le combat fut terrible, les colosses s’éventraient et Al-Drifa les regardait le cœur empreint de crainte et de satisfaction. Toutes ces années de patience venaient enfin de porter leurs premiers fruits. Deux Dragons gisaient couverts de sang et de leurs propres entrailles.

Al-Drifa avait alors trente quatre ans et venait de réaliser le rêve de la plupart des êtres qui peuplaient Ganareth. Pour réaliser entièrement son projet, il lui fallait cependant à tout prix éviter ce genre d’incident.

Quatre cents ans après le premier échange avec les Dragons, Al-Drifa avait de tels liens avec eux qu’en leur présence, il était en relative sécurité et avait gagné ce que l’on pourrait appeler leur confiance. La haine féroce qu’Al-Drifa leur vouait ne s’était pas altérée avec le temps, bien au contraire, et cette haine n’avait d’égale que la ferveur qu’il mettait dans ses prières.

Selon Al-Drifa lui-même, c’est Neutra, qui lui inspira l’idée de bâtir une ville où toutes les créatures, quelles qu’elles soient, auraient la possibilité de se côtoyer et de faire des échanges en toute quiétude.
En l’honneur de son père, Al-Drifa décida de construire sa cité sur les ruines de Graveriad. Les Dragons, en échange de cendres de racines, l’aidèrent à élever les premières pierres.

Au 44ème jour de l’an 4444 Al-Drifa était née.
Seuls quelques bâtiments étaient achevés, de nombreux autres restaient encore à construire. Les Dragons y vinrent, de plus en plus nombreux et commencèrent à côtoyer les différents peuples de Ganareth. Dans la région, les Dragons devinrent passifs, ce qui permit aux peuples de vivre dans une relative quiétude. La cité de Al-Drifa devint un refuge pour tous ceux qui souhaitaient échapper à Dragoon et à ses soldats. Ceux de l’Alliance y trouvèrent souvent refuge au cours des sombres années.

C’est aux alentours de l’An 4445 qu’Al-Drifa pour faciliter les échanges entre les différentes races créa la monnaie. Les Dragons apportaient des minerais rares ou des denrées dont ils ne soupçonnaient pas l’importance et les échangeaient contre les cendres de la racine qu’Al-Drifa seul continuait à tirer de son sac.
Les minerais qu’apportaient les Dragons étaient en majeure partie utilisés par les nains de l’Alliance à la fabrication d’Armes rudimentaires. La fortune colossale qu’Al-Drifa amassa servit à acheter, pour la plus grande partie, des denrées qui permirent aux combattants de se nourrir suffisamment et conserver leurs forces.

De tous les royaumes, des êtres venaient pour s’installer dans la cité d’Al-Drifa. Un grand nombre d’entre eux, le firent au péril de leur vie. Ganareth, après tant d’années passées sous la domination des Dragons était quasiment exsangue. La cité d’Al-Drifa était une oasis au milieu d’un vaste désert et pourtant, Al-Drifa continuait à fournir les racines sans jamais sortir de la cité. Il lui suffisait de plonger sa main dans son sac pour en ressortir aussitôt ce qu’il y cherchait. Nul ne connut jamais le secret d’Al-Drifa, et nul n’osa jamais lui demander, de peur que la source ne se tarisse.

Al-Drifa avait quatre cents ans passés lorsqu’il quitta pour la première fois la cité. Il emprunta le réseau de tunnels creusés par les lutins et traversa les plaines calcinées sans que personne, en dehors de son frère et de quelques-uns de ses plus fidèles amis, ne sache qu’il était parti.

A son retour, alors qu’il approchait de l’entrée de l’un des souterrains, Al-Drifa fut alerté par le grognement de Trolls qui se querellaient. Il entendit alors une voie qui lui était familière. Elle lui disait qu’il lui fallait éviter de passer par les souterrains et qu’il devait rentrer dans sa cité sans se faire connaître.

Al-Drifa se rendit donc dans l’enceinte de la cité, enveloppé dans une longue et noire pelisse. Il fut étonné de lire, sur le visage des gens qu’il croisait, une grande inquiétude et de l’angoisse. Il s’approcha d’un groupe qui s’était formé sur la place et écouta ce qu’ils disaient :

« Al-Drifa est devenu fou, les Dragons enragent depuis qu’il à augmenté le prix de sa satanée poudre. Ceux des contrées alentours ne reçoivent plus aucune aide, qu’est-ce qu’il fait de tout ce que lui rapporte le commerce qu’il fait ».

«  Y’a quèqu’chose de louche là-dessous, et j’donnerai ma peau pour savoir quoi. Il a fait envoyer une centaine de ces foutus Trolls du côté des entrées de tu sais quoi, à croire qu’y r’doute l’arrivée du Dragoon lui-même en personne ».

Al-Drifa comprit alors ; son frère jumeau, qui l’avait remplacé pendant son absence, souhaitait garder la place qu’il occupait et était prêt à tout pour la garder. Il était visiblement grand temps qu’Al-Drifa revienne, dans la rue, la clameur de la foule en colère commençait à s’élever.
Il se glissa dans sa demeure par des passages qu’il était le seul à connaître, et chercha son frère pour lui donner une chance de se justifier. Lorsque ce dernier le vit, son visage se figea dans une expression qui à elle seule exprimait toute la surprise et tout l’effroi qu’il ressentait.

Al-Drifa n’eut plus aucun doute sur les intentions qui animaient son jumeau, il ne pouvait cependant se résoudre à le tuer. Il en aurait été d’ailleurs tout à fait incapable, étant donné la force et l’expérience de ce dernier.
Ce qui se passa réellement entre les deux frères, ils sont les seuls à le savoir. Toujours est-il que le lendemain, Al-Drifa annonçait aux mécontents que tout rentrait dans l’ordre et que les choses reprendraient leur cours normal.

Une semaine après le retour d’Al-Drifa, les affaires étaient effectivement rentrées dans l’ordre et la citée redevint telle qu’elle était avant le départ d’Al-Drifa. Le maître de la cité devint sombre et refusa les visites qu’on lui rendait. A compter de ce jour, personne n’entendit plus parler de son frère jumeau et rares sont ceux qui eurent la chance de le rencontrer.

Certains prétendent qu’Al-Drifa est toujours en vie, d’autres prétendent qu’il est mort, tous son en accord sur un point, son esprit veille toujours sur la Cité qui porte son nom.

Circeliane (Barde)