Aheryah, l’Humain Moine
Nul ne sait où naquit Aheryah. On prétend que lui-même jamais ne le sut. La plus grande partie de son enfance semble avoir été vouée à la solitude. Il errait de par les territoires de Ganareth, sans jamais s’attarder nulle part. En réalité, sa vie d’avant sa rencontre avec Oshyir, qui devait devenir son maître, n’a que peu d’intérêt et peu d’importance. Tout comme leur rencontre, affreusement banale, au détour d’un chemin. Avant cet instant, nul n’aurait pu deviner qu’Aheryah deviendrait l’un de ses meilleurs disciples. L’immense savoir du moine et les préceptes qui étaient les siens poussèrent Aheryah à suivre son enseignement.
Durant de nombreuses années, Oshyir lui inculqua l’importance que revêtait la connaissance des points forts et des faiblesses de chaque espèce vivant sur la surface de Ganareth, pour parer à l’éventualité d’avoir un jour à en affronter certains des membres. A l’apprentissage des spécificités des populations et animaux se mêla celui du combat. Oshyir avait développé une technique redoutable, avec laquelle le seul corps constituait une arme d’une force et d’une rapidité incroyables.
Lorsque leurs routes se séparèrent, Aheryah, devenu Moine, avait acquis tant de connaissances, de force et de sagesse que certains prétendent qu’il avait égalé son maître. Bien des légendes circulent sur les exploits qu’il accomplit par la suite.
L’une d’elles veut qu’il débarrassât une contrée de la terreur qu’inspirait une véritable armée de parias sanguinaires. Ces malfrats n’avaient de cesse de piller et tuer quiconque avait le malheur de s’aventurer sur les routes. Aussi les échanges entre cités étaient-ils devenus impossibles.
Aheryah allait seul sur les chemins de cette contrée lorsque ces brigands lui tendirent une embuscade. Il se retrouva encerclé par une multitude de gredins décidés à le tuer. Après les avoir copieusement insultés, il rompit le cercle et se mit à courir. Bien qu’il allât beaucoup plus vite qu’eux, ses agresseurs le pourchassèrent. Arrivé au pied d’une falaise, Aheryah l’escalada avec une facilité extraordinaire et attendit. Les brigands, poussés par une bestialité rageuse, l’escaladèrent également, avec beaucoup plus de difficulté cependant. Si bien qu’Aheryah put combattre les plus rapides pendant que les autres continuaient leur ascension. A mesure qu’ils arrivaient au sommet, le Moine les tuait à mains nues. Sa parfaite connaissance de leur physiologie lui permettait d’en venir à bout en un coup. Le spectacle était des plus hallucinants : pendant que ses poursuivants, fous de rage, escaladaient la falaise, leurs congénères plus véloces en tombaient, foudroyés par le coup que leur portait Aheryah lorsqu’ils parvenaient au sommet. Pas un des brigands n’échappa à la mort. Poussés par la soif de sang et de vengeance, tous subirent le même sort.
Pour lui prouver leur éternelle reconnaissance, les dirigeants des cités concernées lui offrirent un bâton d’une valeur inestimable, que les plus grands artisans et magiciens avaient confectionné. Ce bâton puissamment enchanté était le fruit d’un savant alliage de matériaux rares et d’incrustations de pierres de lune, ce qui conférait au porteur des pouvoirs surnaturels. Mais seul un esprit avisé, ayant connaissance de son secret, pouvait l’utiliser.
Nul ne sait ce qu’il advint des biens d’Aheryah lorsqu’il fut rappelé aux côtés de Gothar l’Unique. On raconte cependant qu’il confia ses manuscrits, fruits de l’enseignement d’Oshyir lui-même, à quelques uns des disciples qui l’accompagnèrent durant ses dernières années sur Ganareth.