Leylach, la Demi-Elfe Chevalier Noir
(Par Uget Bell, chercheuse polyvalente, Université Libre de Ganareth).
Dans la série « Femmes libres et fières de l’être », laissez-moi vous parler de Leylach, qui ne renonça devant aucun obstacle pour atteindre son rêve.
Sa carrière est d’autant plus exceptionnelle que fort peu d’hommes ont été admis à cet Art, le plus obscur, le plus terrible, le plus effrayant pour celui qui le pratique (et encore plus effrayant, cela va de soi, pour celui qui en subit les effets). Et l’on dira que les femmes sont des poules mouillées ?
Dès sa petite enfance, Leylach montra un caractère de fer, dont ses grands frères - des benêts ordinaires, juste bon à tirer les nattes et se curer le nez à titre auto-alimentaire - apprirent vite à se méfier. Quand on lui avait fait une niche, elle se vengeait, comme toutes les sœurs du monde. Mais au lieu de faire un lit en portefeuille ou de jeter la collection de billes dans le marécage le plus proche (ce qui fait des bruits bien amusants, pendant et après), elle suspendait une épée noire au-dessus du lit du coupable, ou ouvrait près de ce lit une nasse en osier remplie de chauves-souris, ou de scolopendres, ou de glargnubs suceurs de Boukan, par exemple.
L’écho de ces exploits, qui nécessitaient un fameux sang-froid et d’assez bonnes connaissances des sorts pour capturer ces créatures (le glargnub suceur, en particulier, ne dort jamais que d’un œil ; or, il en a huit) parvint à Shakaar, l’Immortel Sombre. Celui-ci hésita un peu, marqué par les préjugés ordinaires concernant notre sexe, mais un intéressant échange d’idées avec Circéliane la Barde, avec laquelle il avait plus ou moins essayé de se mettre en ménage, lui ouvrit les yeux (enfin, celui qui n’avait pas été poché), et il décida de donner sa chance à Leylach.
Il vint la voir, là où sa famille essayait non sans difficulté de lui donner une éducation, se fit reconnaître et reçut immédiatement une décharge d’épée magique qui lui grilla tous les poils du côté droit. Il se dit que l’élève était prometteuse.
Longtemps, ils s’entraînèrent et ceux qui avaient le courage de les observer se demandaient s’ils dansaient le pas de l’amour ou celui de la haine, car bien des fois le sang de l’un et de l’autre coula. D’ailleurs, c’est ainsi qu’on appelle aujourd’hui la région où ils se heurtèrent ainsi : Leylach Mear, le Sang de Leylach.
Et il était dit que celui-ci devait couler encore, bien des fois, car une fois qu’elle fut formée à toutes les facettes de son Art Obscur, Leylach s’attaqua aux ennemis les plus puissants et les plus nombreux : de la hache des Orcs à la hallebarde des Trolls guerriers, de la griffe du zmorglub avide à l’éperon du gober d’l’o, cent fois elle fut blessée, cent fois elle se releva. Son corps finit par être aussi raviné qu’une table d’auberge de Nains à Starkok Dhaud. Malgré cela, elle finit par trouver un mari, ce qui prouve que les qualités du cœur comptent autant que le physique dans l’harmonie du couple. Et que ceux qui affirment qu’elle a capturé ce mari viennent me le dire en face.
Il lui arriva d’ailleurs fréquemment de quitter le domicile conjugal (après avoir fait les plus terrorisantes recommandations à son mari) pour aller combattre les adeptes d’Elliak, puisqu’elle avait évidemment opté pour la faction Dark. Elle revenait encore plus balafrée, mais si heureuse d’avoir étripé, grillé et parfois un peu mangé ses ennemis. Car les Shadow Knights, parfois, préparent d’étranges cuisines...
Ses secrets dorment depuis, en des lieux gardés par les plus redoutables sorts. Les aventuriers des deux camps les cherchent avidement. Que celui ou celle qui les convoite réfléchisse bien : la vocation de Shadow Knight n’est pas pour les mauviettes et plus d’un, pour avoir présumé de ses forces, s’est retrouvé en cendres !