Layraumo, le Demi Elfe Sorcier


(Par Xav le Verbeux, rédacteur pigiste - payé à la ligne - pour le « Tambour de Ganareth », mensuel paraissant de temps en temps - mais sûrement pas tous les mois - à Al-Drifa et dans les meilleurs points de vente de Ganareth).

Il n’est pas toujours facile d’être un métis, du moins tant qu’on pense que sa double origine n’est qu’une bâtardise, au lieu de se rendre compte qu’elle est une double richesse !
Est-ce son enfance difficile, dans les forêts du Premier Royaume, qui poussa Layraumo vers la sorcellerie ? Dans ce cas, les Elfes qui se moquèrent de ses oreilles pas assez pointues, les Humains qui ironisèrent sur sa peau trop sombre peuvent se vanter d’avoir produit un des plus puissants jeteurs de sorts de tous les temps. Comme quoi le fumier peut produire des fleurs...

Le premier désir de Layraumo était de punir les moqueurs comme ils le méritaient. Et comme la nature ne l’avait pas doté de muscles très puissants, il pensa à la force de l’esprit. Apprenant seul dans les livres, se concentrant à faire jaillir sa cervelle par les oreilles, il parvint, tout seul, à produire quelques sorts mineurs, du genre éruption de boutons ou caillou invisible dans la chaussure. Ce fut une époque où l’on claudiqua et se gratta beaucoup, dans certaines forêts du Premier Royaume, surtout certains grands nigauds d’Humains lourdauds et certains Elfes arrogants.

Puis vint Skaarelius, l’Immortel Sorcier. On peut aisément imaginer que Skaarélius sentit les ondes de magie qu’émettait le jeune Layraumo, et qu’il devina quel potentiel se cachait derrière ces expériences d’adolescent (et entre nous, un adolescent qui n’a pas un seul bouton et qui donne des boutons aux autres, cela vaut le détour).
Skaarelius vint donc, observa longuement, puis fit jaillir, pour s’amuser, une langue de feu sous le nez du jeune homme. La réaction de celui-ci le surprit : Layraumo tendit les mains et essaya d’apprivoiser le feu magique, au risque de devenir flamme lui-même. Devant tant d’audace, le grand Sorcier ne put que sourire. Il fit un pas en avant, sortit de l’ombre. Layraumo ne parut pas étonné : « Je vous attendais depuis longtemps, dit-il : j’avais senti votre pouvoir approcher... »

Ils s’entendirent si bien que Skaarelius, s’il n’avait eu mille aventures à vivre - et autant de leçons à donner à d’autres apprentis - aurait adopté Layraumo comme un fils. Hélas, il ne pouvait lui consacrer que quelques mois. L’élève était tellement doué, cependant, que ce temps trop bref lui permit d’apprendre les sorts les plus puissants. Il excella en tout, mais garda une prédilection pour les formules qui affectaient directement ses ennemis, leur faisant croire que leur peau était en feu, qu’ils étaient paralysés ou que leurs cheveux avaient tant poussé qu’ils étaient emprisonnés dedans : sans doute des souvenirs de jeunesse...

Skaarelius apprit aussi à Layraumo à être fier de lui et du patrimoine doublement exceptionnel que lui avaient légué son père Elfe et sa mère Humaine : l’héritage de deux grands civilisations. Puis le grand Sorcier s’en alla : le disciple en savait presque autant que le maître.

On dit que Layraumo parcourut longuement les Royaumes, chassant les mauvais et s’énervant surtout contre ceux qui s’attaquaient, en actes ou en paroles, à ceux qui étaient plus faibles qu’eux, ou qu’ils méprisaient parce que différents. Pour ses héritiers, défenseurs du bon droit et de la tolérance, on dit aussi qu’il a semé, partout dans le monde, maints objets magiques et formules, que seuls les initiés au cœur pur sauront utiliser...

Il existe un lieu, qui se nomme Layraumo Fuin, les Ténèbres de Layraumo, où le quêteur pourra trouver des indices, s’il sait poser les bonnes questions. Mais prudence : les fouineurs Dark et Light s’y retrouvent souvent, pour des discussions qui ne se limitent pas aux échanges de bouquets de fleurs, si vous voyez ce qu’on veut dire...